05.06.2026

Si des débordements ont eu lieu en France après la victoire en Ligue des Champions du Paris Saint-Germain, des policiers ont commis de nombreuses violences. Trois personnes dont deux mineurs auraient été grièvement blessés par des tirs de LBD.
Coup de sifflet. Lorsque le PSG remporte sa seconde étoile lors de la finale de la Ligue des Champions, ce samedi 30 mai, les scènes de liesse ont déjà rempli les rues de la capitale. À leur manière, les 8.000 policiers déployés à Paris par le ministère de l’Intérieur « pour contenir tout débordement » se sont joints à la fête. Aussi rapidement que le nombre croissant d’interpellations est venu rythmer la soirée des chaînes d’informations en continu, sont apparues sur les réseaux sociaux les premières images de comportements problématiques et accusations de violences illégitimes perpétrées par les forces de l’ordre.
Débordements et éborgnements
Surviennent ainsi les images d’un enfant de 13 ans qui maintient un épais bandage contre son œil. Du sang coule le long de son avant-bras pendant le trajet jusqu’à l’hôpital. Selon le député LFI de Seine-Saint-Denis Aly Diouara, l’enfant aurait été frappé par un tir de LBD tiré depuis un véhicule de police à Bobigny (93). À Fontenay-sous-Bois (94), un adolescent âgé de 14 ans aurait également été grièvement blessé au visage par un tir de LBD, a indiqué dans un communiqué le maire de la commune Jean-Philippe Gautrais (liste d’union de la gauche). L’élu précise : « Les médecins ont annoncé des conséquences permanentes sur sa vue ». L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie des deux affaires, ont fait savoir respectivement les parquets de Bobigny et de Créteil.
Sur le périphérique parisien, à la Porte Maillot, un rassemblement de motards au milieu duquel s’improvise un match de foot est délogé à grand renfort de grenades lacrymogènes tombant entre les véhicules. Près de la porte de Saint-Cloud, des motards passant à côté de policiers sont aspergés de lacrymogène.
Dans les jardins du Grand Palais dans le 8e arrondissement, malgré son brassard « Presse », le reporter Enzo Rabouy, 21 ans, est frappé d’un coup de matraque derrière la tête et s’effondre par terre. Le policier qui l’a violenté l’a « laissé inconscient au sol », précise-t-il sur X à l’appui des images. À Mediapart, il confie vouloir porter plainte.
Sur la place du Trocadéro, un jeune homme recroquevillé par terre est frappé de deux coups de matraque télescopique par un policier. Il n’est pourtant pas interpellé. À la place, en repartant, le même agent lui donne un violent coup de pied dans la tête. « Il voulait me matraquer car il m’a vu filmer », ajoute l’auteur de la vidéo, qui précise avoir reçu dans sa fuite, comme d’autres supporters, plusieurs coups dans le dos.
Enfin, juste de l’autre côté du pâté de maisons, rue Magdebourg, la vidéosurveillance d’un immeuble d’habitation montre une cinquantaine de supporteurs s’engouffrer dans la cour intérieure pour fuir, certains en suffoquant, un épais nuage de gaz lacrymogènes. Quelques minutes plus tard, trois policiers rentrent à leur tour en courant, matraques et LBD à la main, suivis de fonctionnaires de la BAC. L’un d’eux, cache-cou remonté jusqu’au nez, matraque immédiatement l’un des jeunes qui essaye de fuir. Un second, carrure de rugbyman, cagoule sur la tête et LBD en bandoulière, lui porte plusieurs coups de poing.
Alors qu’une première partie des personnes sortent, le même policier se poste devant le reste du groupe, et leur porte trois coups de poing au visage, tandis que son collègue enchaîne les coups de bâton. Aucune résistance n’est pourtant décelable de la part des supporters, dont plusieurs gardent les mains en l’air. De fait, aucune interpellation n’est réalisée par les agents. À la sortie de l’immeuble, « une haie d’honneur » policière les attend, depuis laquelle s’abattent des derniers coups de matraque, toujours filmés.
