09.07.2026

Dans la nuit du 12 mars 2024, Samba, Sénégalais de 29 ans en détresse psychologique, est abattu de quatre balles par des policiers de Wattignies, en banlieue de Lille. Deux ans après, StreetPress revient sur une opération non préparée et démesurée.
Lille, 27 mars 2024 – Dans le crépuscule du Nord, face à la préfecture, une centaine de silhouettes se rassemblent à petits pas autour d’un long drap blanc au message acéré :
« La police tue, stop au massacre ! »
Elles sont venues rendre hommage à Samba Dior Diagne alias « Papi », tué deux semaines plus tôt de quatre balles dans la poitrine tirées par deux policiers de la BAC. Selon le parquet, l’informaticien de 29 ans, était traversé par un épisode de psychose au moment des faits, il était porteur d’un couteau dans son appartement. Ses colocataires, apeurés, ont appelé la police. Pour l’interpeller, les policiers ont tenté de tirer au taser puis au LBD, des tentatives ratées, avant de faire feu à quatre reprises. La famille du défunt a déposé plainte contre les policiers. Ça faisait un an que Samba était informaticien à Lille (59). Son employeur l’avait fait venir depuis Dakar au Sénégal. Suite à une diminution de l’activité de l’entreprise et une rupture conventionnelle, « Papi » organisait son retour au Sénégal. Il vivait en coloc’ au sixième étage d’un immeuble à Wattignies, une ville en banlieue sud de Lille. Avec le dossier judiciaire que nous nous sommes procuré, StreetPress retrace la soirée et cette opération manquée.
Des policiers désorganisés
Samba est agité ce soir-là, il pousse des cris dans le salon, un couteau de cuisine à la main. Il parle de voleurs qui veulent le menacer. La vidéo de la caméra-piéton d’un des policiers permet de retracer les faits minute par minute. Selon l’avocat de la famille, maître Brengarth, « l’appartement était plongé dans l’obscurité, on ne voit pas grand-chose mais on a le son et cela aide à se rendre compte du déroulement des évènements. »
Quand la police-secours se présente sur le palier, le premier colocataire, Mattéo (1), sort immédiatement de l’appartement. Samba referme la porte à clé. La BAC, en renfort, arrive alors à joindre le deuxième colocataire, Armand (1), par téléphone. Celui-ci indique qu’il est retranché seul dans une chambre, en sécurité. Il envoie les clés de l’appartement à la police par la fenêtre. Toujours à la porte, Samba crie : « Ils sont où, les colocataires ? Ils sont partis sans moi ! » Alors que les agents s’apprêtent à entrer, Armand annonce par téléphone que Samba s’est isolé, lui aussi, dans une autre chambre.
Le commandant de l’opération ordonne d’entrer dans l’appartement, sans aucune consigne selon les agents auditionnés par l’IGPN. Ils déclarent ne pas avoir été informés par le commandant qu’Armand est bien seul. Auprès de l’inspection, les agents de la BAC indiquent qu’ils auraient dû y aller sans les autres unités – la pratique dans ce genre de situation – et que c’était à leur chef d’en décider. Malgré leur surnombre et sans réflexion de la hiérarchie, une quinzaine de policiers de toutes les brigades présentes s’engouffre en désordre dans l’appartement. La famille de Samba demande que le commandant, qui n’a étrangement pas été auditionné par l’IGPN, soit entendu par la justice, de même que les colocataires.
Précipitation et acharnement
Armand est rapidement retrouvé alors que huit agents s’entassent dans un couloir exigu devant la chambre de Samba, dont deux avec un bouclier. « On se marchait les uns sur les autres », dit l’un d’eux en audition. Sept coups de bélier retentissent. La porte cède : deux premiers agents utilisent leur taser contre Samba et le ratent, selon l’autopsie. Celui-ci est acculé, un couteau en main. Il recule et s’assied sur un lit. Le chef de la BAC dit alors à un agent armé d’un LBD d’entrer : il s’exécute et tire un coup, sans sommation, qui rate aussi Samba – toujours selon l’autopsie. Le tireur s’extrait de la chambre. Il est suivi par Samba : deux agents tirent quatre balles dans sa poitrine. « Papi » meurt rapidement.
