28.05.2026

Militant d’extrême droite et indic’ : des liens accablants entre les fascistes et les autorités
La fascisation s’installe aussi par des silences, des omissions, des manières de regarder ailleurs. L’assassinat de Djamel Bendjaballah par un néo-nazi il y a presque deux ans en fait partie. Le 31 août 2024 près de Dunkerque, ce père de famille d’origine maghrébine et éducateur est tué par un militant d’extrême droite nommé Jérôme Décofour. Ce dernier écrase Djamel volontairement à deux reprises avec sa voiture, devant sa fille de 9 ans, sa compagne Vanessa et les deux enfants de cette dernière. Les médias préfèrent parler à l’époque d’une «rivalité amoureuse qui aurait mal tourné», et mettent sous le tapis le caractère haineux du meurtre.
Pourtant, les proches de la victime ont tout fait pour faire reconnaître le racisme de ce crime. Sa sœur Nadia explique : «Tout de suite Vanessa me dit que c’est raciste, vraiment dans les premiers mots de la conversation, alors qu’on pleurait toutes les deux». La justice refuse de retenir cette dimension. D’ailleurs, ni la police ni la justice n’ont pris la peine de prévenir la famille endeuillée, ni de les accompagner d’une quelconque manière. «On a le sentiment d’avoir été baladés, maltraités même» explique sa sœur.
L’assassin, Jérôme Décofour, n’est autre qu’un néo-nazi, survivaliste, leader du milieu d’extrême-droite radical. La victime le connaissait bien puisqu’il avait porté plainte pas moins de trois fois pour injures racistes comme «bougnoule» ou «sarrasin» avant d’être tué. On peut lire dans une de ses plaintes déposées : «Je tiens à vous dire que monsieur se renseigne sur ma fille, âgée de 8 ans. Il a déjà envoyé des messages à ma compagne en citant le village où elle réside. Je suis inquiet vis-à-vis de cette personne. Car je sais par madame qu’il possède des armes à feu. J’aimerais retrouver ma tranquillité». Le néonazi «offrait» à ses enfants des saucissons de porc sur lesquels il écrivait «halal», ou encore des cochons en chocolat pour Pâques.
Le tueur est membre d’une milice nommée «Brigade Française Patriote». Sur la page Facebook du groupe, il multipliait les publications racistes et islamophobes. «Il sortait qu’il fallait apprendre à résister, à repousser les Arabes qui voudraient nous envahir. Il voulait endoctriner des gens pour se préparer à l’impensable» explique un ancien membre. Malgré tous ces éléments, les plaintes déposées par Djamel sont restées lettres mortes.
Il faudra attendre le décès de Djamel pour que l’auteur du crime soit perquisitionné et qu’on découvre un arsenal de guerre : une vingtaine d’armes, dont un Famas, des grenades et des munitions. Son ex-compagne déclarait «qu’il recevait des colis, des armes, des gilets pare-balles. Il se préparait à la lutte armée». Avant son crime, il avait expliqué aux policiers que les armes à feu qu’il possédait étaient des «répliques». Et les agents l’avaient cru sur parole. Entre camarades, on ne va pas se soupçonner.
La complaisance voire la complicité policière hallucinante vis à vis de Jérôme Décofour est désormais élucidée. Le soir du crime, aux alentours de 21 heures, Jérôme Décofour reçoit un appel téléphonique de la police lilloise, située à plus de 80 kilomètres de son domicile. Au total, il est contacté à trois reprises par un numéro fixe venant du commissariat central de Lille. Il est impossible que ces échanges ne soient pas liés au crime qu’il a commis 45 minutes plus tôt. Qui a passé cet appel et pourquoi, si ce n’est un policier complice pour lui donner des conseils ?
Au sein de la Brigade Française Patriote, la milice d’extrême-droite que dirigeait Jérôme Décofour, on trouvait 700 membres dont 200 actifs, pour la majorité d’anciens militaires. Le tueur avait amené un de ses amis à l’une des réunions, qui en était revenu choqué et avait ensuite raconté : «C’était des vraies dingues qui faisaient le salut hitlérien». Après la mort de Djamel, un bulletin d’adhésion à une organisation néo-nazie a été retrouvé lors de la perquisition chez le tueur. Ce document était à retourner à un certain Teddy B, une figure du milieu skinhead d’extrême droite, la Division Nationaliste Révolutionnaire. Sur certaines photos de ce groupe, on peut voir inscrit sur un barbecue «Les juifs au four». Sur une autre image, Teddy B. et sa compagne portent chacun un T-shirt comportant un gros 8 et les inscriptions «Adolf» et «Eva», référence à Eva Braun, compagne d’Hitler. Certains proches de Décofour sont actuellement emprisonnés pour des projets d’attentats.
