26.05.2026

C’est une tentative d’homicide délibérée, lâche, incontestable, documentée. Un blindé de la gendarmerie, depuis le canon de tourelle, a envoyé en tir tendu et avec une force colossale une grenade sur une foule dense de manifestant·es. Serge a reçu la munition en pleine tête, faisant instantanément sauter son casque et fracturant son crâne. Cela aurait pu être n’importe qui d’autre dans ce cortège écologiste. Le 25 mars 2023 à Sainte-Soline, l’État français voulait tuer.
C’est ce que confirme l’enquête minutieuse de Médiapart et Libération, qui vient d’être mise en ligne ce mardi 26 mai. Les journalistes ont réalisé ce que la justice et la gendarmerie ont choisi de ne pas faire : un vrai travail d’investigation. Ils ont utilisé les images de 51 caméras de gendarmes déployées à Sainte-Soline, d’une centaine de caméras piétons, d’une tourelle de surveillance et de reporters présents dans la manifestation. Ils ont analysé 150 heures de vidéos et un fichier «crucial» que le parquet et les enquêteurs n’ont pas cherché à utiliser, alors même qu’ils en connaissaient l’existence. Et tous ces éléments permettent d’identifier sans aucun doute possible quand, où et par qui a été fait ce tir criminel : depuis l’habitacle protégé d’un blindé militaire.
Précisons une nouvelle fois que tous les fichiers utilisés par les journalistes ont été versés dans la procédure depuis 2023. Et pourtant, en décembre 2025, le parquet de Rennes a classé «sans suite» l’enquête portant sur quatre blessé·es graves de cette manifestation. Médiapart et Libération ont donc synchronisé les séquences et ont mené un travail exceptionnel : recoupement vidéo et audio, utilisation des coordonnées GPS de chaque gendarme qui filmait, modélisation 3D des lieux, identification méthodique de chaque tir dans la période entourant la blessure… Conclusion : seul un tir en provenance du véhicule blindé de gendarmerie peut avoir frappé Serge à la tête.
Leur enquête permet de repérer tous les tirs effectués au même endroit et dans les secondes entourant celui qui a frappé Serge, et d’écarter ceux qui ne sont pas compatibles. Plus accablant encore : le tir tendu depuis le véhicule blindé a été filmé sous deux angles différents. Un gendarme, bien à l’abri dans son tank, s’est amusé à charger le canon de sa tourelle et à envoyer des munitions en tir tendu sur une foule compacte, pour provoquer le plus de dégâts possibles. Résultat, un jeune homme venu défendre les ressources en eau a frôlé la mort, fait plusieurs semaines de coma, et garde encore de très lourdes séquelles.
Le tireur aussi a été identifié : il s’appelle Arnaud F. C’est le gendarme qui était chargé de tirer les grenades depuis le blindé. Pour les enquêteurs, cet homme était très facile à identifier, puisque c’était le seul qui avait cette tâche. Contrairement aux centaines de gendarmes positionnés devant la bassine qui ont tiré de manière aléatoire des milliers de grenades, Arnaud F. est un cas spécifique. La justice n’a donc aucune excuse. D’ailleurs, ce gendarme avait lui-même été auditionné, reconnaissant avoir effectué un grand nombre de tirs depuis son blindé. Pourtant le parquet ose écrire dans sa décision : «aucune investigation supplémentaire ne peut permettre d’éclaircir les circonstances de ces tirs».
Ces nouvelles révélations constituent un scandale d’État de plus concernant Sainte-Soline : en plus d’une violence militarisée, des mensonges éhontés des autorités, d’une campagne d’intox médiatique, c’est une impunité organisée par la justice, qui a choisi de ne pas enquêter. Pour rappel, des moyens colossaux d’identification avaient été mis en œuvre pour retrouver des manifestant·es. Par exemple, en mars 2024, des écologistes avaient été lourdement condamné·es après avoir été identifié·es avec des logiciels de reconnaissance faciale, sur la base de photos prises lors de la manifestation de Sainte-Soline et comparées aux données contenues dans le fichier du Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ). À l’époque, leurs avocats dénonçaient un usage illégal et obscur de ces logiciels dans le cadre d’enquête.
Cela signifie que d’un côté, la police et la gendarmerie ont utilisé des moyens extrêmement poussés et même interdits pour traquer les opposant·es aux mégabassines, mais qu’ils n’ont même pas cherché à identifier leurs propres agents, facilement retrouvables, auteurs d’actes criminels passibles de la cour d’Assise.
Suite à ces nouvelles révélations, l’avocate de quatre blessés graves de Sainte-Soline, Chloé Chalot, a déposé un recours avec constitution de partie civile pour qu’un juge d’instruction soit désigné. Cela n’avait même pas été fait !
Le 25 mars 2023, nous écrivions en quittant la manifestation : «Le gouvernement Macron est prêt à tuer pour un trou en terre battue recouvert de plastique, creusé au milieu d’un champ». Dans les vidéos révélées en 2025, on entend effectivement les gendarmes s’exclamer : «T’en crèves deux-trois, ça calme les autres», «Je compte plus les mecs qu’on a éborgné !», «Un vrai kiff !», «Mets leur une GM2L dans la gueule», «fils de pute», «pue-la-pisse », «faut les tuer», ou encore, en criant de joie : «Il l’a mis en pleine tête». Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, continue d’assurer qu’à Sainte-Soline, «il y a eu une riposte qui a été très majoritairement proportionnée». Une intention assumée d’assassiner et des tirs depuis un blindés militaire, voilà une riposte «proportionnée» pour nos dirigeants.
Sainte-Soline, en plein mouvement des retraites, et quelques semaines avant la répression féroce dans les banlieues lors de la mort de Nahel, a été une étape de plus dans la fascisation du pays, mais cette date a aussi contribué à la disparition des dernières illusions de «démocratie» et «d’État de droit » pour celles et ceux qui y croyaient encore. Il y a eux et nous. Celles et ceux qui se battent pour nos biens communs, pour le partage et pour un avenir vivable contre des autocrates qui préfèrent tuer plutôt que de partager. Et entre les deux, des soudards fascistes surarmés, avec l’autorisation de tuer.
La gendarmerie française est désormais équipée de nouveaux blindés, les «Centaures», beaucoup plus modernes et mieux équipés que ceux vus à Sainte-Soline. Ils disposent sur leur toit d’un lanceur de grenades qui permet de tirer non pas une, mais 30 munitions d’un seul coup.