Sollicité par StreetPress, le service communication du parquet de Paris a indiqué avoir transmis ces images « à la section compétente » afin qu’elle puisse « ouvrir des enquêtes ». À ce stade, les magistrats font état de trois procédures mettant en cause des membres des forces de l’ordre à Paris. Deux concernent des mineurs de 14 et 17 ans dénonçant des violences lors de leur interpellation.
Sept fractures au visage
Mourad, 43 ans, n’a « rien vu arriver ». Ce soir-là, le quadragénaire descend d’Ermont (95) pour suivre le match dans le centre de Paris, à Châtelet avec deux amis. Il est vite pris dans l’ambiance. « C’était convivial, il y avait des papas, des mamans, des enfants », mais aussi « des jeunes qui faisaient des problèmes » se souvient Nasser (1). Vers 00h25, le trio essaye de partir par le Trocadéro pour remonter dans le Val d’Oise quand, devant le pont d’Iéna qui sépare l’esplanade de la Tour Eiffel, Mourad reçoit « un projectile » policier dans la tempe. L’impact lui provoque sept fractures autour de son œil droit. Sur le coup, Mourad ne comprend pas ce qui lui arrive. Nasser, lui, voit seulement son ami « se baisser », et couler « beaucoup de sang ». « Il était sous le choc, je ne le reconnaissais pas », indique Nasser, qui cherche alors des secours :
« Il y avait des pompiers sur le trottoir d’en face. J’ai couru pour demander de l’aide. Un policier avec son flashball est arrivé par derrière, m’a dit : “Dégage”. J’ai dit que mon ami avait l’œil crevé, il m’a insulté et m’a tiré dessus à deux mètres, sans me toucher. »
Le groupe est alors séparé par une charge. Mourad, le visage toujours « en sang », est lui aussi « envoyé balader » par les policiers positionnés sur le pont, qui le laissent « marcher pendant 40 minutes à chercher des secours ». « Ils ne m’ont pas laissé traverser. Ils m’ont dit : “Tu dégages”, “Casse-toi”. J’errais comme un animal, recouvert de sang », se souvient Mourad.
Il ne comprend la cause de sa blessure que lorsqu’une médecin des unités médico-judiciaires lui explique « que ça ne pouvait être qu’un tir de flashball, vu la puissance ». Sur les photos, son œil droit est tuméfié, et ne voit « plus rien ». À côté, sa tempe est marquée d’un large hématome rond, dessinant le « projectile » circulaire. Sous le choc, sa tête a aussi été « déformée ». L’homme présente des fractures des parois et du plancher de l’orbite jusqu’au « processus condylien », par laquelle est accrochée la mâchoire inférieure, lui ont expliqué les médecins. Son état nécessite « une opération qui va laisser pas mal de cicatrices ». Si son globe oculaire n’a finalement pas été touché, « il y aura peut-être des séquelles », craint-il, en plus des douleurs et « des migraines importantes », dont il souffre depuis samedi.
« La baffe que je vais te mettre va te faire saigner »
Max (1), 14 ans, a lui été interpellé à la « 61e minute du match » près du métro Jacques Bonsergent, dans le 10e arrondissement où il habite, pour avoir tiré des feux d’artifice, rapporte sa mère Paloma (1). Selon la plainte déposée par l’adolescent, pour le faire avouer sa possession du carton d’engins pyrotechniques, les policiers lui auraient « frappé violemment » la tête contre le carton, le faisant saigner du nez. Il s’en serait suivi des menaces, des remarques racistes et homophobes. Les agents, lui auraient lancé :
« Avec les rails de train que t’as sur les dents, je te promets que la baffe que je vais te mettre va te faire saigner. »
Pour justifier son interpellation, sur dénonciation d’une voisine, un policier lui aurait aussi déclaré : « Tu es le seul PD asiatique habillé en rose », rapporte-t-il dans sa plainte. « J’ai dit que je n’étais pas asiatique, on m’a répondu en mimant un accent », dénonce-t-il également. S’il n’a pas été poursuivi à cause d’une nullité dans le dossier, le parquet lui a notifié un avertissement pénal probatoire – qui a remplacé les « rappels à la loi » – accompagné d’heures de travail d’intérêt général.
Sollicitée ce vendredi 5 juin, la préfecture de police a accusé réception de notre demande et n’y a à ce stade pas donné suite.
(1) Le prénom a été modifié.

