09.07.2026

Les organisateurs du festival de musique Yardland à Paris dénoncent des « violences policières » sur deux festivalières
« Les deux femmes ne représentaient aucune menace et se rendaient simplement à un festival », assurent les organisateurs, jeudi dans une publication sur Instagram.
Les organisateurs du festival de musique Yardland, qui se déroulait du 3 au 5 juillet sur l’hippodrome de Paris-Vincennes, dénoncent des « violences policières » sur « deux femmes noires qui se rendaient au festival », à l’entrée de l’évènement, dimanche. Ils demandent « des sanctions sérieuses » jeudi, sur le réseau social Instagram.
Les organisateurs relatent qu’une des deux jeunes femmes a été « projetée contre un véhicule de police, blessée à la tempe, la hanche et à la jambe » et que l’autre a été « traînée au sol ». Photos à l’appui, ils rapportent également que des « ongles et des cheveux ont été arrachés » et que « quatre policiers sont montés » sur une des deux festivalières « alors qu’elle est asthmatique ».
Les organisateurs expriment leur « honte »
« Les deux femmes ne représentaient aucune menace et se rendaient simplement à un festival », assurent les organisateurs, qui affirment que les policiers auteurs de ces violences faisaient partie d’une « brigade externe à tous les dispositifs prévus ». Pendant tout le week-end, les organisateurs assurent avoir été « en lien permanent avec la police » avec qui ils ont eu des « échanges fluides ». « Les forces de l’ordre n’ont eu à intervenir à aucune reprise sur le festival, malgré les 75 000 personnes accueillies », poursuivent-ils.
Les organisateurs de Yardland expriment leur « honte et leur déception » pour ces violences, alors que les équipes du festival mettent « tout en œuvre pour assurer la sécurité » des femmes, qui composent 75% des festivaliers et que « le maire de Paris était présent sur le festival » lors des faits.