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28.04.2026

La vidéo dure une trentaine de secondes. Elle montre une collision violente entre le Titan, une vedette d’interception rapide de la police aux frontières de Mayotte, et une embarcation transportant une vingtaine de migrants, dont sept femmes et trois enfants en bas âge.
Ce document, obtenu par Le Monde et ses partenaires (Lighthouse Reports, Der Spiegel, Komune), interroge la version de la police, qui a affirmé que les passeurs avaient « volontairement percuté » leur bateau.
Quelques jours après les faits, le 24 février, les deux pilotes de l’embarcation ont été condamnés à trois ans de prison ferme en comparution immédiate. Ils ont fait appel.

 

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16.04.2026

La tasse approche de ses lèvres quand il entend frapper à la porte. Il se lève, attrape ses clés, tente d’ouvrir. Une fois, deux fois, trois fois : la serrure résiste. « Quelqu’un la retenait de l’autre côté », raconte ce père de famille. À la quatrième tentative, elle cède. Sur le seuil, son fils, Zakariyya, est plaqué au sol, le corps coincé entre les jambes d’un policier en civil :
« À côté, un deuxième agent échangeait avec mon beau-fils, un troisième était au téléphone. Ils étaient dans la cour de mon ex-femme ! »
En survêtement noir et gris, Zakariyya, 23 ans, est allongé sur le seuil de la maison, inconscient, d’après une vidéo consultée par StreetPress. « Un des policiers a étranglé mon fils. Son visage était tout bleu. Son corps se tordait de douleur et on voyait ses yeux rouler », décrit Djellali. En chaussons et jogging, le quinquagénaire tente de « plonger » vers son fils mais en est empêché par un second fonctionnaire. Au même moment, son ex-femme hurle pour que l’agent desserre son étreinte. Djellali se souvient, agacé :
« Un policier la regardait comme s’il était satisfait. »
Sur les images récupérées par StreetPress, le fonctionnaire tente de réanimer le vingtenaire et prend son pouls. De la mousse et du sang sortent de sa bouche.

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Une fois réveillé, le garçon est placé en position latérale de sécurité. Selon des vidéos consultées, il laisse échapper des râles, comme s’il tentait de reprendre son souffle. Lui ne se souvient de quasi rien :
« J’avais l’impression qu’on me guillotinait. Quand je revois les vidéos, je suis choqué. »

(…)

D’après son récit, il est alors directement projeté au sol par les forces de l’ordre, à l’entrée du domicile familial. Le portail, lui, a été brisé. Zakariyya ajoute d’une voix triste :
« Je n’ai même pas résisté. Vous avez vu mon gabarit comparé à celui du policier ? »

(…)

Sur le terrain, la situation, elle, s’est rapidement emballée. Au total, le calvaire dure plus de deux heures, selon la famille. Les Seddaoui ne comprennent pas ce qui leur arrive : le village de 4.500 habitants aurait été bouclé vers 11h15 par une cinquantaine de policiers appelés en renfort. « On aurait cru qu’ils avaient arrêté un grand criminel alors que mon fils voulait juste être avec sa mère », s’indigne Djellali, ex-médiateur aujourd’hui au chômage. Encore sous le choc, il fulmine lorsqu’il aperçoit dans son jardin des hommes en uniforme procédant à un contrôle d’identité de son beau-fils et de son petit-fils de quatre ans : « Je leur ai demandé de sortir de chez moi. »

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En détresse respiratoire, il est transporté aux urgences de Lens (62) où les infirmiers s’agitent devant lui. « On m’a fait deux prises de sang, on m’a pris dix tubes au total. Tout est un peu flou », admet-il. Quand la soirée tombe, il n’a pas le temps de comprendre qu’il est déjà transféré au commissariat de Lens.

