05.08.2026

Déresponsabilisation de l’État : un délai judiciaire extrêmement long, des réparations dérisoires, et une culpabilisation des victimes.
Deux décisions judiciaires suite à des violences d’État, et une même logique : un délai judiciaire extrêmement long, des réparations dérisoires, et une culpabilisation des victimes. Ça s’est passé ces derniers jours au Tribunal Administratif de Nantes.
Adrien en partie responsable des violences qu’il a subi
Il aura fallu attendre 8 ans pour que les juges rendent enfin une décision, le 29 juillet, à propos des mutilations terribles subies par Adrien. Les faits remontaient au 29 décembre 2018, en plein mouvement des Gilets Jaunes, lors d’une manifestation à Nantes. Le jeune homme défilait comme des milliers d’autres quand, en fin de journée, la police s’était défoulée devant la préfecture, avec de nombreux tirs de grenades lacrymogènes. Alors que la foule reculait, des agents de la BAC avaient tiré des balles en caoutchouc sur des personnes en fuite qui leur tournaient le dos. Des tirs par derrière.
Une balle avait frappé Adrien, 22 ans, à l’arrière du crâne avec une violence inouïe. Notre équipe avait assisté à la scène, et vu le jeune homme inanimé, une marre de sang sur l’asphalte. Les CRS avaient chargé violemment, pour éloigner les témoins, et la victime frôlait la mort. Cinq jours en réanimation, une fracture du crâne, une hémorragie cérébrale, une fracture de l’orbite et de la mâchoire droite, un traumatisme psychologique. La vie du jeune homme basculait à tout jamais. Aucun policier n’a jamais été condamné, alors que notre média avait diffusé des photos très précises montrant l’agent qui avait tiré sur la foule à ce moment et à cet endroit.
Après une longue attente, c’est donc le Tribunal Administratif qui rend finalement un verdict : il ne juge pas un individu mais une institution. Ces juges condamnent l’État pour la «responsabilité sans faute» des forces de l’ordre. Des policiers responsables mais pas coupables. En guise de compensation, l’État doit verser 11.500€ à la victime, une somme dérisoire au regard du dommage subi.
Comble de l’horreur, le tribunal estime que les torts sont «partagés», en raison de «l’imprudence fautive» de la victime ! L’indemnisation initiale s’élevait à 23.000€, mais elle a été réduite de 50% car la responsabilité de la blessure serait «partagée». Adrien aurait ainsi «partiellement» mérité de se faire tirer dans la tête alors qu’il s’éloignait. Le tribunal écrit qu’il «s’est maintenu sur place, délibérément, vêtu de noir et portant un masque chirurgical, une capuche et une écharpe pour dissimuler son visage, pendant près de quatre heures, sans chercher à se soustraire aux affrontements». C’est une présomption de culpabilité : il n’a rien fait de répréhensible, mais il a n’a pas quitté les lieux. En clair, une personne tuée ou mutilée dans une manifestation l’a «un peu cherché», pour le simple fait d’être là. Elle n’avait qu’à rester chez elle. C’est une atteinte affolante à la liberté de manifester.
« Imprudence fautive » à Notre-Dame-des-Landes aussi
Une semaine plus tôt, le 22 juillet, le même Tribunal Administratif de Nantes rendait un verdict similaire à propos de blessés sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. En avril 2018, des milliers de gendarmes avaient attaqué le bocage nantais et tiré des milliers de grenades pour détruire les cabanes, causant des centaines de blessures et de mutilations. Des blindés avaient été déployés en métropole pour la première fois depuis des décennies.
8 ans après, l’État est identiquement condamné à verser des indemnisations. Les victimes sont deux journalistes de Libération et de Reporterre, ainsi que trois manifestants blessés par des grenades. Les montants sont encore plus bas : entre 3.260 et 9.500 euros. Les juges reconnaissent que l’utilisation de grenades explosives GLI F4 étaient une «faute» de nature à «engager la responsabilité de l’État», mais une fois de plus, ils retiennent «une responsabilité atténuée de 20% dans deux dossiers et 30% dans un troisième» car «les manifestants s’étaient délibérément maintenus sur les lieux d’affrontement, en dépit du contexte d’extrême tension qu’ils avaient eux-mêmes constaté».
Même logique que pour Adrien : si vous défendez la nature ou une cause sociale, il est légitime de vous envoyer une arme mutilante. Et si vous êtes un simple témoin, voire un journaliste en reportage, c’est pareil. On n’oserait pas culpabiliser des reporters de guerre blessés dans le cadre de leur métier, mais c’est possible sur la ZAD.
Une déresponsabilisation de l’État qui n’est pas nouvelle
Ce raisonnement tortueux avait déjà été utilisé à Nantes, dans le cadre d’une autre affaire de violences policières. En 2007, Pierrre Douillard-Lefevre avait été mutilé par un tir de LBD en pleine tête alors qu’il se trouvait dans une manifestation lycéenne et était âgé de 16 ans. À l’époque, cette arme était encore en phase de test, et le policier tireur s’était porté volontaire pour l’utiliser contre des enfants. Il a fallu attendre 9 ans pour qu’en 2016 les juges décident d’une faute partagée «à 50%», comme si le jeune blessé et celui qui l’a visé étaient responsables de façon égale. C’était déjà la même justification : le lycéen ne «s’était pas désolidarisé de l’attroupement […] alors qu’il aurait dû s’éloigner». Après une procédure d’appel, le Tribunal Administratif a rendu le même jugement en 2018, mais en diminuant la responsabilité du blessé à 20%. Un petit recul, sur la base de quel barème ? Cela n’a jamais été expliqué.
Dans l’affaire Rémi Fraisse, la justice a procédé de la même manière. Ce jeune écologiste a été assassiné le 25 octobre 2014 par une grenade explosive lancée en pleine nuit par des gendarmes, dans le cadre d’une manifestation à Sivens. Des années plus tard, le Tribunal Administratif de Toulouse, saisi par la famille, admettait la responsabilité de l’État. Aucun gendarme n’a été poursuivi, mais les juges reconnaissaient une «responsabilité civile» de l’État, et une fois encore, ils soulignaient «une imprudence fautive commise par la victime de nature à exonérer partiellement l’État de sa responsabilité». Tout en expliquant que Rémi était «non violent» face aux gendarmes mais qu’il «s’est délibérément rendu sur les lieux des affrontements». Il était rendu co-responsable de son propre décès. La famille de Rémi Fraisse a reçu, pour «préjudice moral», 46.000 euros.
Photos : archives de Nantes Révoltée, à Nantes et Notre-Dame-des-Landes, avril et décembre 2018.
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30.05.2026

