27.07.2026

Déjà en 2023, l’OIP alertait sur les menaces, réprimandes, punitions et violences que des personnes incarcérées subissent en raison de leurs liens avec l’OIP. Trois ans plus tard, l’association reçoit encore chaque mois des signalements concernant de telles pratiques.
« Ils n’aiment pas que l’on vous contacte, car ils ne veulent pas que vous voyiez ce qu’il y a à l’intérieur », confie un homme à Poissy. Les personnes détenues peuvent joindre l’Observatoire international des prisons-section française par courrier ou par téléphone depuis trente ans. L’association les informe de leurs droits et les accompagne dans leurs démarches afin de les faire valoir. Leurs témoignages participent aussi à la mission de l’OIP de décrire de façon documentée la situation des prisons et d’alerter sur les dysfonctionnements relevés. L’OIP ayant été intégré au dispositif de téléphonie sociale en 2019, les personnes détenues peuvent appeler l’association de manière confidentielle et sans avoir à en demander l’autorisation préalable.
Régulièrement pourtant, plusieurs personnes détenues feraient l’objet de menaces ou de représailles par des membres de l’administration pénitentiaire en cas de contact avec l’OIP. Certaines, craignant d’en être victimes, n’osent pas nous saisir. En mars 2023, l’OIP avait déjà alerté sur ce phénomène qui perdure : une soixantaine de signalements ont été portés à la connaissance de l’association en 2024 et 2025, en provenance d’une quarantaine d’établissements différents. Malgré l’opacité du milieu carcéral et les difficultés que cela engendre pour vérifier l’exactitude de chaque alerte, leur volume suffit à établir la véracité et la récurrence de ces pratiques d’intimidation et de punition.
Intimider pour dissuader
En premier lieu, la crainte des représailles décourage des personnes détenues de contacter l’association. « Tout le monde vit dans la peur, personne ne veut appeler l’OIP depuis la prison car il y a un climat de crainte de représailles de l’administration pénitentiaire », dénonçait en 2024 une proche de personne détenue, s’exprimant au nom de plusieurs femmes incarcérées au centre pénitentiaire du Sud-Francilien. Un homme à la prison de Paris La Santé avouait lui aussi au printemps 2024 : « J’ai longtemps hésité avant de vous écrire, car ici tout le monde a peur d’être identifié comme ayant écrit à l’OIP. » Au centre de détention de Bapaume, « les gens doutent de la confidentialité des appels, personne ne veut appeler car ils ont peur », témoignait un autre homme à la même période.
Lorsque les personnes incarcérées se décident finalement à prendre attache avec l’OIP pour signaler un dysfonctionnement ou une atteinte à leurs droits, plusieurs d’entre elles insistent malgré tout sur leur volonté que l’association n’intervienne pas auprès de l’administration pénitentiaire car elles redoutent d’être identifiées et stigmatisées. En mai 2024, une femme a ainsi appelé l’OIP depuis une prison du Sud-Est de la France pour informer de son déclassement au travail consécutif à un arrêt maladie. Elle a précisé avoir « trop peur des représailles » et a demandé « de ne pas intervenir pour préserver ses permissions de sortie ». « Ils n’aiment pas quand je sollicite les associations, ils me le font comprendre, on se retrouve avec des bâtons dans les roues », témoignait en effet un homme détenu à Alençon-Condé-sur-Sarthe, durant l’hiver 2024. « Les surveillantes disent qu’il ne faut pas appeler l’OIP ou le Défenseur des droits sinon les personnes se font mal voir », indiquait une femme incarcérée à Rennes en mars 2025. « Quand on appelle, on est pris en grippe », déclarait également un homme à la maison centrale de Poissy en juin 2025.