On sait désormais que le néo-nazi avait été approché par les renseignements français. Selon le Canard Enchainé, les services l’auraient même recruté. Le tueur écrit, dans un courrier récupéré par la justice, avoir travaillé pour la police. Son ex-compagne, dans un rapport d’enquête, estime «qu’il a participé a des rassemblements qui ont amené les renseignements généraux à le convoquer». Ce que Jérôme Décofour n’a jamais contredit, contrairement à d’autres éléments du dossier. Le Canard Enchainé pose la question cruciale : ce travail pour les services de renseignement explique-t-il toute cette protection, ce laisser-faire, et finalement cette procédure laxiste ?
Par exemple, l’assassin n’a toujours pas été auditionné par la juge. Pourquoi ? L’avocate de la sœur du défunt, Maitre Maiwelle Mezi, s’insurge : «Je ne comprends pas que depuis la mise en examen de Jérôme Décofour, la juge ne l’ait jamais entendu, malgré nos demandes insistante» et ajoute : «Il est essentiel qu’une instruction sérieuse soit menée pour montrer la dimension raciste du dossier. Nous ne comprenons toujours pas que la circonstance aggravante de la motivation raciste ne soit pas retenue».
L’excuse d’un major de la police interrogé serait que «les policiers croulent sous les dossiers, chaque service a des milliers de procédures en attente». Une mensonge éhonté : la police n’hésite jamais à mettre d’énormes moyens et à faire des mois d’enquête pour traquer des opposants, par exemple des personnes ayant fait de simples tags en manifestation, ou des militants pour la Palestine. Laisser tranquille un néo-nazi armé dans le cadre d’une affaire criminelle est évidemment un choix politique.
Un autre agent de la police judiciaire suppose : «Dans cette affaire, les flics ont un coupable et même un mobile plausible, la jalousie. Pour eux le dossier est plié, pourquoi veux-tu qu’ils s’emmerdent à ouvrir d’autres pistes que le parquet ne leur demande même pas d’étudier ?» Alors même que la qualification raciste parait évidente, aucune interrogation n’a été faite sur la Brigade Française Patriote lors de la garde à vue.
Le 12 avril, la juge en charge du dossier a même déclaré irrecevable les parties civiles d’associations antiracistes – SOS racisme, la Ligue des droits de l’Homme, le Mouvements contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, ainsi que La maison des potes. La circonstance aggravante de racisme rendrait le crime passible de la perpétuité au lieu de 30 ans requis. Qui protège Jérôme Décofour ?
Le lien entre la police et des milices d’extrême droite n’est plus à prouver. Rappelons que Loïc Le Priol, assassin du rugbyman Frederico Martin Aramburu en 2022, était lui-même militaire, membre du GUD et ami d’un policier, avec qui il avait passé la soirée avant de commettre l’assassinat. En perquisition, un brassard de police avait d’ailleurs été retrouvé. Loïc Le Priol était déjà connu des services de renseignement, condamné pour des actes de torture et interdit de paraître à Paris. Il s’y rendait pourtant armé, manifestement protégé par les autorités.
On peut aussi citer l’affaire Claude Hermant. Ce vieux militant néo-nazi lillois est le trafiquant d’armes qui a fourni les fusils aux terroristes des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher. Il était indicateur de police depuis des années et a été largement ménagé lors de l’enquête après les attentats.
Le meurtre de Djamel Bendjaballah devrait être une nouvelle affaire d’État, puisqu’elle combine les questions de racisme, de réseaux armés, de complicité policière, de services rendus, et se conclut par un homicide. Il n’en est rien, et la famille se bat toujours pour exiger la justice.
Une pétition des proches de Djamel pour faire reconnaître le caractère raciste de ce crime.

