05.07.2026

Val-d’Oise : multiverbalisés par la police municipale, des jeunes de Pontoise dénoncent un harcèlement

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Des jeunes des quartiers des Cordeliers et des Louvrais affirment être victimes de verbalisations quasi quotidiennes de la part de la police municipale de Pontoise (Val-d’Oise).

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À l’initiative de membres et d’élus de la L!ste, groupe d’opposition de la gauche radicale au conseil municipal de Pontoise (Val-d’Oise), une douzaine de jeunes du quartier des Louvrais, mais aussi des Cordeliers ont accepté de témoigner pour dénoncer un climat qu’ils qualifient de « harcèlement », marqué par des contrôles fréquents et des amendes qu’ils estiment souvent injustifiées.
Jet de détritus, tapage ou encore regroupements seraient les principales infractions relevées par la police municipale.
Pour certains, les amendes s’accumulent et représentent le millier d’euros. Plusieurs renoncent souvent à les contester, faute de preuves ou découragés par des démarches jugées trop complexes.
« Dès qu’ils sortent, ils savent que ça va leur arriver », déclare Ayoub, 25 ans, qui s’est fait le porte-parole des jeunes verbalisés.
Vidéoverbalisation
Au-delà des faits, c’est une méthode qui interpelle. « Les nouvelles tablettes utilisées par les policiers municipaux proposent automatiquement plusieurs infractions possibles.
Quand les fonctionnaires procèdent à la verbalisation, la tablette suggère d’autres infractions.
C’est pour ça qu’un jeune peut recevoir jusqu’à quatre contraventions », assure Julie Vadebeaux, conseillère municipale, membre de La L!ste.
Les verbalisations visent souvent les mêmes jeunes. Parfois, les fonctionnaires ne procèdent même pas à un contrôle d’identité.
« Ça fait trois ou quatre ans qu’ils nous connaissent. Ils ont enregistré nos pièces d’identité. » La vidéoverbalisation serait aussi largement utilisée.
Un jeune raconte avoir été verbalisé alors qu’il marchait seul dans la rue. « Je marche, je mets ma musique dans mes oreilles. Ils m’arrêtent. Une semaine plus tard, j’ai reçu trois amendes de 68 euros » témoigne-t-il, sans préciser les réels motifs.
« La police municipale peut passer en voiture. Elle les voit de loin et ils ont une contravention. Elle ne s’est pas arrêtée, elle ne leur a pas parlé », témoigne un habitant du quartier.
« Les contestations ont une infime chance d’aboutir, d’abord parce qu’il n’y a pas de preuves », explique une membre de La L!ste.
« Quand tu t’en prends trois par jour, au bout d’un moment, tu n’as plus l’intention de contester. »
« Ils devraient pouvoir demander de visionner les images de surveillance pour vérifier que les infractions ont bien été commises », estime Julie Vadebeaux, qui a évoqué le sujet lors du conseil municipal le 2 juillet 2026 (lire encadré).
L’essentiel
– « La Police municipale intervient dans le cadre des compétences que lui confère la loi. Les agents sont assermentés, agréés, formés et habilités à constater les infractions relevant de leurs prérogatives. Toute verbalisation est fondée sur des faits constatés et sur une base légale », réagit François Daoust, adjoint au maire délégué à la sécurité. La Ville a pris connaissance des témoignages relayés par les médias. « À ce stade, nous ne souhaitons pas commenter des situations individuelles sans disposer de l’ensemble des éléments factuels. Les premiers éléments dont nous disposons montrent que certaines affirmations nécessitent d’être vérifiées et replacées dans leur contexte », tempère l’élu. « D’une manière générale, toute verbalisation repose sur des infractions constatées et peut faire l’objet par le contrevenant des voies de recours prévues par la loi », rappelle-t-il. « Si des situations particulières appelaient des vérifications complémentaires, elles seront examinées avec toute l’attention nécessaire », rassure-t-il.
