Sept détenus du quartier de lutte contre la criminalité organisée de cet établissement ont déposé un recours pour «humaniser» le fonctionnement de cette prison.
Une fronde de détenus à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne), vitrine de la politique sécuritaire du garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Sept détenus du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de cet établissement, que Libération avait pu visiter en janvier, ont déposé mardi 12 mai des référés-liberté devant le tribunal administratif de Caen pour dénoncer leurs conditions de détention, rapportent Mediapart et France Inter. Leur avocat, Charly Salkazanov, réclame que le juge enjoigne l’administration pénitentiaire à «humaniser» le fonctionnement de la prison et s’inquiète d’un régime qui risque, selon lui, de «pousser à bout» les détenus.
Ouvert en octobre, le QLCO de Condé-sur-Sarthe est l’un des deux établissements de ce type actuellement en service en France, avec celui de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Voulus par le ministre de la justice, Gérald Darmanin, ces quartiers ultrasécurisés accueillent chacun une quarantaine de détenus relevant, selon l’administration pénitentiaire, «du haut du spectre de la criminalité organisée». Ils seront bientôt quatre sur l’ensemble du territoire.
Migraines, fouilles, réveils nocturnes
Les conditions de détention décrites par les plaignants, et détaillées par Mediapart à partir des témoignages écrits joints aux requêtes, sont sévères. Les détenus passent vingt-deux à vingt-trois heures par jour seuls en cellule, dont les fenêtres sont en partie obstruées, contraignant à laisser la lumière électrique allumée en journée et provoquant fatigue visuelle et migraines. Ils sont soumis à des fouilles intégrales et des fouilles à nu régulières, avant et après chaque parloir, alors que les visites se déroulent derrière un hygiaphone et que les visiteurs subissent des contrôles de sécurité poussés. Les réveils nocturnes imposés par les surveillants – qui allument la lumière et tapent aux portes pour effectuer des vérifications – sont également dénoncés dans plusieurs témoignages.
L’accès aux communications est drastiquement encadré : deux fois deux heures de téléphone par semaine, à des créneaux fixés arbitrairement par l’administration. Ces créneaux coïncident parfois avec l’unique heure de promenade quotidienne, forçant les détenus à choisir entre appeler leurs proches, consulter leur avocat ou voir un médecin. Les parloirs, eux, peuvent être refusés pour des motifs dérisoires : une minute de retard après plusieurs centaines de kilomètres de trajet ou un soutien-gorge déclenchant un portique de sécurité. «Mes liens familiaux sont violés», écrit l’un des détenus dans son courrier joint à la requête.
La contestation monte
Depuis janvier, la contestation monte dans cette prison. Dix-sept des quarante détenus ont engagé un mouvement de protestation pacifique : restitution symbolique de leurs télévisions, réfrigérateurs et produits de cantine, grève de la parole avec les surveillants, grève des déplacements… Un mouvement quasi similaire avait déjà eu lieu en septembre à Vendin-le-Vieil, rappelle Mediapart. Les requêtes déposées mardi visent à obtenir, entre autres, un meilleur accès aux produits d’hygiène, une facilitation des parloirs et des communications téléphoniques, deux heures de promenade quotidienne et un accès effectif aux activités sportives, éducatives et culturelles.
La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, a effectué une visite d’inspection approfondie dans l’établissement la semaine passée, précise Mediapart, sans que ses conclusions aient encore filtré. Mais dans son dernier rapport sur cet établissement, publié en octobre 2025, son institution avait pourtant déjà critiqué le «fonctionnement déshumanisé» à Condé-sur-Sarthe, avant même l’ouverture du QLCO.
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