04.05.2026

Nouvelle affaire aux airs de tremblement de terre au commissariat d’Angoulême. Lundi 27 avril, une jeune policière adjointe, Marie Gallois, a été interpellée par les fonctionnaires de l’IGPN (l’inspection générale de la police nationale), placée en garde à vue, mise en examen, puis incarcérée. Depuis mercredi, elle dort dans une prison de la région Nouvelle-Aquitaine.

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Le procureur d’Angoulême Benoit Bernard confirme ce lundi que cette jeune femme a été mise en examen pour « détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel, en l’espèce le système d’immatriculation des véhicules, et pour corruption passive par acceptation d’avantages par une personne dépositaire de l’autorité publique ».
Concrètement, les enquêteurs la soupçonnent d’avoir vendu des informations sur des affaires en cours à des mis en cause, ainsi que d’avoir monnayé des levées d’immobilisation. Ces levées concernent notamment des véhicules ou des cartes grises dans le cadre de délits routiers ou d’infractions, comme des défauts de contrôle technique ou d’assurance. Moyennant finances, la jeune femme aurait arrangé les dossiers pour des clients encombrants.

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Cette nouvelle affaire a porté un coup de massue à la plupart des fonctionnaires du commissariat d’Angoulême. Trois ans après l’affaire Alhoussein Camara. À peine quelques mois après celle de Rodolphe Akyol, ce fonctionnaire accusé d’avoir tenté d’enlever plusieurs jeunes femmes, et d’en avoir enlevé et violé une autre.
Et alors même qu’un autre fonctionnaire devait comparaître mardi dernier devant le tribunal correctionnel d’Angoulême pour des faits de harcèlement sexuel visant plusieurs victimes venues porter plainte… au commissariat.
Par ailleurs, une ex-gendarme de la brigade de Hiersac est mise en examen pour abus de faiblesse, soupçonnée d’avoir pillé la fortune d’un retraité. Quatre anciens surveillants de la prison d’Angoulême sont aussi mis en examen pour corruption.

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La Cour des comptes a, de son côté, pointé des failles persistantes : contrôle interne perfectible, traçabilité des accès aux fichiers encore incomplète, supervision inégale selon les services.

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04.05.2026

« C’est un procès bâillon » dénoncent les collectifs de soutien devant le tribunal correctionnel de Lyon. Ce lundi 4 mai, quatre militants de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire comparaissaient devant le tribunal pour avoir remplacé des panneaux publicitaires par des affiches politiques antipublicité et de soutien à la Palestine, lors d’une action militante le 27 septembre dernier. Arrêtés par les forces de l’ordre, ils avaient été placés en garde à vue pendant 42 heures.
Les quatre militants, au casier judiciaire vierge, sont poursuivis pour dégradation en réunion et risque 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. À l’issue de l’audience, la procureure a requis à leur encontre trois mois de prison avec sursis.
Une peine disproportionnée pour leur avocat qui dénonce une criminalisation du militantisme. « C’est stratosphérique, ça n’a aucun sens ! Ce sont des militants politiques qui se sont retrouvés convoqués devant le tribunal alors qu’ils n’ont aucune infraction à se reprocher. Cela n’a aucun sens de mettre le mot prison sur une action comme celle-ci, et c’est absolument scandaleux.

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« Des citoyens qui se mobilisent sont légitimes à le faire en démocratie »
Même son de cloche du côté de David Cormand, député européen Europe Ecologie qui a apporté son témoignage lors de l’audience : « On a tendance à penser que la publicité est un outil commercial assez neutre. Or, elle occupe l’espace public et notre cerveau. J’ai pu apporter mon expertise pour expliquer en quoi la publicité peut porter atteinte à l’intérêt général, donc que les citoyens qui se mobilisent sur cette question sont légitimes à le faire dans une démocratie ».
JC Decaux et Cytis Media, propriétaires des panneaux publicitaires, demandent 460 euros pour les frais de nettoyage. Le délibéré sera rendu le 15 juin prochain.

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04.05.2026

Mi-avril, des policiers débarquent dans les logements de plusieurs familles roms à Stains. L’un d’eux a tué le chien de Tatiana, un bichon maltais de trois ans, qui l’aurait mordu. D’autres habitants les accusent de plusieurs actes brutaux.
« C’était mon bébé », répète Tatiana, 47 ans. Dans un café de Stains, en Seine-Saint-Denis, la surveillante scolaire d’origine rom, arrivée en France en 2002, fait défiler sur son téléphone les photos de sa chienne « Pamela », un bichon maltais de trois ans qu’elle a recueillie à la naissance.

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Sur la dernière image de son répertoire, la petite chienne à poil frisé blanc, à peine plus grosse qu’un chat, gît sur le dos à côté d’une large mare de sang, abattue d’une balle dans la tête par un fonctionnaire de police. Une enquête judiciaire a été ouverte, le policier est présumé innocent.
Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort ».