Il arrive que les agents pénitentiaires menacent explicitement les personnes de répercussions sur le déroulement de leur détention. En décembre 2024, des agents du centre pénitentiaire de Nantes auraient prévenu un homme : « On est au courant de ton appel à l’OIP, on va pas te louper. » À Moulins-Yzeure, un homme se serait vu enjoindre : « Arrêtez de vous plaindre auprès de l’OIP, ou je vous déplace de cellule pour vous mettre avec un gros bras, rez-de-chaussée côté gauche, pour vous casser. » Ces intimidations pourraient aller jusqu’à menacer de sanctions disciplinaires. En janvier 2025, des surveillants de Maubeuge auraient lancé à un homme : « Voilà la petite pleureuse qui se plaint à l’OIP et au Contrôleur [général des lieux de privation de liberté (CGLPL)]. La prochaine fois que tu te plains à l’OIP, c’est trois semaines au trou. »
Enfin, les moyens de correspondance des personnes détenues avec l’OIP seraient parfois entravés : coupure temporaire des lignes téléphoniques, comme cela serait le cas à Val-de-Reuil, d’après des témoignages reçus au printemps 2024 ; courriers écrits par des personnes détenues et déchirés, ou non distribués pour ceux qui leur sont destinés, selon des personnes incarcérées à Lyon-Corbas et au Sud-Francilien.
Fouilles de cellules et punitions matérielles
Quand les personnes détenues échangent avec l’OIP, elles sont nombreuses à informer avoir fait l’objet de représailles, qui prennent différentes formes. Certaines subiraient plus fréquemment des fouilles de cellule : « J’en ai eu plusieurs dans la semaine », témoigne un homme à Poissy. Ou encore, « ma cellule a été fouillée à deux reprises le jour même où j’ai reçu votre courrier », raconte un autre à Villenauxe-la-Grande.
Par ailleurs, des personnes rapportent être victimes de punitions d’ordre matériel. C’est ainsi qu’en septembre 2024, une personne détenue à Vendin-le-Vieil racontait que des surveillants seraient entrés dans sa cellule avec un balai pour casser le carton faisant office de VMC – celle-ci étant absente – en lui disant « va te plaindre à l’OIP ». Trois mois plus tard, un homme à Paris la Santé expliquait que si le nom de l’OIP figurait sur l’envers du courrier, l’administration prenait des mesures de rétorsion, comme celles de lui refuser l’accès à une activité ou au culte. À Liancourt, un homme relatait en décembre 2025 : « On m’a coupé l’eau, on a pris ma plaque chauffante et coupé l’électricité, suite à notre appel, la veille. »
Ces pressions s’exerceraient également à l’encontre des personnes incarcérées qui contactent le Défenseur des droits et le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Dès 2013, ce dernier avait dénoncé les sanctions infligées aux personnes détenues dites « procédurières » : « Le contrôleur général est convaincu que de nombreuses personnes craignent des représailles si elles le saisissent, voire en sont activement dissuadées », pouvait-on lire dans son rapport d’activité. Ce constat avait abouti à la création en 2014 d’un délit d’entrave : depuis, le fait de faire obstacle à la mission du Contrôle, en s’opposant aux visites ou à la communication de certains éléments, par des menaces et des représailles prises à l’encontre de toute personne en lien avec l’institution, relève d’une infraction[1]. Néanmoins, le phénomène a toujours lieu, « la majorité préfère ne pas contester la situation, car ils savent qu’ensuite ils en subiront les représailles », décrivait le CGLPL dans son rapport annuel d’activité de 2021. Le témoignage d’une femme au Sud-Francilien reçu en mai 2024 par l’OIP confirme que ces pratiques continuent : « J’ai écrit au CGLPL et au Défenseur des droits sur les humiliations que je vis au quotidien de la part des surveillantes. Les gradés ont pris mon courrier, l’ont lu et l’ont déchiré. »
Comble de la situation, une personne décrivait à l’OIP les représailles qui avaient suivi ses échanges avec l’association, concluant ainsi son courrier : « Il y a de grandes chances, à 95 %, que l’on me mène la vie dure pour ce courrier aussi. »
par Ana Bourreau-Ramos et Ysé de La Taille
Cet article est paru dans la revue de l’Observatoire international des prisons – DEDANS DEHORS n°129 – Adolescent•es incarcéré•es : une faillite collective
[1] Loi du 26 mai 2014 modifiant la loi du 30 octobre 2007 instituant un Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).

