28.05.2026

Un homme en situation de handicap a subi une interpellation policière violente fin avril, dans la Drôme. Malgré les alertes de témoins sur son handicap, il a été placé en garde-à-vue pendant 40h, puis libéré sans poursuite. La famille a porté plainte auprès du parquet de Valence.
Autour de la table sur la terrasse, entourée de colonnes blanches et baignée par le soleil, tous les visages de la famille se concentrent sur un seul d’entre eux : celui de Toufik, 34 ans. Le jeune homme en situation de handicap, autiste, atteint d’une atrophie cérébrale et de surdité, cherche ses mots. Ses proches hochent la tête pour l’encourager. L’habituel sourire immense de Toufik a disparu : il fronce les sourcils pour mieux convoquer ses souvenirs, encore vifs. « Je me promenais dans le parc et là… » – il mime à ses poignets des menottes. « La police… Ils m‘ont traîné. J’ai eu peur. Je criais, je pleurais. Frappé ici, ici, ici » – il désigne la tête, les épaules, le dos. « Je ne pouvais plus respirer », mime-t-il encore, les mains sur la gorge.
Alors qu’il se baladait à vélo dans un parc de la commune de Portes-lès-Valence, au sud de Valence, Toufik est interpellé par les forces de l’ordre vers 17h15, le vendredi 24 avril. D’après les témoins et la presse locale, il pourrait s’agir de la brigade motorisée de gendarmes de Valence accompagnée de la police nationale de Valence. Toufik a l’habitude de se promener là à pieds ou à vélo, « presque tous les jours », explique-t-il.
Pourquoi cette intervention ? Les circonstances ne sont pas encore claires : la famille et les témoins savent qu’une mère de famille a appelé les forces de l’ordre, après que Toufik se soit approché d’elle et de sa fille. « Vers 16h45, j’étais assise sur un banc avec une amie. Toufik est venu vers moi me saluer. Il m’a expliqué qu’une dame lui avait mis une claque », raconte Lucie, une témoin des faits, qui travaille à l’hôpital de Valence et promène souvent son fils dans ce parc.
« Pour les gens qui ne le connaissent pas, son approche peut être déroutante mais il ne faut pas être gêné par son handicap : Toufik dit bonjour à tout le monde, toujours avec respect », tente d’analyser Lucie, qui assure que Toufik a toujours été bienveillant et correct avec elle et son enfant. « Je lui ai dit qu’une claque, ce n’était pas normal. Mais Toufik était déjà passé à autre chose. On a discuté pendant une demie-heure, puis il a continué son tour à vélo, quand soudain, j’ai vu arriver des policiers qui l’ont poussé du vélo. »
« Toufik, au sol, criait de douleur »
C’est à l’entrée du parc que le déchaînement de violences décrit par Toufik et plusieurs témoins commence alors. Là, un skatepark et une aire de jeux pour enfants encadrent de part et d’autre une allée boisée. Lorsque les forces de l’ordre interviennent, en ce vendredi soir d’avril, le parc est rempli de monde. De nombreux témoins assistent donc à la scène. Onze attestations ont été produites et consultées par Basta!.
Plusieurs décrivent Toufik maintenu à terre « par quatre policiers », alors que le jeune homme « est inoffensif et surtout lourdement handicapé », précise l’une d’elles. Lucie voit les policiers s’appuyer avec leurs genoux sur son dos, ce qui pourrait correspondre à la technique du plaquage ventral, dont les risques sont largement documentés. Au moins un policier aurait placé son genou au niveau de son cou, l’empêchant de respirer, selon Toufik et des témoins.
Les coups reçus cassent l’un de ses appareils auditifs, et envoient valser l’autre loin dans les buissons – la famille ne le retrouvera que deux jours plus tard. « Je les aussi ai vu traîner son visage contre le sol », ajoute Lucie. « C’était inhumain. Même à un chien, on ne fait pas ça. Mon fils était là avec moi, on était sous le choc. ».
« Toufik, au sol, criait de douleur. J’ai moi-même tenté de dire au policier en face de moi qu’il était handicapé. Toufik ne pouvait plus respirer. J’ai vu un des policiers lui mettre un grand coup de poing dans le dos », décrit Francis, la cinquantaine et commerçant à Portes-les-Valence. Ce grand homme à l’air jovial, la voix tonitruante, vient sonner au portail le jour de notre visite à la famille, pour leur apporter de nouveau son soutien.
Car Toufik est bien connu dans la commune. Tous les témoins décrivent un jeune homme « très agréable », « respectueux », « poli », « très apprécié dans le secteur », qui « dit bonjour à tout le monde » avec « gentillesse » et n’a « jamais eu de comportement déplacé » ni avec les enfants ni avec les adultes.
