23.06.2026

Le gouvernement s’apprête à faire voter une « présomption de légitime défense » en faveur des policiers qui font usage de leur arme. La mesure est assimilée à un « permis de tuer » par ses détracteurs et rompt avec le principe d’égalité devant la loi.
Le 7 juillet prochain, l’Assemblée nationale devra se prononcer sur une proposition de loi, portée par les députés Les Républicains (LR), instaurant une « présomption de légitime défense » pour les policiers nationaux, municipaux et les gendarmes. Jusqu’à présent, un membre des forces de l’ordre est présumé innocent – comme n’importe quel citoyen – s’il est accusé d’avoir fait usage de son arme sans discernement, de manière illégitime ou disproportionnée. En cas de doute, un policier ou un gendarme peut ainsi être mis en examen pour expliquer son acte. À la justice, ensuite, de trancher, en fonction des éléments de l’enquête, sur la « nécessité absolue » ou non de l’ouverture du feu.
Avec cette loi, tout membre des forces de l’ordre sera présumé en état de légitime défense s’il fait usage de son arme à feu, quelles que soient les circonstances ou la réalité de la menace. Même s’il tire dans le dos de quelqu’un qui n’est pas armé, par exemple. Policiers et gendarmes n’auront donc plus besoin de justifier de manière automatique de l’immédiateté d’une menace et de la proportionnalité de la riposte.
Si cette loi est adoptée, policiers et gendarmes bénéficieront d’une dérogation importante face au « principe d’égalité de toutes et tous devant la loi ». Ce qui inquiète nombre d’organisations, comme Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, le collectif Stop aux violences d’État ou l’ONG Flagrant Déni, à l’initiative d’un recours à l’Onu, qui assimilent cette mesure à une sorte de « permis de tuer ».
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’y est déjà dit « favorable à titre personnel », et une partie du bloc central pourrait voter cette proposition de loi. Cette revendication de présomption de légitime défense ne vient pas de nulle part. Elle est portée de longue date par les organisations les plus extrémistes au sein de la police, proches de l’extrême droite, et a fini par pénétrer la droite comme une partie de la gauche.
Au début, les « colères policières »
À chaque fois qu’un policier fait l’objet d’une mise en examen pour éclaircir les conditions dans lesquelles il a ouvert le feu et tué quelqu’un, l’affaire sert de prétexte à des « colères policières », comme les nomme le sociologue Fabien Jobard. Dès les années 1970, ces « colères » visent la justice, perçue comme trop dure envers les policiers.
Début juillet 1976, 3000 inspecteurs décident ainsi de déposer leur arme pour protester contre l’ouverture d’une information judiciaire visant deux de leurs collègues de la brigade criminelle. Ceux-ci avaient tiré huit balles, tuant sur son divan, à son domicile de Fontenay-Sous-Bois (Val-de-Marne), un employé de la Banque de France, Bernard Baptedou. Les policiers l’avaient confondu avec un suspect recherché dans une affaire de kidnapping – et avaient fait irruption dans son appartement par erreur. Les policiers qui protestent alors réclament une « présomption de légitime défense » pour leurs collègues.
En 1980, c’est l’affaire du brigadier Roger Marchaudon qui provoque une telle « colère ». Le brigadier comparaît libre à son procès aux assises pour avoir abattu de plusieurs balles dans le dos Mustapha Boukhezzer, 21 ans. Le brigadier est défendu par l’avocat Henri-René Garaud, cofondateur d’une nouvelle association, Légitime défense, et membre d’un petit parti de droite extrême (le Centre national des indépendants et paysans, qui soutiendra Éric Zemmour en 2022). L’association milite pour laisser aux policiers le droit de tirer, quel que soit le danger. Au tribunal, lors de l’audience, des groupes de policiers en civil intimident la sœur de la victime.
En 1982, Céline Carré, est tuée le 9 septembre à bord d’une voiture qui prenait la fuite pour éviter un contrôle. Les agents de la brigade de surveillance de nuit tirent alors quatorze coups de feu, tous par l’arrière ou de côté. Un non-lieu clôture l’instruction en 1987 : « La légitime défense est évidente même si la jeune fille a été abattue dans le dos », tente le syndicat indépendant de la police nationale (SIPN, classé très à droite et ancêtre du syndicat Alliance). Ses membres menacent de bloquer la circulation et de manifester « en tenue ou en service » si leur revendication d’un usage plus libre des armes n’est pas entendue.
Les premiers relais politiques
