05.06.2026
Les images et les descriptions sont choquantes. Dans un rapport publié ce vendredi au Journal officiel, le centre pénitentiaire de l’agglomération bordelaise est une nouvelle fois épinglé pour son insalubrité et sa surpopulation. La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté adresse des recommandations d’urgence au ministère de la justice.
« La situation du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan demeure gravement dégradée. La surpopulation carcérale s’est aggravée (191% d’occupation au moment de la visite) et affecte tous les quartiers, portant gravement atteinte aux droits fondamentaux des personnes détenues. Le nouveau centre pénitentiaire de 275 places, mis en service en 2024, n’a pas permis d’absorber la surpopulation carcérale du bâtiment A. Les conditions d’hébergement, en particulier au bâtiment A, restent déplorables ». Tel est le constat dressé par l’équipe de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté à l’issue de sa visite du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, du 2 au 13 mars 2026.
Réalisée dans le cadre du suivi des recommandations d’urgence émises en 2022, à l’issue d’une précédente visite qui déjà faisait état de « surpopulation, vétusté, atteintes importantes à l’intégrité physique, carences dans l’accès aux soins, etc », cette inspection de contrôle déplore que « les mesures engagées, y compris la mise en service du nouveau centre pénitentiaire, apparaissent inadaptées à l’ampleur des besoins ».
Insalubrité dans l’ancien et le nouveau bâtiment
« J’y étais déjà allée en 2022, il y avait tout autant de cafards, les douches sont répugnantes, entièrement moisies, pourries, il y a de l’amiante partout, le sol se décolle, les murs sont pourris, qui supporterait ça ? » s’indigne Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
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Plus alarmant encore, cet état d’insalubrité concerne aussi le nouveau bâtiment du centre pénitentiaire mis en service en juin 2024.
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« Un exemple concret, actuellement on a un détenu ça fait trois semaines qu’il vit dans sa cellule avec trois centimètres d’eau au sol et rien n’est fait. Il vit dans ses excréments, il y a des asticots partout »
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Surpopulation et droits fondamentaux bafoués
Le 2 mars 2026, à l’arrivée de l’équipe de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, 1 188 personnes étaient hébergées au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan pour 622 places, soit un taux d’occupation de 191%. 639 détenus vivaient à trois en cellule, 213 sur un matelas au sol, et seulement 37 personnes au total bénéficiaient d’un encellulement individuel, pourtant prévu pour tous les détenus, depuis 1875, dans le Code de procédure pénale.
Faute de personnels et d’équipements suffisants, la plupart des détenus passent vingt-deux heures sur vingt-quatre en cellule.
L’impossibilité de sortir d’une cellule surpeuplée est susceptible de caractériser un traitement inhumain ou dégradant.
Dominique Simonnot Contrôleuse général des lieux de privation de liberté
« Cellules suroccupées et insalubres, manque d’accès à des activités physiques, au travail ou à la formation professionnelles, manque de nourriture, d’accès aux soins, insécurité généralisée, manque de personnels », la liste des griefs relevés au cours de cette dernière visite de l’établissement révèle l’ampleur des conséquences de cette surpopulation.
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De son côté, le rapport de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté affirme : « Seule l’inscription dans la loi d’un mécanisme contraignant de régulation carcérale permettrait de résorber la surpopulation des maisons d’arrêt et de garantir effectivement le respect des droits fondamentaux des personnes détenues, au premier rang desquels figurent le droit à l’encellulement individuel, le respect de leur dignité et la protection de leur intégrité physique et psychique. »
Le ministère de la justice assure qu’un plan d’action a été élaboré en juillet 2025 afin de « limiter le volume des écrous et accélérer les dynamiques de sortie » afin de répondre à la problématique de la surpopulation carcérale.
Cependant le nombre de personnes détenues en France a une nouvelle fois franchi un record historique avec 88 654 personnes incarcérées en mai 2026.
Depuis des années, la surpopulation carcérale ne cesse d’augmenter dans toutes les prisons de France. Un problème structurel pour lequel l’Etat est régulièrement condamné par la Cour européenne des droits de l’homme.
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