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Le dimanche 19 avril, il est un peu plus de 19 heures quand une demi-douzaine d’agents de la brigade anti-criminalité (Bac) de Stains, des brassards fluo « police » aux bras, forcent le portail et pénètrent dans le bidonville de Roms installé dans les jardins ouvriers, à la recherche de deux jeunes hommes à interpeller dans le cadre d’une enquête pour « recel de vol » de câbles de cuivre. Tatiana, qui n’y habite plus depuis un an mais passe tous les week-ends pour apporter des provisions et aider aux démarches administratives, revient tout juste des courses. L’ambiance festive du dimanche soir, habituellement dévolu à un repas partagé entre les différentes familles du bidonville, qui incluent plusieurs enfants en bas âge , tourne immédiatement au chaos.
« Dès qu’ils sont rentrés, ils couraient. On a crié, on ne savait pas ce qui se passait, ils couraient vers les gens, les pourchassaient », raconte Geanina, une habitante du bidonville de 36 ans, agent de nettoyage au chômage, dans une alternance de français et de romani qu’Anina Ciuciu, l’avocate de Tatiana – également cofondatrice du collectif Romani et Voyageurs ZOR (1) – aide à traduire. Enceinte de sept mois, Geanina témoigne avoir été notamment poussée par les policiers , ainsi qu’une « autre dame qui est cardiaque, qui a fait un malaise ».

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Une balle dans la tête de sa chienne
Selon Geanina, à ce moment-là, l’un des agents court en tenant son arme de service dans la main, « un pistolet » affirme-t-elle catégoriquement. Lorsque Nicolae, le mari de Tatiana âgé de 52 ans, sort « voir ce qui se passe » après avoir été interpellé par les cris, il voit le même policier « défoncer son portail à coups de pied ». À côté du quinquagénaire, Pamela, une des trois chiens du couple, s’échappe. Le policier fait feu , Nicolae dit n’avoir rien pu faire :
« Elle est morte tout de suite, la balle lui a transpercé le crâne. »

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Le parquet a ouvert une enquête pour « sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort », confiée au commissariat de Saint-Denis (93).

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Nicolae, lui, soutient que le chien était à « environ 1m50 de distance » du fonctionnaire lorsque ce dernier a tiré. « Je vous informe que si l’agent de police prouve qu’il a été mordu par mon chien, je retirerais ma plainte », déclare de son côté Tatiana sur le procès-verbal en gage de bonne foi, assurant auprès de StreetPress que sa chienne « n’est pas agressive » :

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La race du bichon maltais ne fait pas partie des catégories des chiens susceptibles d’être dangereux selon la réglementation , qui inclut les chiens dits d’attaque, de garde et de défense. Dans sa nomenclature, la fédération cynologique internationale décrit son comportement normal comme « vif, affectueux, très docile et très intelligent » .
Une fiche interne de « maîtrise des risques » de l’inspection générale de la police nationale ( IGPN ) concernant l’intervention face à des chiens agressifs, consultée par StreetPress, fait bien reposer la responsabilité de la sécurité de l’intervention sur les agents, à qui il est notamment recommandé « d’adopter une attitude la plus calme possible et éviter les gestes brusques » quitte à « différer l’intervention » si « l’environnement n’est pas favorable ».

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Le coup de feu résonne dans tout le bidonville. « On a cru que quelqu’un de la famille était mort », se souvient Geanina. Nicolae soutient qu’il s’est alors « mis devant » ses deux autres chiens et demandé au policier, en romani, pourquoi il avait tiré. Là, le fonctionnaire l’aurait « mis en joue », l’arme pointée vers sa tête, et aurait « compté jusqu’à trois » . Arrivant tout juste sur la scène, Tatiana indique qu’elle se serait interposée à son tour entre le policier et son mari jusqu’à ce que le premier ne baisse son arme, avant qu’elle ne fasse un malaise . Le récit du couple, répété dans leur plainte enregistrée au nom de Tatiana au commissariat de Stains le lendemain des faits et consultée par StreetPress, est confirmé par Geanina. À ce stade, l’enquête ne vise pas le chef de menaces avec arme.
Tatiana et Geanina affirment par ailleurs que les femmes et enfants du bidonville auraient ensuite été retenus pendant près d’une heure par les policiers, alors que les deux jeunes recherchés par la police auraient déjà été interpellés. Nicolae, lui, aurait été repoussé en dehors du bidonville. Durant tout ce temps, les agents qui se relayent leur auraient interdit d’aller boire de l’eau, d’utiliser leurs téléphones ou d’appeler les secours pour Tatiana, indiquent-elles, à l’exception d’un seul agent qui « voulait appeler les pompiers, mais les autres ne l’ont pas laissé », se souvient Geanina.

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« Moi, je pleurais sur mon chien et eux riaient de moi. »
Pour son avocate, maître Ciuciu, « les règles de déontologie et de sécurité ont été manifestement violées par cet agent qui courait l’arme au poing dans un espace occupé par de nombreux enfants et femmes ». Elle dénonce la « brutalité » qui n’était « en aucun cas justifiée ni proportionnée » face à son client « non armé, non violent, obéissant à ses instructions et qui pour le surplus n’était pas concerné par cette interpellation » . Selon elle, « les agents de police se sont permis d’agir avec une telle violence parce que les victimes sont d’origine rom en situation d’extrême précarité ». En parallèle de l’enquête judiciaire, elle indique avoir fait un signalement administratif à l’ IGPN afin de « sonner un signal d’alarme face à ces abus anti-tsiganes systématiques ».

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