C’est un socialiste, Gaston Defferre, qui est parmi les premiers ministres de l’Intérieur à se prononcer en faveur d’un usage harmonisé des conditions d’ouverture du feu entre policiers et gendarmes – ces derniers, en tant que militaires, bénéficiant de conditions encadrées mais plus souples. Jugeant cette position dangereuse, Robert Badinter, alors ministre de la Justice, et qui vient d’abolir la peine de mort, s’y oppose fermement. Tout comme les syndicats policiers majoritaires de l’époque, réunis au sein de la Fédération autonome des syndicats de police (Fasp), dont les dirigeants sont proches du Parti socialiste (PS). La Fasp craint alors une hausse des tirs par de jeunes recrues mal formées à l’usage de l’arme à feu.
En 1983, après une cérémonie d’obsèques en hommage à deux collègues tués, 2500 policiers manifestent sous les fenêtres du ministère de la Justice au cri de « Badinter démission, en prison ! » Ils répondent à l’appel de la Fédération professionnelle et indépendante de la police (Fpip), un petit syndicat d’extrême droite, et dénoncent un « laxisme de la justice » face à « la racaille ». L’un des participants, venu en soutien protester « contre la politique qui aboutit à l’insécurité dans notre pays » n’est autre que Jean-Marie Le Pen, président d’un Front national encore faible électoralement.
La Fpip s’est créée en 1973 et compte en son sein des militants néonazis du Parti nationaliste français et européen (PNFE) ou de l’Œuvre française. Plusieurs de ses membres seront ensuite révoqués de la police, poursuivis, et condamnés, pour « association de malfaiteurs ». Ils avaient inspiré ou planifié au moins deux attentats perpétrés par le PNFE contre des foyers d’hébergement de travailleurs immigrés ou le siège du magazine de gauche Globe.
Passer les portes de l’Assemblée nationale
Les partisans de cette présomption de légitime défense commencent à s’organiser, et la revendication à dépasser les cercles d’extrême droite. En 1987, l’association La France avec sa police, anciennement J’aime ma police, organise un colloque à l’Assemblée nationale sur les contrôles d’identité et la légitime défense. Cette association, qui revendique un millier d’adhérents, est fondée par l’avocat Sylvain Garant, membre du Rassemblement pour la République (RPR), le parti de Jacques Chirac. « Non pas pour justifier ces bavures, mais pour laisser la justice faire son travail », explique alors l’avocat.
Avec le retour au pouvoir de la droite chiraquienne, le sujet entre timidement dans l’Hémicycle. En 1993, un député RPR demande à ce que les policiers puissent se servir des armes dans les mêmes conditions que les gendarmes, retrace Vanessa Codaccioni, professeure de science politique à l’université Paris 8 et autrice de plusieurs ouvrages sur la répression, parmi lesquels La Légitime défense. Homicides sécuritaires, crimes racistes et violences policières (CNRS éditions, 2018). Alors ministre de l’Intérieur, plutôt connu pour son soutien aux policiers auteurs de violences, avec son fameux « Allez-y, je vous couvre ! », Charles Pasqua s’oppose pourtant à cette mesure, craignant le risque qu’un adolescent « pris de panique » par un contrôle policier puisse être blessé ou tué. Le souvenir du décès de Malik Oussekine, tabassé par des policiers en marge d’une manifestation étudiante en 1986, est encore vivace.
2012 : une « victoire idéologique du Front national »
Au tournant des années 2000, l’alignement des règles d’usage des armes des policiers sur celles des gendarmes, revient via un amendement du sénateur socialiste Michel Charasse. L’élu veut autoriser l’ouverture du feu après une simple sommation. Fraîchement nommé ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy ne donne pas suite.
C’est surtout dans l’entre-deux tour de la présidentielle de 2012 que cette question s’impose durablement dans le débat public. Le 21 avril, un agent tue d’une balle dans le dos Amine Bentounsi, un détenu en cavale, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Ce dernier invoque la légitime défense. Sa mise en examen pour homicide volontaire déclenche une manifestation des policiers, emmenés par le très droitier syndicat Alliance et la Fpip, qui réclament une présomption de légitime défense. Contre l’avis de son ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant, pour qui cela reviendrait à instaurer un « permis de tirer », Nicolas Sarkozy, candidat à sa réélection, reprend la revendication à son compte durant sa campagne. Marine Le Pen salue alors une « victoire idéologique du Front National », qui porte cette mesure dans son programme à chaque élection depuis 2007.
