05.05.2026

Au moment de la conception de la prison de Riom, la population carcérale dans le département était de près de 400 détenus. Les plus optimistes étaient sans doute rassurés de penser qu’avec ses 566 places, cette prison flambant neuve avait les capacités de répondre à l’avenir. Las ! La réalité, une fois encore, s’est chargée de faire voler en éclats ces illusions.
À l’instar de ce qui est constaté au niveau national, le nombre des détenus à Riom a très rapidement augmenté. Et le centre pénitentiaire de Riom a dû prendre des dispositions pour y répondre. Les premières demandes de lits supplémentaires ont été faites dès 2017. Rebelote en 2022, où une soixantaine de lits sont encore ajoutés.
Les années 2023-2024 ont été celles d’une augmentation très importante des effectifs de détenus au sein des deux maisons d’arrêt (de 164 places théoriques chacune). Le maximum a été atteint en mai 2025, avec plus de 760 personnes incarcérées à Riom. Le reste de l’année a heureusement été plus calme. Depuis le début de 2026, le nombre de prisonniers repart fortement à la hausse pour flirter une fois encore avec les niveaux records.

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04.05.2026

Nouvelle affaire aux airs de tremblement de terre au commissariat d’Angoulême. Lundi 27 avril, une jeune policière adjointe, Marie Gallois, a été interpellée par les fonctionnaires de l’IGPN (l’inspection générale de la police nationale), placée en garde à vue, mise en examen, puis incarcérée. Depuis mercredi, elle dort dans une prison de la région Nouvelle-Aquitaine.

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Le procureur d’Angoulême Benoit Bernard confirme ce lundi que cette jeune femme a été mise en examen pour « détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel, en l’espèce le système d’immatriculation des véhicules, et pour corruption passive par acceptation d’avantages par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
Concrètement, les enquêteurs la soupçonnent d’avoir vendu des informations sur des affaires en cours à des mis en cause, ainsi que d’avoir monnayé des levées d’immobilisation. Ces levées concernent notamment des véhicules ou des cartes grises dans le cadre de délits routiers ou d’infractions, comme des défauts de contrôle technique ou d’assurance. Moyennant finances, la jeune femme aurait arrangé les dossiers pour des clients encombrants.

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Cette nouvelle affaire a porté un coup de massue à la plupart des fonctionnaires du commissariat d’Angoulême. Trois ans après l’affaire Alhoussein Camara. À peine quelques mois après celle de Rodolphe Akyol, ce fonctionnaire accusé d’avoir tenté d’enlever plusieurs jeunes femmes, et d’en avoir enlevé et violé une autre.
Et alors même qu’un autre fonctionnaire devait comparaître mardi dernier devant le tribunal correctionnel d’Angoulême pour des faits de harcèlement sexuel visant plusieurs victimes venues porter plainte… au commissariat.
Par ailleurs, une ex-gendarme de la brigade de Hiersac est mise en examen pour abus de faiblesse, soupçonnée d’avoir pillé la fortune d’un retraité. Quatre anciens surveillants de la prison d’Angoulême sont aussi mis en examen pour corruption.

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La Cour des comptes a, de son côté, pointé des failles persistantes : contrôle interne perfectible, traçabilité des accès aux fichiers encore incomplète, supervision inégale selon les services.

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04.05.2026

« C’est un procès bâillon » dénoncent les collectifs de soutien devant le tribunal correctionnel de Lyon. Ce lundi 4 mai, quatre militants de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire comparaissaient devant le tribunal pour avoir remplacé des panneaux publicitaires par des affiches politiques antipublicité et de soutien à la Palestine, lors d’une action militante le 27 septembre dernier. Arrêtés par les forces de l’ordre, ils avaient été placés en garde à vue pendant 42 heures.
Les quatre militants, au casier judiciaire vierge, sont poursuivis pour dégradation en réunion et risque 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. À l’issue de l’audience, la procureure a requis à leur encontre trois mois de prison avec sursis.
Une peine disproportionnée pour leur avocat qui dénonce une criminalisation du militantisme. « C’est stratosphérique, ça n’a aucun sens ! Ce sont des militants politiques qui se sont retrouvés convoqués devant le tribunal alors qu’ils n’ont aucune infraction à se reprocher. Cela n’a aucun sens de mettre le mot prison sur une action comme celle-ci, et c’est absolument scandaleux.