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Impossible de vérifier précisément l’heure, aucun document de sortie, pourtant unique preuve d’une durée de détention, ne lui a été remis. « Ce n’est pas obligatoire », pose maître Brunisso. « En revanche, l’officier de police judiciaire nous avait indiqué qu’une convocation en vue d’une audience devait lui être remise dans les jours à venir. Il semblerait que le parquet de Bethune ait changé sa décision. De notre côté, on pense que c’est une manière d’entraver l’avancement des investigations et d’éviter qu’on puisse avoir accès à la procédure. C’est un processus fréquent lorsque des violences policières sont commises. »

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« Il était éreinté et a vomi à plusieurs reprises. Je lui ai donné un Efferalgan et, avec sa mère, on est restés à son chevet toute la nuit. »
Sur les photos que StreetPress a pu consulter, le jeune homme présente des bleus au cou et sur les bras. Mais les séquelles les plus lourdes restent invisibles. Depuis les faits, Zakariyya ne dort plus correctement : « Je suis traumatisé. J’ai senti qu’ils voulaient me tuer parce que j’étais d’origine arabe. » Ses nuits sont hachées, marquées par des cauchemars et des réveils en sursaut. Lui qui était plutôt actif ne sort presque plus depuis deux semaines. Il voit peu ses amis, ne va plus manger dehors et limite ses déplacements à quelques courses. Le reste du temps, il se fait livrer via Uber Eats. Suivi par un psychiatre, le jeune homme déplore :
« Je sors juste pour acheter des cigarettes ou du pain. Je n’ai plus envie de rien faire, j’ai peur et j’ai du mal à me remettre de ce traumatisme. Je n’ai même pas le courage de chercher du travail. »
Une plainte mal engagée
Ce jeudi 16 avril, les Seddaoui ont déposé plainte contre X pour violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique. Mais pour l’heure, l’affaire semble mal engagée. « J’ai écrit au procureur de la République, qui nous a répondu en demandant des précisions sur Zakariyya, puis en indiquant qu’après consultation de la procédure, il refusait de saisir l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Cela entrave grandement les investigations. On doit pouvoir déposer plainte dans un service spécialisé », explique maître Pierre Brunisso.

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« J’ai peur qu’on n’obtienne pas gain de cause alors qu’on a des preuves que j’ai été laissé pour mort. »
Autour d’eux, la mobilisation s’organise : Latifa Rondo, militante antiraciste et amie de la famille, crée, dès le dimanche 5 avril, le « Comité vérité et justice pour Zakariyya ». Alors qu’une mobilisation devrait s’organiser dans les prochains jours, une pétition tourne sur les réseaux sociaux. Une cagnotte a également été ouverte pour les aider à payer les frais d’avocat. « Ils sont complètement détruits. On a un État qui tend vers la fascisation. Ce qui leur est arrivé aurait pu arriver à tout le monde »

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27.03.2026

Deux participants à une rave party organisée en décembre à Carhaix (Finistère), dont le camion avait été touché par les tirs d’un gendarme, ont demandé la saisie d’un juge d’instruction pour « tentative de meurtre », a annoncé leur avocat vendredi 27 mars 2026.
« J’ai fait des demandes de suivi de procédure et nous n’avons reçu aucune réponse du parquet. Mes clients n’ont été ni auditionnés, ni convoqués », a déclaré Me Pierre Brunisso à l’AFP.
« Violences volontaires »
Il a ajouté avoir déposé une plainte avec constitution de partie civile, visant également des faits de « violences volontaires », afin qu’un juge d’instruction soit saisi. Dans cette plainte, dont l’AFP a obtenu copie, Me Brunisso demande notamment que l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) soit en charge de l’enquête.
Elle est accompagnée de la photo du camion présentant deux impacts de balle dans la porte avant gauche. Les deux tirs ont eu lieu dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 janvier alors que Victor, 28 ans, et Emmanuel, 37 ans, quittaient la fête illégale ayant rassemblé 2.500 personnes sur un ancien site industriel Entremont.

(…)

Le 16 décembre dernier, le procureur de Brest Stéphane Kellenberger avait confirmé avoir ouvert une enquête en vue d' »éclairer les circonstances de cet usage d’arme à feu ».

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Victor, le conducteur du camion a lui nié tout refus d’obtempérer, disant avoir été visé par les tirs alors qu’il sortait du site de la rave party au milieu des gaz lacrymogènes et du vacarme des explosions de grenades.

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