Assouplissement des règles dans un contexte d’attentats terroristes
Après cette affaire, une « mission de réflexion sur la protection fonctionnelle des policiers et des gendarmes » est commandée par Manuel Valls (PS), lors de son arrivée à l’Intérieur. La mission écarte la possibilité d’une telle présomption mais formule une série de propositions qui ouvre le débat. « L’atteinte à la vie doit toujours, sous le contrôle des juges, être strictement proportionnée à la menace qui la justifie », rappelle alors le rapport.
Dans la foulée, deux propositions de loi, venues des rangs de la droite, n’aboutissent pas. En 2013, le Sénat, à majorité socialiste, s’oppose également à une présomption de légitime défense. « Ce projet conduit à donner le sentiment que la loi applicable à l’agent de la force publique doit être moins rigoureuse que pour le citoyen, alors que le premier représente l’État et dispose d’un armement parfois conséquent et de moyens de contrainte non négligeables, dont il doit faire usage avec discernement », rappelle le Défenseur des droits de l’époque, Jacques Toubon.
« Le sujet n’est pas clos », estime au contraire le député LR – et futur allié du FN/RN – Éric Ciotti, qui revient à la charge en mars 2015 pour mettre en place une « irresponsabilité pénale au bénéfice des personnes dépositaires de l’autorité publique » agressées. Traduction : les policiers ne seraient donc pas jugés responsables du fait d’utiliser leur arme à feu dans certaines conditions.
Au mitan des années 2010, dans une France endeuillée par les attentats terroristes perpétrés par des groupes djihadistes, dont des attaques envers les policiers à Viry-Châtillon (Essonne) ou à Magnanville (Yvelines), l’idée gagne du terrain. Sur fond de défilés nocturnes de « policiers en colère », les syndicats de la corporation divergent dans leurs revendications mais s’accordent sur la nécessité d’une meilleure protection contre une supposée « insécurité juridique ». Ils arguent de devoir attendre d’être sous le feu pour pouvoir riposter, sous peine d’être poursuivis par la justice. Ce qui ne correspond absolument pas à la réalité des faits, comme l’avait montré Basta!, dans un contexte où les poursuites contre des policiers demeurent rares.
Loi 2017 : vers un « permis de tuer » ?
C’est sous le mandat de François Hollande, avec la loi du 28 février 2017, portée par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve (PS), qu’une nouvelle étape est franchie. Le fameux article L-435-1 de ce nouveau Code de sécurité intérieure prévoit quatre situations nouvelles dans lesquelles le fonctionnaire peut faire feu. Notamment sur des véhicules en mouvement, s’il « peut imaginer raisonnablement que la personne est susceptible de porter atteinte à la vie des policiers ou à celle d’autrui ». La notion d’immédiateté, fondamentale pour caractériser une défense légitime, est alors mise à mal par la rédaction confuse de cette loi qui laisse reposer l’estimation du danger sur la subjectivité à l’agent, en fonction de ce qu’il « imaginera raisonnablement ».
Les organisations de défense des droits humains, des chercheurs, avocats et familles de personnes tuées par les forces de l’ordre, dénoncent alors un « permis de tuer ». De fait, le nombre de tirs ainsi que le nombre de décès par balle, principalement lors de refus d’obtempérer, augmente sensiblement depuis 2017, comme le révèle Basta!.
En 2022, treize personnes sont tuées par des tirs policiers alors qu’elles sont à bord d’un véhicule. Parmi elles, Fadjigui et Boubacar sont abattus par un jeune agent armé d’un fusil d’assaut sur le Pont-Neuf, au soir de la réélection d’Emmanuel Macron, dans le cadre d’un contrôle routier. Sa mise en examen pour « homicide volontaire » déclenche une nouvelle manifestation policière à l’appel de deux organisations syndicales, dont Alliance.
Un an auparavant, le 19 mai 2021, le secrétaire national du syndicat policier Alliance, Fabien Vanhemelryck, lançait : « Le problème de la police reste la justice », lors d’un rassemblement devant l’Assemblée nationale. Comme un écho à celui de 1983, organisé par des policiers d’extrême droite. Cette fois, les manifestants se tiennent aux côtés de figures de tout l’échiquier politique, allant d’Éric Zemmour à Fabien Roussel (Parti communiste français). Le terrain semble prêt « à un nouvel élargissement de ce qui est appelé la présomption de légitime défense policière », craint l’historien Emmanuel Blanchard, en particulier dans l’hypothèse d’une victoire électorale du Rassemblement national en 2027.