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« Des citoyens qui se mobilisent sont légitimes à le faire en démocratie »
Même son de cloche du côté de David Cormand, député européen Europe Ecologie qui a apporté son témoignage lors de l’audience : « On a tendance à penser que la publicité est un outil commercial assez neutre. Or, elle occupe l’espace public et notre cerveau. J’ai pu apporter mon expertise pour expliquer en quoi la publicité peut porter atteinte à l’intérêt général, donc que les citoyens qui se mobilisent sur cette question sont légitimes à le faire dans une démocratie ».
JC Decaux et Cytis Media, propriétaires des panneaux publicitaires, demandent 460 euros pour les frais de nettoyage. Le délibéré sera rendu le 15 juin prochain.

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04.05.2026

Mi-avril, des policiers débarquent dans les logements de plusieurs familles roms à Stains. L’un d’eux a tué le chien de Tatiana, un bichon maltais de trois ans, qui l’aurait mordu. D’autres habitants les accusent de plusieurs actes brutaux.
« C’était mon bébé », répète Tatiana, 47 ans. Dans un café de Stains, en Seine-Saint-Denis, la surveillante scolaire d’origine rom, arrivée en France en 2002, fait défiler sur son téléphone les photos de sa chienne « Pamela », un bichon maltais de trois ans qu’elle a recueillie à la naissance.

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Sur la dernière image de son répertoire, la petite chienne à poil frisé blanc, à peine plus grosse qu’un chat, gît sur le dos à côté d’une large mare de sang, abattue d’une balle dans la tête par un fonctionnaire de police. Une enquête judiciaire a été ouverte, le policier est présumé innocent.
Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort ».

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Le dimanche 19 avril, il est un peu plus de 19 heures quand une demi-douzaine d’agents de la brigade anti-criminalité (Bac) de Stains, des brassards fluo « police » aux bras, forcent le portail et pénètrent dans le bidonville de Roms installé dans les jardins ouvriers, à la recherche de deux jeunes hommes à interpeller dans le cadre d’une enquête pour « recel de vol » de câbles de cuivre. Tatiana, qui n’y habite plus depuis un an mais passe tous les week-ends pour apporter des provisions et aider aux démarches administratives, revient tout juste des courses. L’ambiance festive du dimanche soir, habituellement dévolu à un repas partagé entre les différentes familles du bidonville, qui incluent plusieurs enfants en bas âge , tourne immédiatement au chaos.
« Dès qu’ils sont rentrés, ils couraient. On a crié, on ne savait pas ce qui se passait, ils couraient vers les gens, les pourchassaient », raconte Geanina, une habitante du bidonville de 36 ans, agent de nettoyage au chômage, dans une alternance de français et de romani qu’Anina Ciuciu, l’avocate de Tatiana – également cofondatrice du collectif Romani et Voyageurs ZOR (1) – aide à traduire. Enceinte de sept mois, Geanina témoigne avoir été notamment poussée par les policiers , ainsi qu’une « autre dame qui est cardiaque, qui a fait un malaise ».

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Une balle dans la tête de sa chienne
Selon Geanina, à ce moment-là, l’un des agents court en tenant son arme de service dans la main, « un pistolet » affirme-t-elle catégoriquement. Lorsque Nicolae, le mari de Tatiana âgé de 52 ans, sort « voir ce qui se passe » après avoir été interpellé par les cris, il voit le même policier « défoncer son portail à coups de pied ». À côté du quinquagénaire, Pamela, une des trois chiens du couple, s’échappe. Le policier fait feu , Nicolae dit n’avoir rien pu faire :
« Elle est morte tout de suite, la balle lui a transpercé le crâne. »

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Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort », confiée au commissariat de Saint-Denis (93).

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Nicolae, lui, soutient que le chien était à « environ 1m50 de distance » du fonctionnaire lorsque ce dernier a tiré. « Je vous informe que si l’agent de police prouve qu’il a été mordu par mon chien, je retirerais ma plainte », déclare de son côté Tatiana sur le procès-verbal en gage de bonne foi, assurant auprès de StreetPress que sa chienne « n’est pas agressive » :

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La race du bichon maltais ne fait pas partie des catégories des chiens susceptibles d’être dangereux selon la réglementation , qui inclut les chiens dits d’attaque, de garde et de défense. Dans sa nomenclature, la fédération cynologique internationale décrit son comportement normal comme « vif, affectueux, très docile et très intelligent » .
Une fiche interne de « maîtrise des risques » de l’inspection générale de la police nationale ( IGPN ) concernant l’intervention face à des chiens agressifs, consultée par StreetPress, fait bien reposer la responsabilité de la sécurité de l’intervention sur les agents, à qui il est notamment recommandé « d’adopter une attitude la plus calme possible et éviter les gestes brusques » quitte à « différer l’intervention » si « l’environnement n’est pas favorable ».