40 heures de garde-à-vue, « sans rien entendre ni comprendre »
Dès que Toufik est mis à terre, plusieurs personnes comme Francis s’empressent de signaler son handicap à la police. Dans une vidéo filmée de l’arrestation et consultée par Basta!, des enfants s’indignent de voir cet homme en situation de handicap maintenu ainsi à terre. Plusieurs témoins racontent également qu’un policier debout, avec une bombe lacrymogène dans la main, a empêché l’attroupement de s’approcher et de filmer davantage.
Youcef, le père de Toufik, est le premier de ses proches à arriver sur place. Quand il revit la scène, l’allure droite, ses yeux se plantent dans ceux de son interlocuteur. « Ils se sont défoulés sur lui. Un agent de la brigade motorisé m’a dit « c’est moi qui l’ai frappé », alors que mon fils est reconnu handicapé à 80 %. » Meriem, la sœur jumelle de Toufik, rejoint son père au moment où les forces de l’ordre embarquent son frère dans un fourgon. « On m’a dit que je devais aller au commissariat pour parler avec la police », rapporte-t-elle d’une voix douce. Elle a juste le temps de voir un policier refermer la porte sur le pied de son jumeau. Toufik, lui, nous mime encore des coups dans la fourgonnette : « La police était méchante. La police me disait : tais-toi ! ».
Toufik reste 40 heures en garde-à-vue. « Je faisais des cauchemars. Je ne dormais pas. Il faisait tout noir », se souvient le jeune homme. Il est libéré dimanche matin, suite à l’expertise d’un médecin psychiatre, sollicité par le parquet, qui le juge inapte à la garde-à-vue. Le hasard a voulu que ce soit le médecin psychiatre de Toufik depuis son enfance qui ait été appelé. Dans ce laps de temps, la famille s’est déplacée au commissariat, dès le vendredi soir, pour alerter sur son handicap et demander à le voir. Peine perdue. « À ce moment-là, on ne savait même pas que ses appareils auditifs étaient cassés et perdus. Il ne devait rien entendre, rien comprendre », s’attristent ses proches.
« L’expertise psychiatrique a conclu que ce client était irresponsable pénalement du fait de son handicap de sorte que la garde-à-vue n’avait plus d’intérêt et a été levée », précise l’avocat de la famille, Romaric Chateau. La famille tente de déposer plainte au commissariat dès le vendredi soir contre ces violences, quelques heures après l’interpellation. Elle assure avoir essuyé un refus net de la part des agents de prendre la plainte.
La version policière diffusée dans la presse locale en pleine garde-à-vue
La famille, encore sous le choc, a porté plainte le 29 avril auprès du procureur de la République de Valence pour violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique et atteinte aux droits fondamentaux d’une personne handicapée. « On estime que les violences utilisées par les policiers sont totalement disproportionnée. Il est handicapé, malentendant et ses appareils auditifs lui ont été enlevé donc il est complètement déboussolé et ne peut pas réagir en étant violent. On ne comprend pas ces violences dont il a été victime », résume Romaric Chateau.
L’IGPN est également saisi par le conseil de la famille. Dans un courrier du 30 avril, le directeur territorial de l’association APF France Handicap apporte son « attention particulière » à la situation de Toufik, au nom de la défense des droits des personnes en situation de handicap « en particulier celles en situation de vulnérabilité ». Et encourage la famille à saisir également le Défenseur des droits.
Sollicité sur les suites qu’il compte donner à la plainte de la famille, le procureur de la République de Valence n’a pas souhaité nous répondre, mettant en doute notre qualité de journaliste avant d’affirmer que le « parquet réserve son attention et ses réponses aux conseils et justiciables qui le saisissent ».
Pourtant, au cours de sa garde-à-vue, la presse locale s’est fait le relais de la version préfectorale. Un premier article est paru dès le samedi matin, après la première nuit de garde-à-vue de Toufik, dans Ici (ex-France Bleu). L’article indique que Toufik aurait « mordu un policier » lors de son arrestation, après avoir « abordé deux enfants de 7 et 9 ans, avant de s’en prendre à leur mère ». Un second article suit le même jour, cette fois dans Le Dauphiné Libéré. Il est titré : « Ce déferlement de violence est inadmissible ». Il ne désigne pas l’action policière… Mais bien Toufik.