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29.05.2026

Au milieu de l’agenda parlementaire discuté ces derniers mois, une proposition de loi voulait instaurer une présomption de légitime défense pour les policiers. Récemment retoquée, elle risque de revenir à l’agenda parlementaire dans les prochains mois. Les défenseurs des droits humains alertent sur les effets catastrophiques d’un blanc-seing donné aux forces de l’ordre.
« Avec cette loi, on fait passer un message aux policiers qui pouvaient douter au moment de tirer : on leur dit qu’il n’y a plus à hésiter »
C’est une vieille proposition du Front national (devenu depuis le RN), et une toute aussi vieille revendication du syndicat de policiers Alliance qui pourrait bientôt être adoptée par le Parlement. La « présomption de légitime défense » des policiers avait été mise à l’agenda politique par le RN en 2022, mais c’est le Groupe les Républicains (LR), par l’entremise du député Eric Pauget, qui a déposé la dernière mouture du texte, dont l’examen est actuellement suspendu devant l’Assemblée. Le texte initial, d’origine parlementaire, prévoyait par une bizarre phrase tautologique que les policiers et gendarmes qui ont « dû se défendre ou défendre autrui contre une atteinte injustifiée » sont présumés « avoir agi en état de légitime défense ».
« Cette présomption existe déjà puisque la charge de la preuve repose sur nous » – Issam El Khalfaoui, père de Souheil El Khalfaoui, jeune marseillais de 19 ans abattu lors d’un contrôle de police en 2021.
Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a ajouté un amendement. Dans la dernière mouture du texte, adopté en janvier 2026, il n’est plus uniquement question de présumer la légitime défense, qui n’est qu’une des causes possibles de légalité des tirs policiers. Désormais, toutes les hypothèses sont visées par la présomption : « lorsqu’ils font usage de leurs armes, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale sont présumés avoir agi dans l’un des cas autorisés ».
Ce faisant, le gouvernement ne fait pas qu’étendre le régime de la présomption. Bien pire : il lance un message permissif sur l’usage de leurs armes à destination des policiers et gendarmes. En clair, l’usage d’une arme à feu sera présumé légale. « Donc la réponse autorisée face à une situation de stress, ce serait le recours aux armes létales ? » s’insurge Me Margot Pugliese, avocate de plusieurs membres de la famille de Nahel Merzouk, tué par arme à feu policière en juin 2023. « Le propre des forces de l’ordre c’est d’intervenir dans des situations stressantes, face à des gens qui peuvent représenter un danger. C’est ça être policier… Donc il y a une importance capitale à gérer ça autrement qu’en tuant des gens ! »