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Le coup de feu résonne dans tout le bidonville. « On a cru que quelqu’un de la famille était mort », se souvient Geanina. Nicolae soutient qu’il s’est alors « mis devant » ses deux autres chiens et demandé au policier, en romani, pourquoi il avait tiré. Là, le fonctionnaire l’aurait « mis en joue », l’arme pointée vers sa tête, et aurait « compté jusqu’à trois » . Arrivant tout juste sur la scène, Tatiana indique qu’elle se serait interposée à son tour entre le policier et son mari jusqu’à ce que le premier ne baisse son arme, avant qu’elle ne fasse un malaise . Le récit du couple, répété dans leur plainte enregistrée au nom de Tatiana au commissariat de Stains le lendemain des faits et consultée par StreetPress, est confirmé par Geanina. À ce stade, l’enquête ne vise pas le chef de menaces avec arme.
Tatiana et Geanina affirment par ailleurs que les femmes et enfants du bidonville auraient ensuite été retenus pendant près d’une heure par les policiers, alors que les deux jeunes recherchés par la police auraient déjà été interpellés. Nicolae, lui, aurait été repoussé en dehors du bidonville. Durant tout ce temps, les agents qui se relayent leur auraient interdit d’aller boire de l’eau, d’utiliser leurs téléphones ou d’appeler les secours pour Tatiana, indiquent-elles, à l’exception d’un seul agent qui « voulait appeler les pompiers, mais les autres ne l’ont pas laissé », se souvient Geanina.

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« Moi, je pleurais sur mon chien et eux riaient de moi. »
Pour son avocate, maître Ciuciu, « les règles de déontologie et de sécurité ont été manifestement violées par cet agent qui courait l’arme au poing dans un espace occupé par de nombreux enfants et femmes ». Elle dénonce la « brutalité » qui n’était « en aucun cas justifiée ni proportionnée » face à son client « non armé, non violent, obéissant à ses instructions et qui pour le surplus n’était pas concerné par cette interpellation » . Selon elle, « les agents de police se sont permis d’agir avec une telle violence parce que les victimes sont d’origine rom en situation d’extrême précarité ». En parallèle de l’enquête judiciaire, elle indique avoir fait un signalement administratif à l’ IGPN afin de « sonner un signal d’alarme face à ces abus anti-tsiganes systématiques ».