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29.05.2026

Dans les champs comme dans les villes, l’État fait la guerre à la jeunesse, et à tout ce qui peut procurer un peu de joie, de rencontre, d’énergie collective. Il veut maintenir la population résignée et les corps isolés.
Nouvel exemple à Elven, comme de 6600 habitants dans le Morbihan. Samedi 23 mai, une free party est organisée sur un terrain, il fait beau, l’ambiance s’annonce excellente, 300 teufeurs et teufeuses se réunissent. La gendarmerie déclenche alors une véritable scène de chaos.
Un hélicoptère survole la fête à basse altitude alors que plusieurs escadrons encerclent le terrain. Au moins 100 militaires lourdement armés, qui gazent massivement la foule, puis tirent des balles en caoutchouc et des grenades explosives. «Ils ont fait entonnoir et ont tout gazé pour rentrer. On ne voyait plus rien» explique un participant.
Plusieurs personnes ont été sérieusement blessées par les munitions : des images prises par le photographe Théophane Tournemine montrent des impacts de LBD et de grenades, et une personne au visage ensanglanté. Des centaines de grenades ont été tirées. Certaines ont provoqué un départ de feu dans la forêt longeant le champ, dans laquelle la foule s’est réfugiée pour échapper à la charge.
Dans la violence et la confusion, au moment de saisir le matériel sonore, les gendarmes ont laissé tomber dans le champ un chargeur de fusil d’assaut. Une arme parfaitement scandaleuse dans un contexte de maintien de l’ordre, et encore plus de fête. Et d’autant plus dangereuse qu’elle est utilisée par des incompétents. Des munitions de guerre sont ainsi laissées dans la nature.
La semaine précédente, c’était à Ploërmel qu’une Free Party était réprimée. Ces images de fêtes écrasées par la répression deviennent banales, il ne faut pas s’y habituer. L’État sème le chaos et la désolation en lieu et place de la joie, de la solidarité et de l’auto-organisation. C’est déjà une forme de fascisme.

 

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24.05.2026

Entre 300 et 500 élèves ont manifesté vendredi 22 mai 2026 devant le lycée Germaine-Tillion à Montbéliard (Doubs). Mais ce rassemblement a dégénéré avec des débordements de violence. Trois jeunes ont été placés en garde-à-vue tandis que les syndicats enseignants dénoncent des violences policières. On vous explique.
Ils s’étaient réunis dès 8h du matin. Devant le lycée Germaine-Tillion, à Montbéliard (Doubs) entre 300 et 500 élèves se sont rassemblés vendredi 22 mai 2026 pour protester contre la décision du proviseur (prise mercredi 20 mai) d’interdire l’accès au hall jusqu’à nouvel ordre. Cette décision avait été prise suite à l’utilisation de fumigène dans ce hall mais les élèves avaient perçu cette décision comme une punition collective. « Des problèmes organisationnels et la vétusté de certains locaux avaient également motivé leur décision », est-il écrit dans un communiqué de presse intersyndical des personnels du lycée Germaine-Tillion de Montbéliard.
La manifestation s’est étendue jusque dans l’après-midi. « Selon les témoignages que j’ai pu avoir, tout s’est bien passé jusqu’à 15h, où les élèves jouaient au football et le ballon a touché la voiture d’un policier. Les policiers ont gardé le ballon et ça a dégénéré », rapporte Mohamed Abohlfaya, secrétaire général de l’union syndicale lycéenne de la fédération du Doubs. Trois jeunes ont été interpellés et placés en garde à vue. Deux d’entre eux sont toujours en garde à vue et seront présentés au procureur de Montbéliard dimanche 24 mai. « Un élève serait blessé », est-il précisé dans le communiqué de presse.
« La police a chargé violemment et sans distinction »
« Suite à des débordements dus à quelques-uns, la police a chargé violemment et sans distinction le groupe restant, faisant usage de lacrymogènes », souligne le communiqué. D’après le témoignage d’un professeur que Mohamed Abohlfaya a pu recueillir, les élèves auraient subi cinq à six charges de la part des policiers. « Il y a même eu des jets de lacrymo dans la cour », rapporte-t-il. « Ça a touché les élèves et même des professeurs qui étaient au bord de la route », témoigne Lana, lycéenne présente lors de la manifestation.
« Il y a un même une vidéo qui tourne où un prof demande à un policier de se calmer et celui-ci le traite de Mélenchon », ajoute-t-elle. Les députés LFI Antoine Léaument et Danièle Obono ont réagi sur X sur ce sujet.
« Vous êtes un Mélenchon » : ce policier sort de son devoir de réserve.
— Antoine Léaument 🇫🇷 (@ALeaument) May 23, 2026
L’acclamation qu’il suscite en faveur du candidat insoumis était la meilleure réponse à faire.
Quand nous arriverons au pouvoir, ce genre de comportement, c’est fini. pic.twitter.com/9MxsIDtNnc
Selon Lana, certains policiers auraient largement abusé de leur pouvoir. « Dans une vidéo, on voit un policier qui attrape un élève et qui commence à l’étrangler, à le serrer au cou. On voit bien sur la vidéo qu’il n’arrive plus à respirer mais ils n’en ont rien à faire », lâche-t-elle. La lycéenne rapporte également que, dans un sonore enregistré par un lycéen qui se plaint auprès d’un policier d’avoir failli mourir à cause des gaz lacrymogènes, le policier lui aurait rétorqué : « T’as failli mourir et bah tant mieux. Ça fera un connard de moins ».
D’après la jeune fille, la manifestation a pris fin avec un barrage mis en place par les policiers. « Je me demande pourquoi ils ne l’ont pas fait depuis le début », se questionne-t-elle.
Un appel à la discussion des syndicats
Dans le communiqué intersyndical des personnels du lycée Germaine-Tillion de Montbéliard, « les enseignant.es du lycée Germaine Tillion tiennent à condamner l’absence de dialogue avec la direction de l’établissement, qui aurait permis, s’ils avaient eu lieu, d’éviter les débordements et les violences policières qui ont suivi ».
Les insultes, les flash balls et les gaz lacrymogènes lancés sur des adolescents ne constituent pas une réponse digne d’une démocratie et d’une institution qui se veut exemplaire et bienveillante avec notre jeunesse.
communiqué de presse intersyndical des personnels du lycée Germaine-Tillion de Montbéliard
Les syndicats enseignants souhaitent que des discussions aient lieu entre la direction du lycée et les lycéens. Ils appellent aussi le rectorat à intervenir pour apaiser les relations entre les lycéens et les forces de l’ordre et demandent « un bilan objectif des modalités d’interventions » de la police afin d’éviter de nouveaux débordements.