Là où le texte initial modifiait le Code pénal, qui est une sorte de manuel pour les juges qui contrôlent l’activité policière, le texte gouvernemental modifie le Code de la sécurité intérieure (CSI), qui est le manuel des forces de police. Il s’adresse donc directement à ces dernières. Or, l’article en cause, l’article L.435-1 du CSI issu d’une réforme législative de 2017, a déjà été largement dénoncé comme un « permis de tuer ». En mai 2025, le Comité contre la torture de l’ONU s’était inquiété « de ce que l’article L.435-1 du Code de la sécurité intérieure semble avoir élargi le champ de la légitime défense pour les policiers au-delà du raisonnable, contribuant à une augmentation du nombre de décès liés à l’usage d’armes à feu par les forces de l’ordre ». En 2024, 27 personnes ont été tuées par l’usage d’une arme à feu des forces de sécurité intérieure – un funeste record. Si la présomption passe, il y a fort à parier qu’elle sera comprise comme un second message d’assouplissement de l’usage des armes policières.
« ENCORE PLUS DE NON-LIEUX »
Dans un courrier à l’attention du Haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, Flagrant déni, aux côtés de l’association SAVE et du Syndicat des Avocat·es de France (SAF), alertait des effets d’une telle loi et de celle déjà existante :
« Les faits, et en particulier les chiffres, montrent donc que la loi « Cazeneuve » de 2017 a été interprétée par les forces de police comme un assouplissement du cadre légal, et les a conduites à tuer plus de personnes, en particulier parmi les populations racisées. »
La proposition de loi comporte plusieurs risques, pointés dans cette lettre : elle renverserait la charge de la preuve, dans un contexte où les obstacles à la manifestation de la vérité sont déjà nombreux et où un déséquilibre persiste entre la crédibilité accordée à la parole des plaignants et à celle des forces de l’ordre. « (…) Le manque d’indépendance du parquet, de l’IGPN et de l’IGGN, les liens professionnels entre les forces de l’ordre et les magistrat·es pourtant chargés de les contrôler, le manque de formation et d’encadrement par la hiérarchie policière sont autant de facteurs qui conditionnent les pratiques d’enquête et les décisions de justice, souvent plus clémentes que pour le reste de la population» pointait une tribune du Syndicat de la Magistrature, du SAF et de la Ligue des Droits de l’Homme.
« Dans les faits, cette présomption existe déjà puisque la charge de la preuve repose sur nous, les familles de victimes. C’est souvent à nous de demander des actes et de montrer que la légitime défense ne tient pas. Mais si on légitimise le recours à l’arme dans la loi, juridiquement, ça change tout ! » souligne Issam El Khalfaoui, père de Souheil El Khalfaoui, jeune marseillais de 19 ans abattu lors d’un contrôle de police en août 2021 et président de l’association SAVE (Stop Aux Violences d’Etat). « Là où le doute pouvait amener au procès, cette loi ferait qu’il n’y a plus de doute sur la légitimité de l’action des policiers ! Là où nous pouvions pointer les défaillances de l’enquête, avec cette loi, elles ne seraient plus considérées comme des défaillances. Donc il y aura encore moins de procès, encore plus de non-lieux ! »

(…)