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03.05.2026

Chaque année, les néonazis du Comité du 9 mai défilent à Paris. Chaque année, la préfecture de police produit un dossier trop creux pour convaincre le juge des référés d’interdire la parade. Dans sa grande bonté, Au Poste a décidé d’effectuer son travail, et de documenter ce que le tribunal administratif de Paris n’a ni su ni pu juger avec la rigueur que la situation commande.
Pour rappel, la marche du Comité du 9 mai est un rassemblement annuel d’extrême droite radicale organisé à Paris depuis 1994. Longtemps confidentielle, cette mobilisation a connu un regain de visibilité depuis la fin des années 2010 : participation en hausse, dimension internationale assumée, plusieurs centaines de participants issus des mouvances néofascistes et néonazies de toute l’Europe. Une niche, devenue rendez-vous. Un rituel, devenu vitrine, prétexte à l’hommage à Sébastien Deyzieu, mort en 1994 lors d’une manifestation interdite alors qu’il tentait d’échapper à la police.
Chaque année, c’est le même cri de ralliement: « Sébastien, présent ! ». Inspirée des rituels bellicistes des fascistes Mussoliniens, cette pratique consiste à scander le nom d’un camarade tombé au combat. L’hommage prend la forme d’une marche organisée et codifiée. Apogée néonazie vue à la télé, sur les chaînes en continu.
Face au juge des référés, l’incompétence policière
A plusieurs reprises, la préfecture de police de Paris a tenté (mollement, on va le voir) d’interdire la manifestation du Comité du 9 mai. Ses arrêtés ont tous échoué au pied du tribunal administratif de Paris. L’année dernière, on assistait même à un festival des services de police peinant à énumérer et à caractériser précisément les faits reprochés. Que ce soit par oubli, par manque de rigueur ou par complaisance.
Ainsi, la veille de la manifestation déclarée par la militante d’extrême droite Maylis de Cibon, le 9 mai 2025, le tribunal administratif de Paris infligea, comme chaque année, un camouflet à la Préfecture de police: son arrêté «porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester».
Contre-enquête
Dans un élan citoyen, et en vue de la manifestation annoncée du prochain 9 mai 2026, Au Poste a repris la dernière décision en date du Tribunal administratif (2025), basée sur le travail bâclé des services de police. Et présente un certain nombre d’éléments et de contre-arguments en vue des prochaines démarches qui ne vont pas manquer d’agiter tout ce beau monde.
Rappel salutaire de la préfecture concernant la dissimulation de visage. Pourtant, ni en 2023, ni en 2024, toujours pas en 2025, elle n’a eu l’audace ni de verbaliser ni d’interpeller le moindre militant pour ces faits, ce qui facilite largement les nationalistes pour contredire la Préfecture de police de Paris devant le juge des référés. Effectivement, pourquoi la Préfecture évoque-t-elle des articles de loi si elle ne se prend pas la peine de les appliquer (du moins, ici, lors de ces cortèges singuliers, contrairement à tant d’autres) ?
À aucun moment, dans son arrêté d’interdiction, la préfecture de police n’évoque les violences subies par des passants en 2023, ni celles visant plusieurs journalistes en 2024, pas plus que l’apologie de crimes contre l’humanité régulièrement prônée par des militants lors de cette marche néonazie, que l’organisation du C9M est la première à mettre en avant.
On est tout de même soufflé par tant d’innocence de la part des autorités : le slogan « Europe, jeunesse, révolution » est un slogan d’inspiration néofasciste, dont l’origine remonte au Movimento sociale italiano (MSI), parti dont le Front national a repris le logo. De même, ce slogan était scandé à plusieurs reprises dans l’Hexagone lors de manifestations violentes d’extrême droite, qui ont très souvent tourné aux « ratonnades ».
Si la question de la « reconstitution » du GUD, groupe nationaliste révolutionnaire ultra-violent et néonazi, est bien soulevée, il faut revenir à 2023 pour cerner les contours de l’approche préfectorale de la question. Cette année-là, Laurent Nuñez affirmait ne pas disposer d’éléments suffisants pour interdire la marche du C9m, ce qui interrogeait au regard des signalements d’un certain nombre d’associations et des articles de presse. À l’époque, la situation s’inscrivait déjà dans un contexte où plusieurs structures héritières du Bastion Social, de Génération Identitaire et des Zouaves Paris, toutes dissoutes pour violences et incitation à la haine raciale par le gouvernement, appelaient à rejoindre la marche. Signataire des arrêtés de 2023 et 2025, l’actuel ministre de l’Intérieur, alors Préfet de Police, n’évoquait pas la question de la « reconstitution » des Zouaves lors de la manifestation de 2023, ni le rôle du GUD dans l’organisation de l’édition 2025, bien que celui-ci ait été dissous le 26 juin 2024.
En 2023, suite à des dizaines de collages néonazis dans l’hexagone, une marche néonazie et des violences dans les rues dans la capital, la marche du C9m s’est achevée par un concert de « rock aryen » organisé dans une salle municipale des Yvelines, baptisée Simone Veil.
Devant un dossier aussi creux, le Tribunal administratif démonte avec astuce la rhétorique policière : « Aucune pièce du dossier, au-delà de la proximité idéologique alléguée de l’organisatrice de la manifestation, n’est produite pour en justifier, la note des services de renseignement du 5 mai 2025 indiquant que le GUD “reste en sous-main aux commandes de l’événement et compte lui donner une tonalité et une importance particulières”. »
Quand la préfecture s’intéresse aux antifa, la mémoire lui revient
Le même jour, dans une seconde ordonnance distincte, le tribunal administratif examinait cette fois les motifs d’interdiction d’une contre-manifestation antifasciste. Sur ce dossier-là, la Préfecture avait soudainement retrouvé le sens du détail, avançant, cette fois, une série d’éléments précis et circonstanciés. La Préf’ cite le collectif « antifasciste Paris 20 », accusé d’encourager à la création de « brigades d’autodéfense », ou « Urgence Palestine », présenté comme appelant à « mener l’intifada » en France. Elle remonte jusqu’à 2013, en évoquant la mort de Clément Méric.
Abreuvé de détails, le juge des référés désigne alors aisément les militants antifascistes comme les porteurs de troubles à l’ordre public. Il rejette l’appel des contre-manifestants antifascistes.
La mobilisation antifasciste statique, place du Panthéon, est, elle, jugée acceptable…
Une tolérance abyssale au néonazisme
Après les arguments, Au Poste expose les documents.
Fasciste, la marche C9m est aussi nazie. Les croix celtiques, dont les drapeaux flottent par dizaines, puisent leurs origines dans les Équipes nationales sous Vichy, pérennisées dans le panthéon nationaliste français par le néonazi Pierre Sidos, avec son mouvement antisémite Jeune Nation, puis au sein d’Occident et des mouvances nationalistes pétainistes. Aujourd’hui, ce drapeau représente, au choix, la suprématie blanche, ou la « race aryenne ».