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28.05.2026

Un ancien policier de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) a comparu ce mercredi 27 mai 2026 devant le tribunal correctionnel de Grasse pour avoir harcelé deux de ses ex-conjointes. Les faits se sont déroulés entre mars 2023 et août 2025 entre.
Elle arrive à la barre munie d’un classeur saumon dont elle tourne les pages, une à une. R. , ancienne compagne de G. poursuivi pour harcèlement moral, n’a pas d’avocat, alors elle tient à être la plus précise possible. « Il surveillait mes réseaux sociaux, il a menacé de se suicider, j’ai reçu 50 000 messages en un an… », énonce-t-elle.
Au milieu de la lecture de son propre dossier, elle s’arrête, visiblement émue. « Prenez votre temps », l’encourage le tribunal, présidé par la juge Mariel Dubreuil. Alors R. raconte. Ce soir où elle a alerté les gendarmes de la présence de la voiture de son ex, stationnée à 50 mètres de son domicile, à Villeneuve-Loubet.
Perquisitionné, le véhicule semblait vide au premier abord. Quelle n’a pas été la surprise des forces de l’ordre de découvrir G. caché dans le coffre. « Il m’a désorientée », commente la partie civile, décrivant la prison mentale dans laquelle sa relation l’a enfermée.
État d’hypervigilance
Quelques minutes plus tard, c’est au tour de M. de prendre le relais à la barre de sa compagne d’infortune. Le classeur posé sur le pupitre est blanc et vert cette fois. Depuis le début de l’audience, elle a laissé échapper des larmes, sur le banc des parties civiles.
Avec le prévenu, G., elle, a eu une petite fille. Leur relation n’a eu de cesse de se dégrader. Chacun aurait pu tourner la page après la rupture mais M. raconte avoir été « inondée » de messages. Pour le moins brouillés. Certains concernent la garde de l’enfant, d’autres sont des messages d’amour. M. finit par déposer plainte.
Les témoignages de proches confirment une situation anxiogène. « Vous vous introduisiez dans la maison de madame, dans sa voiture alors qu’elle devait aller au travail », égrène le tribunal. Les serrures sont changées, mais le bombardement électronique se poursuit. M. décrit elle aussi un état d’hypervigilance, sursautant quand son téléphone sonne.
« Et quand elle n’a pas de nouvelles, elle se demande : qu’est-ce qu’il est en train de préparer », explique son avocate, maître Julie Kerangueven.
Pas d’intention de blesser
Longtemps interrogé à la barre, le prévenu explique : « J’espérais qu’avec le temps on retrouve une dynamique plus saine », faisant référence aux difficultés liées au mode de garde. Tout est minutieusement justifié. « C’est ce qui agace le tribunal, il a une explication et ce n’est pas celle que vous attendez », plaide son conseil, maître Emmanuelle Boukobza-Gaglio.
S’il s’est garé devant le domicile de son ex-conjointe et s’est caché dans le coffre, c’est parce qu’il est en mission de traque contre les terroristes. « Pouvez-vous reconnaître que vous avez harcelé vos ex-compagnes ? » demande le procureur Anthony Carello.
« Je reconnais que les faits aient pu les blesser mais je n’en avais pas l’intention », se justifie le prévenu. « Ces femmes ne sont pas folles, elles sont victimes », s’est exclamé le ministère public.
Et de rappeler que le prévenu est allé jusqu’à consulter un dossier de la DGSI pour obtenir des informations sur l’entourage de son ex-compagne avant de requérir 12 mois d’emprisonnement avec sursis simple.

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28.05.2026

Un homme en situation de handicap a subi une interpellation policière violente fin avril, dans la Drôme. Malgré les alertes de témoins sur son handicap, il a été placé en garde-à-vue pendant 40h, puis libéré sans poursuite. La famille a porté plainte auprès du parquet de Valence.
Autour de la table sur la terrasse, entourée de colonnes blanches et baignée par le soleil, tous les visages de la famille se concentrent sur un seul d’entre eux : celui de Toufik, 34 ans. Le jeune homme en situation de handicap, autiste, atteint d’une atrophie cérébrale et de surdité, cherche ses mots. Ses proches hochent la tête pour l’encourager. L’habituel sourire immense de Toufik a disparu : il fronce les sourcils pour mieux convoquer ses souvenirs, encore vifs. « Je me promenais dans le parc et là… » – il mime à ses poignets des menottes. « La police… Ils m‘ont traîné. J’ai eu peur. Je criais, je pleurais. Frappé ici, ici, ici » – il désigne la tête, les épaules, le dos. « Je ne pouvais plus respirer », mime-t-il encore, les mains sur la gorge.