UNE LOI À L’ENCONTRE DES DROITS HUMAINS
Introduire une présomption de légalité des tirs dépasse la simple présomption de légitime défense. Cette proposition est contraire à la jurisprudence de la Cour Européenne de Droits de l’Homme (CEDH) qui pose au contraire une présomption de responsabilité lorsqu’une personne décède aux mains des forces de l’ordre. Comme le soulignait Anja Bienert, basée aux Pays Bas et responsable du programme Police et Droits Humains au sein d’Amnesty International, lors d’un colloque organisé à l’Assemblée Nationale début mai :« C’est l’un des textes les plus préoccupants que j’ai vu dans mon travail depuis longtemps. Il est d’autant plus préoccupant qu’il constitue une réécriture d’un texte qui n’est déjà pas conforme au droit international des droits humains.» Elle pointe du doigt le fait que l’État est tenu de protéger la vie, de rendre justice aux victimes et de prévenir la réitération des faits. « La présomption d’un usage légal de l’arme à feu est une violation du principe de reddition des comptes et du droit à la vie. »
« CONSACRER L’IMPUNITE DES SERVICES DE POLICE »
Présumer de la légalité de l’usage des armes par les policiers constituerait a priori une cause objective d’irresponsabilité pénale, qui fait juridiquement disparaître l’infraction. Dès le tir, la possibilité même d’interroger le policier dans un cadre contraignant (la garde-à-vue) disparaîtrait, rendant pratiquement impossible la collecte de preuves pendant les premières heures, celles qui sont le plus souvent décisives. « Pour une enquête effective, il faut que les services de police et le procureur se mobilisent vite et dans les premiers temps ; là, personne ne le fera puisque la charge de la preuve ne repose plus sur les policiers mais sur les parties civiles et les autorités de poursuite. On consacre l’impunité des services de police ! » décrit l’avocate Margot Pugliese.
« Si l’on regarde quel pays dans la région européenne a passé une loi comparable, on ne trouve que la Turquie avec la loi de 2007 » – Sébastian Roché, chercheur
Issam El Khalfaoui témoigne, lui, du choc qu’il a ressenti à l’écoute des débats parlementaires de fin janvier : « l’essentiel des arguments, c’était de dire que ce n’était pas normal qu’un policier aille en garde-à-vue [GAV]. Mais la GAV ce n’est pas un dispositif de culpabilité, c’est un outil pour empêcher la concertation, l’influence, etc. C’est le seul dispositif pour essayer de préserver la vérité, parce que bien souvent les vidéos n’existent pas ou disparaissent. » En mars 2026, dans le procès de Gilles Guilbert, le policier condamné à 10 ans de prison pour meurtre d’Olivio Gomes en 2020 à Poissy, l’avocat général avait souligné les mensonges des policiers, leurs versions changeantes et coordonnées.
Le chercheur Sébastian Roché fait, lui, carrément le parallèle avec les régimes autoritaires : « leur caractéristique, c’est précisément l’usage généreux des armes. On introduit ici des règles qu’on voulait faire supprimer aux pays candidats pour entrer dans l’Union Européenne. Si l’on regarde quel pays dans la région européenne a passé une loi comparable, on ne trouve que la Turquie avec la loi de 2007 qui élargissait de manière très générale l’usage des armes dans différents types de situations ordinaires, hors terrorisme, attentats, prise d’otages, manifestations violentes et contrôle des frontières. » Conséquence d’une telle loi ? « On peut estimer que le nombre de tirs mortels des forces de l’ordre a augmenté de 30% dans des situations ordinaires. »
Si ce texte de loi était adopté et si cette décision judiciaire était confirmée par la Cour de cassation, l’explosion du nombre de tués serait encore plus largement à craindre, soulignent nos interlocuteurs·ices. « S’il n’y a aucune infraction a priori, aucune mesure coercitive ne sera mise en œuvre en pratique ! Avec cette loi, on fait passer un message aux policiers qui pouvaient douter au moment de tirer : on leur dit qu’il n’y a plus à hésiter » conclut Me Pugliese. « S’il n’y a plus de contrôle juridictionnel possible de l’usage des armes à feux par les policiers, on n’est plus dans une démocratie… »

 

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21.05.2026

Le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS et auteur du livre la Police contre la rue (Grasset, 2023), analyse les raisons et les conséquences possibles du vote d’extrême droite au sein de la police.
Les syndicats comme Alliance jouent-ils un rôle dans l’essor du vote RN chez les policiers ?
Sebastian Roché Sociologue
Dans la police, les syndicats majoritaires expriment publiquement des positions très proches des partis d’extrême droite. Ils sortent de la défense des intérêts des travailleurs, notamment quand ils parlent de « nuisibles » pour qualifier des habitants de banlieue.
Il y a des passerelles avec l’extrême droite, et même d’anciens syndicalistes d’Alliance qui se lancent en politique avec le RN. Les liens sont objectivables. La thèse d’Alliance, « le problème de la police, c’est la justice », est déclinée de façon très symétrique par le RN.