En 2020, sur l’affiche du C9m, Sébastien Deyzieu est présenté avec un « Soleil noir », symbole mystique créé pour la Schutzstaffel à Wewelsbourg. En 2022, l’organisation illustre son visuel avec une œuvre de Arno Breker, artiste fort estimé par Adolf Hitler.
Dans la marche, en tête de cortège se distinguent deux runes Algiz: la Lebensrune (rune de vie) et la Todesrune (rune de mort), que la SS utilisait pour orner les stèles de ses membres tombés au combat.
Pour marteler le caractère funèbre de la marche, les organisateurs ont ajouté des tambours, dont l’esthétique reprenait celle des Hitlerjugend (jeunesses hitlériennes). Des instruments également repris, depuis les années 1960, par des néonazis allemands du Nationaldemokratische Partei Deutschlands – Heimat ! (Parti national-démocrate d’Allemagne, aujourd’hui appelé Heimat ! – Patrie), lesquels participent depuis des années à la manifestation du C9m à Paris.
L’année dernière, le 10 mai 2025, Libération a eu accès à des images de la petite cour de l’immeuble de la rue des Chartreux (VIᵉ arrondissement), où se concluait la marche. On y voyait plusieurs militants faire des saluts nazis. Parmi eux, des Espagnols de Devenir Europeo, dont Au Poste a pu consulter leur canal Telegram et constater que la propagande nazie y a bonne place. Un autre Espagnol néonazi, poursuivi pour trafic de drogues et exploitation sexuelle, marche en plein Paris avec une croix gammée sur le bras, comme le révélait Reflets.
À cet égard, il convient de noter que le service d’ordre du C9m à Paris était en partie le même que celui mobilisé le 21 février 2026, à Lyon, lors de la marche en hommage à Quentin Deranque, elle aussi marquée par des gestes et de symboles fascistes et nazis.
Alors que l’organisation du C9m avait donné des consignes de retenue (vêtements, insignes, etc), pour ne froisser ni médias ni police, Reflets, en collaboration avec le collectif Indextrême, a pu répertorier une dizaine de symboles nazis, ainsi qu’une vingtaine de symboles fascistes et suprémacistes blancs, utilisés notamment par des milices terroristes ou des armées accusées de crimes de guerre, comme le bataillon ukrainien d’Azov, exhibés par des centaines de militants.
Au-delà des symboles, certains militants du service d’ordre vont jusqu’à arborer le slogan « Au fusil, au couteau, nous imposerons l’Ordre nouveau », relevant d’une rhétorique fasciste. C’est ballot: les fonctionnaires de la Préfecture sont incapables de les lire.
De même, l’iconographie « Defend Europa », incluant la représentation d’une kalachnikov, ainsi que la présence de militants français radicalisés et de groupes étrangers, dont la milice étasunienne le Patriot Front, ou des groupes néonazis allemands, pourtant déjà documentées en 2024, ne semblent pas non plus émouvoir les services préfectoraux. Nulle prise en compte explicite ne figure dans ses argumentaires.
Tout cela sous la supervision du chef du service d’ordre du C9m : Marc de Cacqueray-Valménier, ancien chef du GUD, çi-devant employé par Vincent Bolloré comme gardien de son île privée du Loc’h, dans le Finistère. En février dernier, De Cacqueray-Valménier a été condamné à un an de prison, dont six mois ferme aménageables sous bracelet électronique, pour les violences commises contre des militants de SOS Racisme lors d’un meeting d’Éric Zemmour en 2021.
Le C9m, vitrine de la radicalité
Au-delà de sa mise en scène aux allures miliciennes et soigneusement élaborée, visant à éprouver les seuils de tolérance à l’expression d’idéologies fascistes dans l’espace public, le C9M est devenu une vitrine pour les différents groupuscules d’extrême droite radicale qui y participent. Il leur permet de mettre en scène leur radicalité, d’afficher une cohésion (davantage performative que réelle) tout en laissant entrevoir la possibilité d’une convergence entre mouvances fascistes, une “interfaf”. L’événement tend à fonctionner comme une plateforme de socialisation politique, contribuant, en amont comme en aval de sa tenue, à des dynamiques de radicalisation et de recrutement.
Selon nos informations, le C9m compte toujours sur les anciens cadres du GUD pour son organisation, et reste placé sous l’aile des pétainistes du Comité de liaison et d’aide nationaliste (CLAN), structure liée au parti Les Nationalistes. Un détail révélateur : jusqu’en 2023, l’adresse de ce site officiel, identifiée sur sa page Facebook, renvoyait vers le canal néonazi Ouest Casual, fermé à plusieurs reprises par Youtube et Telegram.
L’administrateur du site du C9m est le multirécidiviste Théodore R., développeur web de profession. En 2019, avec une quarantaine d’individus « au visage dissimulé », armés de « barres de fer, de battes de baseball et de matraques », il participe au saccage de plusieurs bars du centre-ville du Mans. Théodore R. sera condamné en 2020.
Théodore R. est à l’époque militant au sein du groupuscule raciste l’Alvarium, dissous pour « faits de violences » et « incitation à la discrimination ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine ou de leur religion ». En 2023, à Angers, il participe à des violences contre plusieurs personnes venues manifester après la mort de Nahel Merzouk. Il est condamné à huit mois de prison avec sursis.
Haine raciale qui cible une partie de la population
Ce qui apparaît particulièrement problématique tient à une série de choix révélateurs d’un angle mort persistant : pendant que des militants néonazis sont autorisés à occuper l’espace public avec une visibilité assumée, les citoyens qui constituent de facto les cibles de ces idéologies haineuses sont, eux, renvoyés aux marges du débat.
Réduire la question à un exercice de pure liberté d’expression (et de manifester) serait une erreur et pas une erreur anodine. Nous ne sommes pas dans une société théorique: nous sommes dans une société traversée par un racisme systémique, une extrême droite partisane en pleine ascension, et par des groupuscules qui appellent ouvertement à l’expulsion des étrangers (la “Remigration”), et prennent pour cibles les Français racisés, les personnes LGBT, et assument des positions antisémites. Dans ce contexte, la mise en balance des libertés ne doit pas se réduire à un simple exercice de style : autoriser quelques centaines de militants radicaux à parader produit, chez des milliers de personnes, un sentiment d’insécurité et de peur, renforcé par la conviction, de plus en plus difficile à contester, que les institutions ne veulent pas, ou ne peuvent pas, agir.
Reste une ultime question, qui s’adresse directement à Patrice Faure, désormais aux commandes de la Préfecture de police de Paris (qui a refusé de répondre à nos interrogations): en 2026, pourra-t-il se permettre d’ignorer les conséquences d’un tel laisser-faire à répétition ? Ou présentera-t-il, cette fois, un dossier sérieux, étayé, factuel, à la hauteur de ce que la situation exige?
Contre la Bollorisation des esprits !
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Plus que jamais, une presse libre, fouilleuse et indocile est vitale.
Au Poste n’a pas de prix. Mais un coût. vos dons font tourner la baraque.