Alors qu’il se baladait à vélo dans un parc de la commune de Portes-lès-Valence, au sud de Valence, Toufik est interpellé par les forces de l’ordre vers 17h15, le vendredi 24 avril. D’après les témoins et la presse locale, il pourrait s’agir de la brigade motorisée de gendarmes de Valence accompagnée de la police nationale de Valence. Toufik a l’habitude de se promener là à pieds ou à vélo, « presque tous les jours », explique-t-il.
Pourquoi cette intervention ? Les circonstances ne sont pas encore claires : la famille et les témoins savent qu’une mère de famille a appelé les forces de l’ordre, après que Toufik se soit approché d’elle et de sa fille. « Vers 16h45, j’étais assise sur un banc avec une amie. Toufik est venu vers moi me saluer. Il m’a expliqué qu’une dame lui avait mis une claque », raconte Lucie, une témoin des faits, qui travaille à l’hôpital de Valence et promène souvent son fils dans ce parc.
« Pour les gens qui ne le connaissent pas, son approche peut être déroutante mais il ne faut pas être gêné par son handicap : Toufik dit bonjour à tout le monde, toujours avec respect », tente d’analyser Lucie, qui assure que Toufik a toujours été bienveillant et correct avec elle et son enfant. « Je lui ai dit qu’une claque, ce n’était pas normal. Mais Toufik était déjà passé à autre chose. On a discuté pendant une demie-heure, puis il a continué son tour à vélo, quand soudain, j’ai vu arriver des policiers qui l’ont poussé du vélo. »
« Toufik, au sol, criait de douleur »
C’est à l’entrée du parc que le déchaînement de violences décrit par Toufik et plusieurs témoins commence alors. Là, un skatepark et une aire de jeux pour enfants encadrent de part et d’autre une allée boisée. Lorsque les forces de l’ordre interviennent, en ce vendredi soir d’avril, le parc est rempli de monde. De nombreux témoins assistent donc à la scène. Onze attestations ont été produites et consultées par Basta!.
Plusieurs décrivent Toufik maintenu à terre « par quatre policiers », alors que le jeune homme « est inoffensif et surtout lourdement handicapé », précise l’une d’elles. Lucie voit les policiers s’appuyer avec leurs genoux sur son dos, ce qui pourrait correspondre à la technique du plaquage ventral, dont les risques sont largement documentés. Au moins un policier aurait placé son genou au niveau de son cou, l’empêchant de respirer, selon Toufik et des témoins.
Les coups reçus cassent l’un de ses appareils auditifs, et envoient valser l’autre loin dans les buissons – la famille ne le retrouvera que deux jours plus tard. « Je les aussi ai vu traîner son visage contre le sol », ajoute Lucie. « C’était inhumain. Même à un chien, on ne fait pas ça. Mon fils était là avec moi, on était sous le choc. ».
« Toufik, au sol, criait de douleur. J’ai moi-même tenté de dire au policier en face de moi qu’il était handicapé. Toufik ne pouvait plus respirer. J’ai vu un des policiers lui mettre un grand coup de poing dans le dos », décrit Francis, la cinquantaine et commerçant à Portes-les-Valence. Ce grand homme à l’air jovial, la voix tonitruante, vient sonner au portail le jour de notre visite à la famille, pour leur apporter de nouveau son soutien.
Car Toufik est bien connu dans la commune. Tous les témoins décrivent un jeune homme « très agréable », « respectueux », « poli », « très apprécié dans le secteur », qui « dit bonjour à tout le monde » avec « gentillesse » et n’a « jamais eu de comportement déplacé » ni avec les enfants ni avec les adultes.
40 heures de garde-à-vue, « sans rien entendre ni comprendre »
Dès que Toufik est mis à terre, plusieurs personnes comme Francis s’empressent de signaler son handicap à la police. Dans une vidéo filmée de l’arrestation et consultée par Basta!, des enfants s’indignent de voir cet homme en situation de handicap maintenu ainsi à terre. Plusieurs témoins racontent également qu’un policier debout, avec une bombe lacrymogène dans la main, a empêché l’attroupement de s’approcher et de filmer davantage.