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01.06.2026

Alors que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez veut étendre les pouvoirs des policiers municipaux et faciliter le recours aux amendes, des habitants de quartiers populaires se disent victimes de verbalisation abusive. Certains jeunes se retrouvent fortement endettés. Reportage à Pontoise.
« Je le vis très mal. » Âgé de 20 ans à peine, Nizar doit déjà éponger une dette de près de 7 000 euros d’amendes. Les motifs de celles-ci : crachat, dépôt d’ordures ou de déchets, tapage diurne et nocturne ou émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage. Le jeune homme habite dans le quartier prioritaire des Cordeliers à Pontoise (Val-d’Oise), commune de 32 000 habitants dirigée par la maire LR Stéphanie Von Euw qui a doublé les effectifs de policiers municipaux depuis 2020 et fait installer une centaine de caméras de surveillance.
« On se fait contrôler et chasser systématiquement »
Nizar reconnaît avoir commis une partie des infractions qui lui sont reprochées. Ce qu’il conteste, c’est la proportion dans laquelle il est verbalisé et la façon dont cela arrive. Nizar dit avoir le sentiment de se faire chasser de l’endroit où il habite et décrit ce qu’il vit comme étant du harcèlement. « On est posés dans notre quartier. Les policiers municipaux viennent avec trois ou quatre voitures, et là, ils nous contrôlent systématiquement. Dès qu’ils nous voient, ils viennent, même si le voisinage ne les appelle pas », confie le jeune homme qui raconte s’être déjà fait insulter par des policiers municipaux. Nizar y voit une forme de discrimination sociale. « On se fait chasser pour la tranquillité des gens qui ne sont pas de la même classe que nous », regrette-t-il.
Nizar raconte les tensions que cette situation a engendrées sur sa famille. « Mon père craque quand il voit les amendes. Il pense que je vends de la drogue alors que non. C’est compliqué. Il n’y a rien à faire à la maison. Je me sens mieux dehors que chez moi », confie-t-il.
« Ils cherchent toutes les amendes possibles à nous mettre »
Même situation pour Enzo, 20 ans, qui habite dans le quartier des Louvrais, toujours à Pontoise. Il doit rembourser près de 10 000 euros d’amendes. « J’en reçois presque tous les jours », assure-t-il avant d’ajouter : « On se fait harceler par la police municipale. » Les amendes qu’il reçoit sont majoritairement liées au fait qu’il dispose d’une voiture. Il énumère les motifs des contraventions : « Quand on a le moteur allumé sur un parking et qu’on ne roule pas, c’est un motif de contrôle. Il y a aussi les rétroviseurs cisaillants, quand ils sont un peu cassés. Il y a aussi l’absence de liquide lave-glace, les pneus lisses. » Le jeune homme reconnait lui aussi avoir commis une partie des infractions, mais pas toutes : « Sur cinq amendes que je reçois, il y en a deux qui sont bonnes, mais les trois autres je ne sais pas ce que c’est. »
Enzo nous montre les caméras de surveillance que la mairie a fait installer au sommet des immeubles du quartier. « Dès qu’ils nous voient, ils viennent et on se mange des amendes », déplore-t-il. Le jeune homme de 20 ans assure ne pas être prévenu de toutes les amendes qui lui sont administrées par les agents. « Parfois, j’en reçois même à des mauvaises adresses ! », ajoute-t-il. Le jeune homme de 20 ans travaille dans une usine à 60 kilomètres de Pontoise. Chaque mois, il est prélevé directement sur son salaire de 1 600 euros. « Je travaille pour eux », déplore-t-il. « Ça donne moins envie de sortir, moins envie de travailler… Ça démoralise », conclut-il.
Contactée, la maire Les Républicains de Pontoise Stéphanie Von Euw a décliné notre invitation à la dernière minute.
La Défenseure des droits s’est saisie du sujet
Alors que le projet de loi « Ripost » porté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez prévoit d’étendre les prérogatives des policiers municipaux et d’élargir le recours aux amendes, la Défenseure des droits met en garde, dans un avisOuverture dans un nouvel onglet, contre « un glissement des missions régaliennes de police judiciaire vers des forces locales susceptible d’affaiblir les garanties procédurales » et s’inquiète « d’un risque de creusement des inégalités territoriales et de dégradation du lien de proximité entre les usagers et les policiers municipaux ».
Mercredi 9 avril 2025, la Défenseure des droits avait publié une étude sur les pratiques de la police en région parisienne
Ouverture dans un nouvel onglet qui met en évidence une politique publique d’éviction de l’espace public de personnes considérées comme « indésirables ». Cette étude, conduite par les chercheuses Aline Daillère et Magda Boutros (Sciences-po : CRIS/CESDIP), révèle « des pratiques policières discriminatoires ciblant les jeunes hommes racisés de quartiers populaires ». À partir de sources administratives et d’entretiens, l’étude montre comment la police utilise les contrôles et les amendes à répétition pour faire partir certaines catégories d’habitants des espaces publics de leurs quartiers.
Le ministère de l’Intérieur a fait savoir qu’il s’inscrivait « en faux des conclusions de ce rapport qui constituent une accusation particulièrement grave ». Utilisé dans le logiciel de main courante par la police, le terme « perturbateurs indésirables » a été définitivement supprimé. « Sans préjudice de ce qui précède, et afin que la probité de nos forces de sécurité ne soit pas indûment mise en cause, j’ai fait procéder à la suppression de la mention ‘indésirables’ qui perdurait dans la nomenclature de la main courante informatisée des services de police et sur laquelle vous aviez attiré mon attention », est-il écrit. Hormis sur ce point, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux questions que nous lui avons posées sur la multiverbalisation.

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21.05.2026

Tandis que les affaires de discrimination se multiplient dans la police nationale, l’historienne Jeanne-Laure Le Quang revient sur plusieurs épisodes marquants de l’institution, pour interroger son rapport aux étrangers, à l’État de droit et à l’idéologie d’extrême droite. Entretien.
En 2026, la question du racisme systémique au sein de l’institution policière n’a toujours pas été réglée, comme l’Humanité le révélait dans une enquête. Dans le même temps, ses syndicats majoritaires revendiquent davantage de marge de manœuvre comme une présomption de légitime défense s’apparentant à un droit de tuer ou encore un droit de regard sur les décisions de justice. Le tout avec l’appui du Rassemblement national, de Reconquête et même d’une partie des Républicains.
Comment expliquer ces accointances ? Depuis l’époque napoléonienne jusqu’aux années 1980, en passant par l’époque coloniale, l’histoire de la police française est jalonnée de choix politiques qui l’ont façonné et de revendications professionnelles qui l’ont rapproché de certains mouvements.

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