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03.05.2026

Plongée au cœur d’un établissement pénitentiaire au bord de l’implosion. Pour des centaines d’hommes, la promiscuité est devenue la norme et un simple lit un luxe. Le personnel, dépassé, tire la sonnette d’alarme face à cette situation intenable.
Dès les premiers pas, le ton est donné. Cris étouffés derrière les portes, sifflets, bruits métalliques des clés… Une chaleur lourde s’accroche aux murs. Nous pénétrons dans le centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, un lieu sous haute surveillance où chaque mouvement est contrôlé et surveillé.
À l’intérieur, des murs jaunes et des barreaux gris s’étirent le long de couloirs interminables. Contrairement à l’image que l’on pourrait s’en faire, rien ici n’est délabré. Les locaux sont propres, entretenus. Mais derrière cette apparente normalité se cache une réalité bien plus dure : celle de la surpopulation.
Le taux d’occupation atteint 200 %.

(…)

Un espace sans intimité
« On est trois par cellules, on n’est pas des chiens » , crient certains à travers les barreaux. « Libérez-nous ! », « Il y a des cafards ! ». Les voix résonnent dans les couloirs, mélange de colère et d’épuisement.
Les cellules mesurent entre 9 et 10 m². À l’intérieur, un bloc sanitaire, quelques livres, une télévision ou de la vaisselle. Des objets du quotidien qui tentent de recréer un semblant de vie normale. Mais l’espace manque cruellement. L’intimité, elle, a totalement disparu.
Dans l’une de ces cellules, un matelas est posé au sol, sur des journaux censés isoler de l’humidité. « Ça fait 14 mois que je dors par terre », confie un détenu. Près de 420 nuits dans ces conditions.