Pratique de police
Au-delà des amendes, les jeunes décrivent des conséquences sociales importantes. « Il y en a qui n’osent plus rentrer dans la vie active parce qu’ils savent qu’ils vont avoir des saisies sur salaire. Ça les bloque dans leur vie professionnelle, personnelle, à tous les niveaux », évoque une membre de La L!ste.
« Ça a commencé après le Covid. C’est l’antiregroupement. Ils disent qu’on ne peut pas être plusieurs. Après, on ne comprend pas pourquoi on ne peut pas être entre amis », déplore un jeune.
Le phénomène ne serait pas propre à Pontoise, d’autres communes adoptent une démarche similaire.
Et les polices municipales ne sont pas les seules concernés.
En avril 9 avril 2025, la Défenseure des droits avait publié une étude sur les pratiques de la police en région parisienne.
Un rapport mettait en évidence une politique publique d’éviction de l’espace public de personnes considérées comme « indésirables ».
Cette étude, conduite par les chercheuses Aline Daillère et Magda Boutros (Sciences Po), révélait « des pratiques policières discriminatoires ciblant les jeunes hommes racisés de quartiers populaires ».
Loi Ripost
À partir de sources administratives et d’entretiens, l’étude montrait comment la police nationale utilisait les contrôles et les amendes à répétition pour impulser le départ d’habitants des espaces publics de leurs quartiers.
Une méthode adoptée. Le ministère de l’Intérieur avait fait savoir qu’il s’inscrivait « en faux des conclusions de ce rapport qui constituent une accusation particulièrement grave ».
Utilisé dans le logiciel de main courante par la police, le terme « perturbateurs indésirables » avait été définitivement supprimé.
« Sans préjudice de ce qui précède, et afin que la probité de nos forces de sécurité ne soit pas indûment mise en cause, j’ai fait procéder à la suppression de la mention ‘indésirable’ qui perdurait dans la nomenclature de la main courante informatisée des services de police », avait réagi le ministre de l’Intérieur.
Les élus de La L!ste ont décidé de médiatiser le sujet alors que la loi Ripost portée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez prévoit d’étendre les prérogatives des policiers municipaux et d’élargir le recours aux amendes.
La Défenseure des droits met en garde, dans un avis, contre « un glissement des missions régaliennes de police judiciaire vers des forces locales susceptibles d’affaiblir les garanties procédurales » et s’inquiète « d’un risque de creusement des inégalités territoriales et de dégradation du lien de proximité entre les usagers et les policiers municipaux ».
La maire s’exprime…
En séance du conseil municipal, Emmanuel Potier, conseiller municipal (Dvg), a abordé le sujet en relayant « le profond malaise », de plusieurs jeunes habitant les quartiers des Louvrais, des Cordeliers ou des Larris. Selon l’élu d’opposition, ces derniers feraient l’objet de verbalisations « abusives pour des motifs futiles : tapage nocturne non avéré, jeux de cartes dans la rue, ou encore des infractions routières mineures comme un manque de liquide lave-glace ».
L’élu de l’opposition de gauche radicale a pointé du doigt des vices de procédure. « Des amendes qui tombent sans avertissement préalable ni contrôle d’identité direct. Des jeunes de 16 à 20 ans accumulant des milliers d’euros de dettes sans avoir pu contester à temps. Un manque de dialogue de la part des agents sur le terrain. »