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01.02.2026

Le début de la discussion est coupée, mais on entend le syndicaliste policier dire «une grosse partie». Il parle des personnes favorables à la police. Knafo répond : «70% des français. Les autres, c’est ceux qu’on doit abattre hein». Et le chef d’Alliance de s’exclamer : «exactement» !

30% des français, c’est tout de même 20 millions de personnes. En gros, ce qu’il reste de la gauche en France, ainsi que les minorités ethniques et religieuses. Voilà ce que l’extrême droite et le premier syndicat policier de France veulent «abattre». Rien d’étonnant puisqu’en 2023, Alliance appelait déjà à la «guerre» contre les «hordes barbares» et les «nuisibles» dans les quartiers populaires. C’est aussi ce syndicat qui réclame la présomption de légitime défense, qui est un permis de tuer et de tirer à vue.

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18/11/2025

Dans un rapport administratif révélé par Médiapart ce dimanche. Christophe M., affirme avoir été mis sous pression par le syndicat de police Alliance afin de ne pas révéler l’identité des collègues ayant violenté Angelina. Pour rappel, le 8 décembre 2018, Angelina passe à proximité d’une manifestation de Gilets Jaunes à Marseille en rentrant du travail. Elle reçoit un tir de LBD puis est rouée de coups de pied et de coups de matraques par des policiers.

(…) Ces violences lui causeront une fracture du crâne, des contusions au cerveau et toujours de multiples complications sept ans après les faits.

(…) Les révélations de Christophe M. agissent comme un séisme. En effet, le policier passé aux aveux met aussi en cause sa hiérarchie : ses supérieurs ont tenté de dissimuler l’affaire, d’après lui. Avant son audition à l’IGPN, il raconte notamment avoir été convoqué par le numéro trois du service dans le bureau du syndicat Alliance. Selon Médiapart, le délégué départemental du syndicat majoritaire, qui était alors Rudy Manna, dit à Christophe M. : « de ne pas donner une version contradictoire à celle du capitaine », ni à celle de son collègue.

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08/08/2025

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Jeudi 7 août 2025 à Saint-Malo, un policier a sorti son arme après un refus d’obtempérer. Il a tiré cinq fois sur les pneus, et le véhicule a pu être stoppé sans faire de blessé.

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POLICE NATIONALE: LE SYNDICAT ALLIANCE DEMANDE UN « BUDGET DE COMBAT »

Nice matin


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« Déclencher la colère des policiers serait inconséquent de la part des autorités » : la menace à peine voilée du syndicat Alliance Police nationale Alpes-Maritimes conclut une tribune publique publiée aujourd’hui.

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LE PATRON DU PREMIER SYNDICAT POLICIER EST UN NÉOFASCISTE

Contre Attaque


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«Même mes collègues en ont marre des raclures, des nuisibles, des jeunes d’origine étrangère dans les quartiers populaires […] qui font chier et qui ne sont jamais sanctionnés». Ce ne sont pas les mots d’un militant d’extrême droite lambda en fin de meeting du RN, mais ceux du chef du syndicat Alliance, le premier syndicat policier de France, auprès de Mediapart.

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CARCASSONNE. ALLIANCE POLICE NATIONAL TROUVE QUE LA VENUE DU CANDIDAT PHILIPPE POUTOU EST « INDÉCENTE »

La Dépêche


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À travers une tribune nationale parue le jeudi 20 juin, le syndicat Alliance Police nationale, « syndicat libre, indépendant et apolitique » (…)

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LÉGISLATIVES 2024 : LES SYNDICATS DE POLICIERS PEINENT À MAINTENIR LEUR NEUTRALITÉ

Le Monde


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Nulle part n’est mentionnée la moindre consigne de vote pour les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. Mais la lecture du tract incendiaire rendu public, jeudi 20 juin, par le syndicat Alliance-Police nationale, réputé pour ses positions très tranchées en matière de sécurité, ne fait guère illusion. Il pourrait être intitulé « Haro sur le Nouveau Front populaire ».

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