Le secrétaire départemental du syndicat Alliance Drôme lui-même y donne sa version des faits. Alors même que Toufik est encore en garde-à-vue, et que la famille n’a aucune information à son sujet. « Cet individu a pris violemment à partie les policiers. Il est allé jusqu’à en frapper plusieurs et a mordu l’un d’entre eux jusqu’au sang ! », affirme le responsable syndical. Cinq jours d’arrêt de travail mais aucune incapacité temporaire de travail (ITT) n’a été délivrée au policier concerné, selon la presse locale.
La famille a également porté plainte pour diffamation publique, suite à ces articles. Ceux-ci proviennent « forcément de la communication des services de police et des services du parquet, puisqu’il n’y a qu’eux qui ont accès à la procédure », épingle l’avocat Romaric Chateau. Qui ajoute qu’une morsure, « généralement, c’est plutôt un acte de défense : on vous prend la tête vous vous débattez, vous mordez. Mais pour l’instant je n’ai pas accès au dossier », pour faire la lumière sur ces circonstances.
Aucune charge retenue, mais des séquelles graves
Toufik ne fait l’objet d’aucune poursuite suite à sa garde-à-vue. Aucune plainte n’a été portée à la connaissance de la famille. La préfecture n’a pas, pour l’heure, répondu à nos questions.
En revanche, les séquelles physiques et psychologiques qu’il en garde sont durables. Un arrêt de travail de huit jours lui est délivré à sa sortie, ainsi qu’une ITT de six jours. Des certificats médicaux attestent de contusions au visage, aux épaules ; d’hématomes aux pectoraux, au bras ; de griffures aux poignets, au thorax, aux genoux ; et d’une dent cassée. Toufik nous la montre du doigt, en première ligne de son sourire. Dans sa chambre, une fenêtre ouverte sur un balcon donne de l’air à la pièce. Le décor est simple : un lit collé au mur, un grand écran et une confortable chaise pour jouer à ses jeux vidéos préférés sur la Playstation. Le jeune homme commence tout juste à accepter de ressortir de chez lui. Plus jamais seul, toujours accompagné.
Les médecins l’ont noté dans leurs certificats : « Anxiété », « appréhension anticipatoire », « peur de sortir ». Au rez-de-chaussée, Walid, son petit frère, confie avoir vu le changement chez son frère. D’ordinaire enjoué, Toufik est devenu « souvent pensif, le visage grimaçant. Il a tout le temps peur, aussi. Il sursaute dès que j’entre dans sa chambre. »
Derrière lui, des photos montrent la famille soudée, en haut d’une montagne de la vallée de la Vanoise. Dans ce salon lumineux, parfaitement rangé, trône un piano blanc. C’est celui de Meriem, qui y a inscrit soigneusement, sur chaque touche, la note correspondante. La mère de Toufik, pilier de l’unité de la famille, apparaît discrètement dans un coin de cette grande pièce calme. Quand on lui demande ce qu’elle attend de la justice, elle balaie de la main : « Moi, tout ce qui m’importe, c’est que j’ai retrouvé mon fils vivant ». Sa paume sur le cœur et ses yeux brillants suffisent à raconter l’angoisse qui l’a étreint pendant les 40 heures de garde-à-vue sans nouvelles de son fils. « Je savais juste qu’il avait été emmené en sang là-bas. On a entendu tellement d’histoires comme celles-là… »
Pour ses premières sorties, la mère de Toufik l’a accompagné à la fête foraine de la commune. Il y ont croisé la police municipale de Portes-lès-Valence. « En les voyant, mon fils s’est recroquevillé d’un coup, ce qui ne lui arrivait jamais. D’habitude, il leur dit bonjour : les policiers municipaux le connaissent très bien, il va même prendre le café dans leurs bureaux ». Mise au courant des faits, une agente l’a rassurée : « Elle répétait : c’est moi Toufik, c’est moi, et elle l’a pris dans les bras à la fin. »
Toufik recommence aussi à se rendre dans les locaux du GEM (groupe d’entraide mutuelle) éCLAIR, une association proposant des activités en journée aux personnes avec cérébro-lésions. Dans un courrier de soutien à la famille, la responsable GEM éCLAIR décrit un homme « plein de bonne volonté, heureux de partager du temps avec ses pairs » et qui n’a jamais fait preuve « d’agressivité ou de violence ». Le jour où il est revenu dans leurs locaux, accompagné par ses parents, ses camarades lui avaient préparé un goûter d’accueil. Avec un éducateur du centre, Toufik a commencé à mettre en mots, par le théâtre, ce qui lui est arrivé.