Un jeune homme de 25 ans a été condamné par le tribunal judiciaire de Tarbes dans les Hautes-Pyrénées pour outrage et rébellion sur les forces de l’ordre. L’homme a refusé de se soumettre à un contrôle d’identité.

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Les représentants des forces de l’ordre ont dû faire usage d’un taser avant de pouvoir de le maîtriser.

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Ce lundi 25 mai, ils ont poussé à bout les riverains. Près de vingt jeunes ont pris leurs quartiers sur les quais de l’Adour, vers 17 heures, près du pont de la Marne, à Tarbes, en cette chaude journée.
Mais les voisins ont appelé les policiers au secours, car les individus perturbent la tranquillité des passants avec leurs scooters.

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Les forces de l’ordre lui intiment de donner ses papiers d’identité.

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C’en est trop : un policier sort son taser et le brandit devant lui.

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Alors, le policier riposte et lui donne une décharge électrique à l’aide de son taser. Le jeune hurle, appelle le groupe à la rescousse et les invite à filmer la scène. De nouveau, un tir de taser. Des fonctionnaires sont appelés en renfort alors que l’un d’eux a été blessé dans l’altercation et souffre notamment de plusieurs plaies. Le policier est pris en charge aux urgences alors que le jeune individu est enfin maîtrisé.
« Je me suis vu mourir au moins trois fois »

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« J’ai été victime de violences et j’ai des vidéos qui le prouvent. Ils m’ont piétiné avec le genou, j’ai perdu connaissance à deux reprises. J’étais calme alors que l’un des agents s’est montré rapidement agressif avec moi. Je me suis fait tabasser, je me suis vu mourir au moins trois fois », relate encore le jeune homme à la barre du tribunal de Tarbes ce jeudi 28 mai. « Il se positionne en tant que victime, mais c’est lui qui est en tort », veut insister Me Soulié pour défendre les policiers.
Condamnation avec bracelet électronique
« La réaction des policiers est une conséquence de votre attitude. Nous n’avons aucune vidéo dont vous parlez pour attester vos propos », recadre la procureure qui demande un an ferme muni d’un bracelet électronique.

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25.03.2026

Un signalement au procureur de la République de Meaux a été transmis, ce mercredi 25 mars, par l’avocat de Flavel, Me Pierre Brunisso, pour « subordination de témoin ». Présent sur les lieux des violences, le 16 mars, Bader Ibrahim serait recherché par la police afin de « le faire taire ». Joint par « l’Humanité », l’homme confie sa « peur ».
(…)
Depuis une semaine et les violences subies par Flavel, 35 ans, lors d’une intervention de la BAC à Noisiel (Seine-et-Marne), révélée par des vidéos accablantes, le scénario des faits se précise de jour en jour et il n’est guère favorable aux forces de police. C’est une première interpellation violente et injustifiée, le 16 mars à 17 heures, qui aurait contribué à mettre le feu aux poudres : celle du jeune Marco (le prénom a été modifié), 18 ans, pour outrage et rébellion.
Des faits que conteste l’intéressé, qui a déposé plainte ce mercredi 25 mars par l’entremise de son avocat, Me Théo Kermagoret, pour « violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ». Condamné le 18 mars à 70 heures de travaux d’intérêt général (TIG), le jeune homme va également faire appel de cette sanction.
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« Lors de ce contrôle, les policiers soutenaient vouloir faire taire Monsieur Bader Ibrahim en ce que celui-ci avait ”trop parlé”, une photographie du visage de Monsieur Bader Ibrahim était exposée. (…) Il est patent que Monsieur Bader Ibrahim est visé en raison de sa collaboration avec les services d’enquête. »
Hésitant sur la conduite à suivre, l’intéressé semblait quelque peu désemparé. « Porter plainte ? Mais je ne sais pas ce qui m’arriverait si je franchissais la porte d’un commissariat. Je n’ai pas confiance. »

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01/10/2025

Il avoue avoir placé un traceur Air Tag sur sa voiture pour « la surveiller » et « voir si elle (le) trompait », alors que le divorce était déjà acté.

(…) La présidente du tribunal évoque un comportement « obsessionnel » et du « chantage affectif », avec pour conséquences des violences psychologiques pour la victime.

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