Youcef, le père de Toufik, est le premier de ses proches à arriver sur place. Quand il revit la scène, l’allure droite, ses yeux se plantent dans ceux de son interlocuteur. « Ils se sont défoulés sur lui. Un agent de la brigade motorisé m’a dit « c’est moi qui l’ai frappé », alors que mon fils est reconnu handicapé à 80 %. » Meriem, la sœur jumelle de Toufik, rejoint son père au moment où les forces de l’ordre embarquent son frère dans un fourgon. « On m’a dit que je devais aller au commissariat pour parler avec la police », rapporte-t-elle d’une voix douce. Elle a juste le temps de voir un policier refermer la porte sur le pied de son jumeau. Toufik, lui, nous mime encore des coups dans la fourgonnette : « La police était méchante. La police me disait : tais-toi ! ».
Toufik reste 40 heures en garde-à-vue. « Je faisais des cauchemars. Je ne dormais pas. Il faisait tout noir », se souvient le jeune homme. Il est libéré dimanche matin, suite à l’expertise d’un médecin psychiatre, sollicité par le parquet, qui le juge inapte à la garde-à-vue. Le hasard a voulu que ce soit le médecin psychiatre de Toufik depuis son enfance qui ait été appelé. Dans ce laps de temps, la famille s’est déplacée au commissariat, dès le vendredi soir, pour alerter sur son handicap et demander à le voir. Peine perdue. « À ce moment-là, on ne savait même pas que ses appareils auditifs étaient cassés et perdus. Il ne devait rien entendre, rien comprendre », s’attristent ses proches.
« L’expertise psychiatrique a conclu que ce client était irresponsable pénalement du fait de son handicap de sorte que la garde-à-vue n’avait plus d’intérêt et a été levée », précise l’avocat de la famille, Romaric Chateau. La famille tente de déposer plainte au commissariat dès le vendredi soir contre ces violences, quelques heures après l’interpellation. Elle assure avoir essuyé un refus net de la part des agents de prendre la plainte.
La version policière diffusée dans la presse locale en pleine garde-à-vue
La famille, encore sous le choc, a porté plainte le 29 avril auprès du procureur de la République de Valence pour violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique et atteinte aux droits fondamentaux d’une personne handicapée. « On estime que les violences utilisées par les policiers sont totalement disproportionnée. Il est handicapé, malentendant et ses appareils auditifs lui ont été enlevé donc il est complètement déboussolé et ne peut pas réagir en étant violent. On ne comprend pas ces violences dont il a été victime », résume Romaric Chateau.
L’IGPN est également saisi par le conseil de la famille. Dans un courrier du 30 avril, le directeur territorial de l’association APF France Handicap apporte son « attention particulière » à la situation de Toufik, au nom de la défense des droits des personnes en situation de handicap « en particulier celles en situation de vulnérabilité ». Et encourage la famille à saisir également le Défenseur des droits.
Sollicité sur les suites qu’il compte donner à la plainte de la famille, le procureur de la République de Valence n’a pas souhaité nous répondre, mettant en doute notre qualité de journaliste avant d’affirmer que le « parquet réserve son attention et ses réponses aux conseils et justiciables qui le saisissent ».
Pourtant, au cours de sa garde-à-vue, la presse locale s’est fait le relais de la version préfectorale. Un premier article est paru dès le samedi matin, après la première nuit de garde-à-vue de Toufik, dans Ici (ex-France Bleu). L’article indique que Toufik aurait « mordu un policier » lors de son arrestation, après avoir « abordé deux enfants de 7 et 9 ans, avant de s’en prendre à leur mère ». Un second article suit le même jour, cette fois dans Le Dauphiné Libéré. Il est titré : « Ce déferlement de violence est inadmissible ». Il ne désigne pas l’action policière… Mais bien Toufik.
Le secrétaire départemental du syndicat Alliance Drôme lui-même y donne sa version des faits. Alors même que Toufik est encore en garde-à-vue, et que la famille n’a aucune information à son sujet. « Cet individu a pris violemment à partie les policiers. Il est allé jusqu’à en frapper plusieurs et a mordu l’un d’entre eux jusqu’au sang ! », affirme le responsable syndical. Cinq jours d’arrêt de travail mais aucune incapacité temporaire de travail (ITT) n’a été délivrée au policier concerné, selon la presse locale.