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28.03.2026

14 mars 2026, Grenoble : un supporter fracassé au visage

(…) Les Red Kaos, groupe de supporters Grenoblois, ont annoncé sur les réseaux sociaux porter plainte contre la police. Dans un communiqué, ils dénoncent « une violence brutale et disproportionnée » alors « que les supporters des deux camps se repliaient ». Selon l’avocat de la victime, sa blessure aurait nécessité plus de 70 points de suture sur le visage. Les coups portés ont été tellement violents qu’un bout de chair lui pendait du nez… Le seul blessé grave de cette après-midi là est le fait de la police, pas de la bagarre que la police prétendait empêcher.


Noisiel, 16 mars : déferlement de violences racistes

(…) On y voyait un policier s’exclamer dans la rue : «Vous voulez jouer ? On va vous enc*ler !» C’est ensuite un déferlement de violences aussi extrêmes que gratuites. Des policiers hurlent, armes au poing, sur des passants. Un tir de LBD part aux cris de «lève toi».

Puis un homme subit un lynchage. Un agent lui crie de courir, avant de tenter de lui mettre une balayette, un autre le met en joue au LBD. L’homme est plaqué au sol et immédiatement tabassé. Une grenade lacrymogène se déclenche au niveau de sa tête, pouvant occasionner de graves blessures. Il est traîné au sol, inanimé. La vidéo s’arrête là.

(…) Ce soir là, trois mineurs de 15 ans ont aussi été placés en garde à vue. L’un d’eux est celui qui reçoit un tir de LBD dans la vidéo. Il est lui aussi tabassé au sol à coup de pieds par un policier. Sa sœur, Meliane explique : « Il a ensuite essayé de courir. On lui a dit : ‘Arrête-toi’. Il s’est arrêté immédiatement, il a mis les mains en l’air. On lui a tiré dessus avec un flashball, il s’est fait menotter et ensuite il s’est pris des coups de pied », rapporte-t-elle. La jeune femme assure qu’il a été hospitalisé 24 heures à la suite de cette interpellation. Il a aussi été victime d’insultes racistes : « Il s’est fait traiter de ‘sale bougnoule, sale n***’ ».

(…) Enfin, un autre homme, Bader Ibrahim, qui était présent sur les lieux, se dit recherché par la police qui veut le « faire taire ». Il a expliqué au journal l’Humanité avoir « peur ».


21 Mars, Vitry-sur-Seine : passé à tabac pour un barbecue

(…) Ce sont des adolescents de 16 et 17 ans pour la plupart. Vers 21h, la soirée vire au cauchemar : ils vont être victimes d’une descente punitive de police.

Plusieurs d’entre eux sont poursuivis et coursés par les policiers, certains frappés. Adel, 17 ans se retrouve coincé dans un hall d’immeuble. Menotté, il est frappé par plusieurs policiers et reçoit une décharge de pistolet électrique. C’est une maman du quartier qui s’interpose en filmant la scène. « Ferme ta gueule, tu vas mourir ce soir sale arabe ». Ce sont les mots menaçant et racistes d’un agent assermenté de l’État. Sans l’intervention du voisinage, Adel serait-il mort tabassé par la police ? Malgré ses blessures lourdes, et son admission à l’hôpital, le jeune homme sera placé en garde à vue par les fonctionnaires de police. Il y a derrière les images de blessures un enfant, une famille, des vies.


22 mars, Rilleux-la-Pape : morsure de chien policier à la gorge

Ce dimanche, lors d’un contrôle, un chien policier démuselé a été lâché sur un jeune homme de 16 ans, qui a été mordu à la gorge. Des vidéos montrent les traces de crocs des deux côté de son cou, dont une enfoncée profondément près de la carotide. Les médecins ont expliqué à la famille qu’à 2 centimètres près, il serait sans doute mort. Les habitants dénoncent un climat détestable dans cette commune, avec une omniprésence policière et des violences répétées, notamment de la police municipale.

(…) Cette fois-ci, le maire raconte que « la laisse du chien cède » et que « l’animal est alors frappé au visage ». Sauf qu’une vidéo montre la scène : des jeunes en bas d’une tour, encerclés par des policiers municipaux agressifs équipés de lampes, et un agent de police qui tire le chien d’attaque vers lui, détache sa laisse et sa muselière, avant que le canidé ne saute sur le jeune, suivi d’un gazage, de coups et d’une mêlée générale.


11 mars Ivry-sur-Seine : un homme handicapé frappé chez lui

Cette affaire a eu lieu durant une perquisition. Ce matin là, la police débarque dans un appartement pour interpeller quelqu’un qui n’était pas sur-place. Pour rien donc. Et plutôt que de repartir, elle en profite pour tabasser un jeune homme de 24 ans soufrant d’un handicap mental lourd. Il est dans un état grave, son oreille a été partiellement découpée. Il s’appelle Islam M., et ne peut pas s’exprimer sur ce qu’il a subi.

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