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Lui travaille à la cantine. « Ça me permet de sortir de la cellule… Parce qu’être à trois, depuis plus d’un an, ce n’est pas très agréable. » Des mots presque trop faibles pour décrire la réalité.

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03.05.2026

Dans un communiqué, la Fédération du Parti communiste regrette « des charges policières » et « une pluie de lacrymogènes » lors du défilé du 1er

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« Alors que la manifestation s’est déroulée sans débordements, la police a fait le choix de la provocation », regrette dans un communiqué la Fédération Rhône du Parti communiste faisant état de « plusieurs incursions dans le cortège syndical », de « coups de matraque reçus par des militants syndicaux du service d’ordre » et « d’une grenade de désencerclement lancée au milieu du carré de tête ». Par ailleurs, des cartouches de balles en caoutchouc ont été retrouvées au sol, selon Benoît Roux, secrétaire de la Fédération.
« Plusieurs charges policières »
Le PC dénonce aussi « une pluie de gaz lacrymogènes sans aucune raison apparente, suivie de plusieurs charges policières ». Et de remettre en cause les quatre interpellations réalisées « dans des circonstances qui restent à éclaircir ».
« Aux honnêtes travailleurs et travailleuses la matraque, aux patrons hors la loi les mots doux ! », ajoute Benoît Roux à propos de la visite de soutien de Sébastien Lecornu à un boulanger qui a été verbalisé pour avoir fait travailler ses salariés un jour chômé.

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02.05.2026

Nantes : la police agresse l’hommage à un syndicaliste récemment décédé

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L’hommage à Oussama au Premier Mai interrompu par des agents casqués et armés à Nantes.

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En 1973 au Chili, des militaires d’extrême droite renversent le gouvernement de gauche de Salvador Allende et installent une dictature. Deux semaines après le putsch, le poète chilien de gauche Pablo Neruda meurt à Santiago. Le nouveau régime autorise les funérailles, qui se transforment en manifestation, au chant de l’Internationale.
Le 8 février 1921, le grand penseur anarchiste Pierre Kropotkine meurt à l’âge de 78 ans près de Moscou. La dictature bolchevique s’installe, et les révolutionnaires sont déjà pour la plupart arrêtés. Le corps de l’anarchiste est transféré dans un train orné de drapeaux noirs et de banderoles. Le régime a beau être répressif, il laisse faire : on ne profane pas la mémoire d’un mort. Lors des obsèques, le corps est suivi par une foule immense. Le cortège va s’arrêter devant la prison de Moscou, où s’entassent déjà nombre de prisonniers politiques. C’est la dernière grande manifestation anarchiste en Russie.
En France, en 2026, rendre hommage sur la place publique à un camarade récemment décédé est violemment réprimé, sous les coups de matraque et les lacrymogènes. Alors même que le Parlement a organisé une minute de silence pour un néo-nazi violent quelques semaines plus tôt. Autrement dit, la police française et sa hiérarchie sont plus autoritaires et fascistes que des militaires chiliens ou des autocrates soviétiques. Plus obscènes aussi.
Ce 1er mai, après la grande manifestation traditionnelle, environ 200 personnes se sont retrouvées à Nantes, sur la place du Bouffay, pour saluer la mémoire d’Oussama, militant syndicaliste, artiste, ouvrier, qui a marqué l’histoire des luttes en Bretagne. L’appel était public et clair : il invitait
C’était sans compter la fascisation presque complète du gouvernement français. À peine les premiers mots étaient prononcés, devant une banderole avec le slogan «Oussama présent», surmonté d’un accordéon, instrument cher au cœur du défunt, qu’une armada de policiers et de gendarmes cagoulés et lourdement armés ont débarqué. Malgré les appels au calme des militants, une première charge à lieu. Puis la banderole est arrachée par les forces de l’ordre, qui distribuent des coups de matraque.
Au mégaphone, un organisateur continue d’appeler au calme, rappelle qu’il s’agit d’une cérémonie, d’un recueillement pour un défunt, rien n’y fait. La milice cogne. L’ensemble des personnes présentes sur la place, même extérieures à l’hommage, sont outrées. Des grenades lacrymogènes sont tirées. Des personnes en deuil reçoivent du gaz en plein visage à bout portant. L’ignominie.
Un témoin raconte qu’il a demandé à un agent qui était le responsable de cette opération. Ce dernier a répondu «c’est Dieu», en pointant son doigt vers le ciel. Un autre rapporte qu’un des gendarmes lui a reconnu avoir demandé confirmation à sa hiérarchie, pour savoir s’il fallait empêcher l’hommage, et que l’ordre lui aurait été répété plusieurs fois. Nous avons donc dans les préfectures et les commissariat des individus plus lâches et fourbes que Pinochet.
La foule pleure, crie, mais elle refuse de quitter la place. Nous sommes dans l’espace public. On crie aux agents qu’ils devraient avoir honte. On scande aux policiers que, s’ils empêchent cet hommage, une manifestation monstre aura lieu le soir même, en direction du commissariat. Que leurs actes sont filmés, et seront massivement diffusés. Un début d’hésitation se faire sentir sous les casques, où remuent peut-être encore quelques neurones.
Finalement, une députée de la France Insoumise arrive sur place. Elle échange quelques mots avec un des chefs en uniforme. Et l’armada repart, après avoir semé le chaos et la violence. Sans rendre la banderole, comme si Oussama partait une dernière fois en garde à vue.
La foule réoccupe la place sous les applaudissements. Une suite d’interventions, ponctuées de récits de lutte, d’anecdotes amusantes, de témoignages poignants et de lectures sont finalement exprimées au mégaphone. Une nouvelle banderole est réalisée à la hâte, reprenant le slogan de celle qui venait d’être volée : «Oussama, présent». Les prises de parole se terminent avec le crépitement d’un fumigène et la promesse de se revoir. Le cœur noué, mais ensemble.
C’est finalement un bel hommage, qui ressemblait à Oussama : bordélique, visé par la brutalité d’État, résistant, tendre. Tout l’inverse de la noirceur stupide et violente de ceux qui prétendent maintenir l’ordre.