La famille a également porté plainte pour diffamation publique, suite à ces articles. Ceux-ci proviennent « forcément de la communication des services de police et des services du parquet, puisqu’il n’y a qu’eux qui ont accès à la procédure », épingle l’avocat Romaric Chateau. Qui ajoute qu’une morsure, « généralement, c’est plutôt un acte de défense : on vous prend la tête vous vous débattez, vous mordez. Mais pour l’instant je n’ai pas accès au dossier », pour faire la lumière sur ces circonstances.
Aucune charge retenue, mais des séquelles graves
Toufik ne fait l’objet d’aucune poursuite suite à sa garde-à-vue. Aucune plainte n’a été portée à la connaissance de la famille. La préfecture n’a pas, pour l’heure, répondu à nos questions.
En revanche, les séquelles physiques et psychologiques qu’il en garde sont durables. Un arrêt de travail de huit jours lui est délivré à sa sortie, ainsi qu’une ITT de six jours. Des certificats médicaux attestent de contusions au visage, aux épaules ; d’hématomes aux pectoraux, au bras ; de griffures aux poignets, au thorax, aux genoux ; et d’une dent cassée. Toufik nous la montre du doigt, en première ligne de son sourire. Dans sa chambre, une fenêtre ouverte sur un balcon donne de l’air à la pièce. Le décor est simple : un lit collé au mur, un grand écran et une confortable chaise pour jouer à ses jeux vidéos préférés sur la Playstation. Le jeune homme commence tout juste à accepter de ressortir de chez lui. Plus jamais seul, toujours accompagné.
Les médecins l’ont noté dans leurs certificats : « Anxiété », « appréhension anticipatoire », « peur de sortir ». Au rez-de-chaussée, Walid, son petit frère, confie avoir vu le changement chez son frère. D’ordinaire enjoué, Toufik est devenu « souvent pensif, le visage grimaçant. Il a tout le temps peur, aussi. Il sursaute dès que j’entre dans sa chambre. »
Derrière lui, des photos montrent la famille soudée, en haut d’une montagne de la vallée de la Vanoise. Dans ce salon lumineux, parfaitement rangé, trône un piano blanc. C’est celui de Meriem, qui y a inscrit soigneusement, sur chaque touche, la note correspondante. La mère de Toufik, pilier de l’unité de la famille, apparaît discrètement dans un coin de cette grande pièce calme. Quand on lui demande ce qu’elle attend de la justice, elle balaie de la main : « Moi, tout ce qui m’importe, c’est que j’ai retrouvé mon fils vivant ». Sa paume sur le cœur et ses yeux brillants suffisent à raconter l’angoisse qui l’a étreint pendant les 40 heures de garde-à-vue sans nouvelles de son fils. « Je savais juste qu’il avait été emmené en sang là-bas. On a entendu tellement d’histoires comme celles-là… »
Pour ses premières sorties, la mère de Toufik l’a accompagné à la fête foraine de la commune. Il y ont croisé la police municipale de Portes-lès-Valence. « En les voyant, mon fils s’est recroquevillé d’un coup, ce qui ne lui arrivait jamais. D’habitude, il leur dit bonjour : les policiers municipaux le connaissent très bien, il va même prendre le café dans leurs bureaux ». Mise au courant des faits, une agente l’a rassurée : « Elle répétait : c’est moi Toufik, c’est moi, et elle l’a pris dans les bras à la fin. »
Toufik recommence aussi à se rendre dans les locaux du GEM (groupe d’entraide mutuelle) éCLAIR, une association proposant des activités en journée aux personnes avec cérébro-lésions. Dans un courrier de soutien à la famille, la responsable GEM éCLAIR décrit un homme « plein de bonne volonté, heureux de partager du temps avec ses pairs » et qui n’a jamais fait preuve « d’agressivité ou de violence ». Le jour où il est revenu dans leurs locaux, accompagné par ses parents, ses camarades lui avaient préparé un goûter d’accueil. Avec un éducateur du centre, Toufik a commencé à mettre en mots, par le théâtre, ce qui lui est arrivé.

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