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26.05.2026

L’avocat de la famille de Theo Sanha, dont la mort en cellule à Fresnes en 2022 fait l’objet d’une information judiciaire, a indiqué mardi à l’AFP avoir saisi la justice administrative pour faire condamner l’Etat, reprochant à la prison d’avoir “ laissé sombrer ” le détenu.
Theo Sanha, 28 ans, est décédé un mois et onze jours après son incarcération. Écroué le 2 décembre 2021, il devait être jugé en comparution immédiate le 11 janvier, le jour de sa mort, pour non-respect d’une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance.
C’est lors de cette audience que sa mère a appris son décès. Le cadavre de son fils a été retrouvé en position foetale, nu, baignant dans l’urine, dans une cellule jonchée de déchets.
L’Inspection générale de la justice (IGJ) a fustigé, dans un rapport rendu en mars 2022, une succession de “ défaillances ” et de “ négligences ”, aboutissant “ au délaissement puis à l’abandon du détenu ”.

(…)

Mais son profil aurait nécessité une “ réaction individuelle ou collective de prise en charge adaptée ” et non une “ gestion déshumanisée, ostensiblement distanciée et inadaptée ”, estimait l’IGJ.
Une juge d’instruction a été saisie en septembre 2023 à Paris pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Après deux ans d’investigations, elle a terminé son enquête sans mise en examen, a appris mardi l’AFP de source proche du dossier.

(…)

Sa famille se sent aujourd’hui “ trahie ” par l’Etat, qui avait “ précisément la garde et la responsabilité de leur proche ” enfermé, d’après leur recours en mai devant le tribunal administratif de Melun consulté par l’AFP.

(…)

“ Ce dossier illustre l’incapacité de l’administration pénitentiaire à traiter dignement des détenus fragiles sur le plan psychiatrique ”, a estimé leur avocat Antoine Ory. Fresnes “ était informée de la dégradation mentale de Theo Sanha et l’a laissé sombrer ”.
Sollicités par l’AFP, le ministère de la Justice, la direction de l’administration pénitentiaire et celle de la maison d’arrêt n’ont pas répondu dans l’immédiat.

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16.05.2026

Encore plus de trente-deux ans à tenir. Avec une telle perspective, Rédoine Faïd, le braqueur de 51 ans originaire de Creil (Oise) écroué depuis le 1er juillet 2011 et dont la fin de peine est précisément prévue le 17 août 2057, aspire à des conditions de vie derrière les barreaux les plus normales possibles. Un vœu qui reste pieux malgré plusieurs décisions de justice déclarant ses conditions de détention « contraires à la dignité de la personne ». Elles se heurtent, en effet, à la position de l’administration pénitentiaire (AP), qui, en la matière, a le dernier mot. Et s’oppose le plus souvent aux décisions favorables à ce prisonnier, célèbre pour ses deux évasions, et donc surveillé de près.
Selon nos informations, Rédoine Faïd, détenu depuis octobre 2025 au centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne), vient de remporter une nouvelle partie dans son désormais très long bras de fer avec l’AP. Par une ordonnance du 15 mai, une juge d’application des peines d’Alençon (Orne) a déclaré bien-fondée la dernière requête de Rédoine Faïd, déposée par son avocat, Me Benoît David, le 9 avril, quant à ses conditions de détention depuis son transfert à Condé.