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01.05.2026

Une semaine avant cet évènement, un policier avait été condamné pour avoir exercé des violences sur ce mineur de 16 ans poursuivi pour vol. La direction départementale de la sécurité publique dément toute vengeance et nie toute utilisation d’un taser lors de cette arrestation.
Des policiers qui débarquent à 6 heures du matin, défoncent la porte d’un appartement et tasent leur suspect. Tout ça pour un adolescent de 16 ans, dont le casier est loin d’être vierge certes, mais qui ne se borne qu’à des vols commis sans violence selon son avocat, Me Jacques Bourdais.
Son adresse, chez ses parents en Essonne, est connue de la justice. Et le mineur a toujours répondu aux convocations, comme nous le confirme son conseil, consterné et en colère face à la méthode employée.
Selon lui, cette manière de faire ne doit rien au hasard. En septembre dernier son client et sa mère avaient déposé plainte contre un policier du petit dépôt du tribunal d’Évry-Courcouronnes pour des faits de violences ayant entraîné cinq jours d’incapacité totale de travail.
Une affaire qui remonte à juillet 2024
Le 15 avril, le fonctionnaire a été condamné dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) à 500 euros d’amende, plus 600 euros au titre de la réparation du préjudice moral et 700 euros de remboursement des frais d’avocat de la victime. Une affaire que nous avions relatée.
Pour Me Bourdais, les moyens employés contre cet adolescent n’ont donc rien d’une coïncidence. « C’est une vengeance suite à la condamnation de leur collègue, s’agace-t-il. Mon client n’est pas dangereux, il a toujours déféré aux convocations. Là, il s’agit d’une affaire de vol en réunion de trottinette et de portable remontant à juillet 2024. Ce n’est pas un hasard qu’ils le ressortent maintenant. Ils pouvaient parfaitement le convoquer, il était d’ailleurs au tribunal la semaine précédente. Ou venir le chercher mais en frappant à la porte. La manière dont ça s’est passé relève du grand banditisme, des gens dangereux. Là, il était dans sa chambre en train de dormir. »

(…)

Me Bourdais évoque pourtant une marque ayant laissé trois points sur l’épaule de son client. Le certificat médical fait état de douleurs à la palpation au niveau de l’omoplate entraînant une incapacité temporaire d’un jour.
« Ils veulent le pousser à bout pour qu’il les insulte ou pire, estime Jacques Bourdais. C’est la chronique d’une bavure judiciaire annoncée. Tout ça a été géré de manière invraisemblable. Je vais saisir le parquet », assure son conseil.
Placé en garde à vue dans la foulée, le jeune avait finalement été remis en liberté quelques heures plus tard, à 15 heures. Il comparaîtra devant le tribunal pour enfants en juillet prochain.

 

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