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01.06.2026

Alors que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez veut étendre les pouvoirs des policiers municipaux et faciliter le recours aux amendes, des habitants de quartiers populaires se disent victimes de verbalisation abusive. Certains jeunes se retrouvent fortement endettés. Reportage à Pontoise.
« Je le vis très mal. » Âgé de 20 ans à peine, Nizar doit déjà éponger une dette de près de 7 000 euros d’amendes. Les motifs de celles-ci : crachat, dépôt d’ordures ou de déchets, tapage diurne et nocturne ou émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage. Le jeune homme habite dans le quartier prioritaire des Cordeliers à Pontoise (Val-d’Oise), commune de 32 000 habitants dirigée par la maire LR Stéphanie Von Euw qui a doublé les effectifs de policiers municipaux depuis 2020 et fait installer une centaine de caméras de surveillance.
« On se fait contrôler et chasser systématiquement »
Nizar reconnaît avoir commis une partie des infractions qui lui sont reprochées. Ce qu’il conteste, c’est la proportion dans laquelle il est verbalisé et la façon dont cela arrive. Nizar dit avoir le sentiment de se faire chasser de l’endroit où il habite et décrit ce qu’il vit comme étant du harcèlement. « On est posés dans notre quartier. Les policiers municipaux viennent avec trois ou quatre voitures, et là, ils nous contrôlent systématiquement. Dès qu’ils nous voient, ils viennent, même si le voisinage ne les appelle pas », confie le jeune homme qui raconte s’être déjà fait insulter par des policiers municipaux. Nizar y voit une forme de discrimination sociale. « On se fait chasser pour la tranquillité des gens qui ne sont pas de la même classe que nous », regrette-t-il.
Nizar raconte les tensions que cette situation a engendrées sur sa famille. « Mon père craque quand il voit les amendes. Il pense que je vends de la drogue alors que non. C’est compliqué. Il n’y a rien à faire à la maison. Je me sens mieux dehors que chez moi », confie-t-il.
« Ils cherchent toutes les amendes possibles à nous mettre »
Même situation pour Enzo, 20 ans, qui habite dans le quartier des Louvrais, toujours à Pontoise. Il doit rembourser près de 10 000 euros d’amendes. « J’en reçois presque tous les jours », assure-t-il avant d’ajouter : « On se fait harceler par la police municipale. » Les amendes qu’il reçoit sont majoritairement liées au fait qu’il dispose d’une voiture. Il énumère les motifs des contraventions : « Quand on a le moteur allumé sur un parking et qu’on ne roule pas, c’est un motif de contrôle. Il y a aussi les rétroviseurs cisaillants, quand ils sont un peu cassés. Il y a aussi l’absence de liquide lave-glace, les pneus lisses. » Le jeune homme reconnait lui aussi avoir commis une partie des infractions, mais pas toutes : « Sur cinq amendes que je reçois, il y en a deux qui sont bonnes, mais les trois autres je ne sais pas ce que c’est. »
Enzo nous montre les caméras de surveillance que la mairie a fait installer au sommet des immeubles du quartier. « Dès qu’ils nous voient, ils viennent et on se mange des amendes », déplore-t-il. Le jeune homme de 20 ans assure ne pas être prévenu de toutes les amendes qui lui sont administrées par les agents. « Parfois, j’en reçois même à des mauvaises adresses ! », ajoute-t-il. Le jeune homme de 20 ans travaille dans une usine à 60 kilomètres de Pontoise. Chaque mois, il est prélevé directement sur son salaire de 1 600 euros. « Je travaille pour eux », déplore-t-il. « Ça donne moins envie de sortir, moins envie de travailler… Ça démoralise », conclut-il.
Contactée, la maire Les Républicains de Pontoise Stéphanie Von Euw a décliné notre invitation à la dernière minute.
La Défenseure des droits s’est saisie du sujet
Alors que le projet de loi « Ripost » porté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez prévoit d’étendre les prérogatives des policiers municipaux et d’élargir le recours aux amendes, la Défenseure des droits met en garde, dans un avisOuverture dans un nouvel onglet, contre « un glissement des missions régaliennes de police judiciaire vers des forces locales susceptible d’affaiblir les garanties procédurales » et s’inquiète « d’un risque de creusement des inégalités territoriales et de dégradation du lien de proximité entre les usagers et les policiers municipaux ».
Mercredi 9 avril 2025, la Défenseure des droits avait publié une étude sur les pratiques de la police en région parisienne
Ouverture dans un nouvel onglet qui met en évidence une politique publique d’éviction de l’espace public de personnes considérées comme « indésirables ». Cette étude, conduite par les chercheuses Aline Daillère et Magda Boutros (Sciences-po : CRIS/CESDIP), révèle « des pratiques policières discriminatoires ciblant les jeunes hommes racisés de quartiers populaires ». À partir de sources administratives et d’entretiens, l’étude montre comment la police utilise les contrôles et les amendes à répétition pour faire partir certaines catégories d’habitants des espaces publics de leurs quartiers.
Le ministère de l’Intérieur a fait savoir qu’il s’inscrivait « en faux des conclusions de ce rapport qui constituent une accusation particulièrement grave ». Utilisé dans le logiciel de main courante par la police, le terme « perturbateurs indésirables » a été définitivement supprimé. « Sans préjudice de ce qui précède, et afin que la probité de nos forces de sécurité ne soit pas indûment mise en cause, j’ai fait procéder à la suppression de la mention ‘indésirables’ qui perdurait dans la nomenclature de la main courante informatisée des services de police et sur laquelle vous aviez attiré mon attention », est-il écrit. Hormis sur ce point, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux questions que nous lui avons posées sur la multiverbalisation.

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