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15.05.2026

Sept détenus du quartier de lutte contre la criminalité organisée de cet établissement ont déposé un recours pour «humaniser» le fonctionnement de cette prison.
Une fronde de détenus à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne), vitrine de la politique sécuritaire du garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Sept détenus du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de cet établissement, que Libération avait pu visiter en janvier, ont déposé mardi 12 mai des référés-liberté devant le tribunal administratif de Caen pour dénoncer leurs conditions de détention, rapportent Mediapart et France Inter. Leur avocat, Charly Salkazanov, réclame que le juge enjoigne l’administration pénitentiaire à «humaniser» le fonctionnement de la prison et s’inquiète d’un régime qui risque, selon lui, de «pousser à bout» les détenus.
Ouvert en octobre, le QLCO de Condé-sur-Sarthe est l’un des deux établissements de ce type actuellement en service en France, avec celui de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Voulus par le ministre de la justice, Gérald Darmanin, ces quartiers ultrasécurisés accueillent chacun une quarantaine de détenus relevant, selon l’administration pénitentiaire, «du haut du spectre de la criminalité organisée». Ils seront bientôt quatre sur l’ensemble du territoire.
Migraines, fouilles, réveils nocturnes
Les conditions de détention décrites par les plaignants, et détaillées par Mediapart à partir des témoignages écrits joints aux requêtes, sont sévères. Les détenus passent vingt-deux à vingt-trois heures par jour seuls en cellule, dont les fenêtres sont en partie obstruées, contraignant à laisser la lumière électrique allumée en journée et provoquant fatigue visuelle et migraines. Ils sont soumis à des fouilles intégrales et des fouilles à nu régulières, avant et après chaque parloir, alors que les visites se déroulent derrière un hygiaphone et que les visiteurs subissent des contrôles de sécurité poussés. Les réveils nocturnes imposés par les surveillants – qui allument la lumière et tapent aux portes pour effectuer des vérifications – sont également dénoncés dans plusieurs témoignages.
L’accès aux communications est drastiquement encadré : deux fois deux heures de téléphone par semaine, à des créneaux fixés arbitrairement par l’administration. Ces créneaux coïncident parfois avec l’unique heure de promenade quotidienne, forçant les détenus à choisir entre appeler leurs proches, consulter leur avocat ou voir un médecin. Les parloirs, eux, peuvent être refusés pour des motifs dérisoires : une minute de retard après plusieurs centaines de kilomètres de trajet ou un soutien-gorge déclenchant un portique de sécurité. «Mes liens familiaux sont violés», écrit l’un des détenus dans son courrier joint à la requête.
La contestation monte
Depuis janvier, la contestation monte dans cette prison. Dix-sept des quarante détenus ont engagé un mouvement de protestation pacifique : restitution symbolique de leurs télévisions, réfrigérateurs et produits de cantine, grève de la parole avec les surveillants, grève des déplacements… Un mouvement quasi similaire avait déjà eu lieu en septembre à Vendin-le-Vieil, rappelle Mediapart. Les requêtes déposées mardi visent à obtenir, entre autres, un meilleur accès aux produits d’hygiène, une facilitation des parloirs et des communications téléphoniques, deux heures de promenade quotidienne et un accès effectif aux activités sportives, éducatives et culturelles.
La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, a effectué une visite d’inspection approfondie dans l’établissement la semaine passée, précise Mediapart, sans que ses conclusions aient encore filtré. Mais dans son dernier rapport sur cet établissement, publié en octobre 2025, son institution avait pourtant déjà critiqué le «fonctionnement déshumanisé» à Condé-sur-Sarthe, avant même l’ouverture du QLCO.

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08/10/2025

la direction de l’administration pénitentiaire qui, à deux reprises, en juin 2022 et janvier 2023, a pris la décision d’interdire aux détenus l’accès aux numéros 55 et 56 de la revue.

En cause, selon cette direction qui dépend de la chancellerie : L’Envolée aurait publié des « propos injurieux ou diffamatoires ». La cour d’appel du tribunal administratif de Paris devait rendre son arrêt, jeudi 9 octobre, pour clore presque trois ans de bataille judiciaire aux implications qui dépassent le seul sort de la petite publication.

Au cœur de cette bataille, il y a d’abord la mort tragique, en 2016, de Sambaly Diabaté, 33 ans, un détenu de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), mort étouffé après avoir été bâillonné et maintenu au sol par plusieurs surveillants. A la suite de leur procès, en décembre 2021, trois d’entre eux étaient reconnus coupables d’« homicide volontaire » et un quatrième de « violences volontaires »

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LE MITARD : « UN DISPOSITIF AUSSI INHUMAIN QUE CONTRE-PRODUCTIF »

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Extrait

Un dispositif « inhumain », « dégradant », « vide de sens » où « tous les travers de la prison y sont poussés à leurs paroxysmes ». Voici la description du mitard livrée par les rédacteurs de l’Observatoire International des Prisons (OIP).

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