(…)

« L’objectif est de manifester pacifiquement mais on sent qu’ils sont tendus donc faut faire attention à ce que ça ne déborde pas », prévoit le secrétaire général de l’union syndicale lycéenne de la fédération du Doubs. « On peut espérer comme vendredi entre 300 et 500 personnes mais comme il y a eu des répressions, ils ont peur donc on ne sait pas ». Les lycéens décideront le jour même s’ils maintiendront ou non, le blocus pendant le reste de la semaine.

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19.05.2026

Pour proposer un récit alternatif à la litanie monotone des autorités et des journalistes locaux, qui transforment chaque week-end de simples fêtard·es en terroristes en puissance, Contre Attaque a voulu donner la parole aux personnes présentes sur place. Témoignages et récit, pour offrir un autre regard sur celles et ceux qui vivent la free party dans leurs corps, images à l’appui.
C’était une nuit qui avait pourtant commencé sous les auspices de la joie et de la bonne humeur. Après un week-end particulièrement dur pour le mouvement de la fête libre, marqué par plusieurs saisies de matériel de sonorisation, et dans un contexte plus large de répression de la free party au travers de lois liberticides, une fête avait été annoncée en Bretagne pour la nuit du samedi 16 mai.
Répondant au nom bien trouvé de «Bzh Contre Attaque», cette free party était justement organisée en réponse aux événements du week-end, ainsi qu’au projet de loi RIPOST, débattu à partir de ce lundi au Sénat. Le point de rendez-vous du convoi, qui permet aux fêtard·es de se réunir pour se rendre ensemble sur le site de la fête, est donné à 22h30 sur le parking du Super U de Ploërmel. Des teufeurs et teufeuses interrogé·es par Contre Attaque racontent une ambiance festive : «Ça a franchement bien démarré, l’ambiance était géniale. Le public était au rendez vous, tout se passait bien».
Marla, présente sur les lieux, décrit elle aussi un parking «pratiquement plein» où «les gens se rencontrent» dans une atmosphère joyeuse et pacifique. Fruit du hasard, un concert légal se déroulant à quelques mètres du parking dans un bar voisin ramène des curieux et des badauds. Cependant, malgré cette ambiance paisible, des escadrons de gendarmes ferment les 3 accès au parking et enferment de fait plusieurs dizaines de véhicules. À 1h15, un large convoi de véhicules tente une sortie, qui va servir de prétexte au déchaînement de violence des forces de l’ordre.
Plusieurs dizaines de grenades lacrymogènes sont immédiatement tirées sur le parking. Des grenades GM2L – pour Grenade Modulaire à 2 effets Lacrymogène – sont également projetées sur les fêtard·es. Ces grenades contiennent un «mélange pyrotechnique» avec 48 grammes d’Hexocire. Il s’agit de l’explosif RDX mélangé à de la cire. Le RDX est 1,6 fois plus puissant que la TNT. Il compose par exemple le C4, l’un des explosifs militaires les plus puissants. Elle peut tuer ou arracher des membres.
Interrogée par Contre Attaque, Léa évoque «une pluie incessante de projectiles en tous genres de la part des gendarmes mobiles» accompagnée «de coups de matraques sur les pare-brise des véhicules qui tentaient de sortir de ce piège». Pourtant restée sur le parking à distance des heurts, elle est blessée à la tête par un palet de lacrymogène, dans un chaos indescriptible.
Après plusieurs heures de tensions sur le parking, le bilan est lourd. De nombreuses personnes sont asphyxiées, des pneus ont été crevés et des rétroviseurs arrachés par les gendarmes, et un jeune homme a été violemment interpelé sans raison apparente. Plus absurde, la soirée légale aux abords du Super U s’est retrouvé encerclée par les gendarmes. Impossible pour les personnes présentes, qui n’avaient pourtant rien à voir avec la free party, de sortir ou de rentrer chez elles. Elles ont été également gazées pendant de longues heures, parfois enfermées dans leurs voitures.
En raison du dispositif policier hors norme, l’entièreté du village de Ploërmel s’est par ailleurs retrouvé cerné de gaz et inaccessible pour les riverain·es. De nombreux habitant·es, parfois âgé·es, ont dû êtres guidé·es tant bien que mal par des fêtard·es qui s’improvisaient agents de la circulation.
Finalement, le convoi parvient enfin à s’extraire d’un parking transformé en champ de bataille, et la fête commence vers 3h du matin, au sein d’une forêt de la commune de Monteneuf. Malgré la confusion générale et l’obscurité, les forces de l’ordre lancent alors une seconde attaque sur la fête.
Marla raconte que «depuis les bois, ça pète, ça explose, de fortes détonations se font entendre. La scène qui est donnée à voir et entendre semble lunaire». Sur le site, un lycéen décrit un climat anxiogène : «Ce qui était dur, c’était aussi l’endroit et le moment où ils nous réprimaient : c’était carrément irresponsable de nous gazer et de tirer en pleine nuit à 4h30 du matin […] sur un terrain mouillé, en pente, glissant, il fallait réussir à se repérer entre les fumées épaisses, les explosions de grenades de désencerclement, l’obscurité, la fatigue». Un autre participant évoque «une vraie attaque» dans le «noir absolu» sur les lieux.
À 6h du matin, après plusieurs heures de heurts, les gendarmes se retirent finalement à 500 mètres de la fête, laissant au passage le site dans un piteux état. Ce sont en effet les teufeur·ses qui ont dû ramasser les grenades et les palets de lacrymogènes carbonisés sur le terrain de la fête, qui se comptaient par centaines. L’absence de vent a en outre conduit à la stagnation des gaz pendant de longues heures sur toute la zone forestière, au mépris total de la faune et de la flore.
Dans les médias, le maire de la commune de Monteneuf, sur laquelle s’est installé la fête « à proximité d’une zone Natura 2000 » racontait son inquiétude sur l’impact environnemental que la fête pourrait avoir sur les parcelles occupées. Ce que ce dernier omet de préciser, tout comme les autorités, c’est le coût et la pollution engendrée par le déploiement d’un hélicoptère et de plusieurs escadrons de gendarmerie mobile, qui ont allègrement saccagé toute une partie de la forêt avec leurs grenades. De l’aveu même d’une habitante du village de Monteneuf, le survol en hélicoptère du site le dimanche matin faisait ainsi «largement plus de bruit» que la fête en cours.
Quelles conclusions tirées d’une telle nuit ?
Dans un communiqué, les organisateur·rices revendiquent un pic d’affluence à 500 personnes, et annoncent que le matériel de sonorisation n’a pas été saisi. Un comble, quand on fait le bilan des moyens déployés pour un évènement aussi petit.
À Redon, en 2021, c’était un contexte similaire qui avait abouti à la mutilation d’un jeune homme, après l’intervention irresponsable de la police dans une free party en hommage à Steve Maia Caniço. Le jeune homme était mort noyé dans la Loire, suite à une charge policière d’un sound system aux abords des quais du fleuve lors de la Fête de la Musique en 2019 à Nantes.
D’année en année, et malgré de graves incidents, les stratégies policières ne semblent pas évoluer et font peser toujours plus de risques sur les participant·es. Amnesty International pointait déjà du doigt dans un rapport sur le Tenknival de Redon «les dérives du maintien de l’ordre» en matière de free party. Ce même rapport appelait à «des réponses urgentes de la part des autorités françaises». 5 ans après, force est de constater que l’État semble déterminé à continuer à réprimer, mutiler et tuer les adeptes de la fête libre.

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