Avant les détonations, des policiers ont pourtant trouvé Armand et crié à leurs collègues qu’il était à l’abri avant que ceux-ci n’enfoncent la porte de la chambre. « Est-ce la volonté de neutraliser Samba à tout prix qui les animait et les a empêchés d’être réceptifs à l’information que Samba était seul et que donc il ne pouvait être dangereux pour personne ? », pose maître Brengarth. Oumar Sabara représente la famille qui s’est constituée partie civile. Cet oncle de Samba est un travailleur de la prévention spécialisée, aujourd’hui à la retraite :
« Pour moi, cette intervention a été du grand n’importe quoi. En 40 ans d’expérience, combien de jeunes en crise j’ai dû rencontrer, combien de jeunes dits violents, je ne pourrais les compter. Et pourtant j’ai réussi avec la parole et le temps à les calmer et à les ramener à la raison. »
Le porteur de la caméra, auditionné par l’IGPN, doute du bon déroulé de leur opération. Il préconise d’interroger des moniteurs de tir ou le RAID. La famille souhaite une telle expertise. « On veut que justice soit rendue », confie Adama Diagne, la sœur de Samba, depuis Dakar :
« Le meurtre de Papi nous a détruits, meurtris. Depuis lors, on le pleure encore. »
Un homme calme, en détresse
« On ne compte plus les personnes qui nous ont appelés en disant que Papi leur avait rendu service un jour », ajoute Adama, en larmes. Samba a fait l’objet de nombreux témoignages de soutien : « Samba était une personne extrêmement pondérée, quelqu’un de très poli et bien éduqué », entend-on le jour de la marche blanche à Lille. « La première chose qu’on pouvait apercevoir, c’est son sourire. Partout où il passait, il dégageait des ondes positives. »
Ses amis indiquent à la presse sénégalaise qu’« il n’a jamais présenté de signes qui pouvaient faire penser qu’il souffrait de crise psychique ». Le soir du drame, Samba n’aurait donc pas été dans son état normal. Selon ses coloc’, il pense avoir affaire à des voleurs. Selon le dossier que StreetPress a pu consulter, alors que la police est devant la porte, il leur crie :
« Vous voulez me buter (…). Moi je suis malade, je ne peux pas bouger, j’attends la police, j’ai tout ce qu’il me faut. »
Juste avant leur entrée dans l’appartement, Samba crie aux flics : « Je ne comprends pas la situation, dites-moi ce que vous voulez ». Selon une enquête de StreetPress, les écoles de police ne fournissent qu’un module de deux heures sur les enjeux des « troubles mentaux » à destination des élèves gardiens de la paix.
« Hé, tu sors, tu mets tes mains en évidence, allonge-toi par terre », lui crie un policier devant la chambre. On peut aussi entendre un policier dire : « Il est habité par les démons et il voit des voleurs. » Des propos perçus par la famille comme « étant à caractère discriminatoire ». « Ayant déjà vécu en France auparavant, il n’aurait pas imaginé que les forces de l’ordre puissent en arriver à faire usage de leurs armes à son encontre », indique-t-elle à StreetPress. Les proches de Samba renchérissent :
« D’autres approches, notamment adaptées à une situation de détresse psychologique, auraient pu être privilégiées, en faisant appel à des méthodes d’intervention non-violentes ou à des professionnels compétents en matière de santé mentale. »
Awa Gueye a fait le déplacement depuis Rennes (35) pour la marche blanche en soutien à la famille du jeune sénégalais. Le 3 décembre 2015, son frère Babacar, lui aussi en décompensation psychique, a été tué dans des circonstances semblables. Elle scande, le poing levé vers le ciel : « Ni Samba, ni personne d’autre ne mérite de mourir des mains de policiers. Ils sont censés savoir maîtriser une personne qui ne va pas bien. ». Le recours aux armes létales par les forces de l’ordre est de plus en plus banalisé lors d’une confrontation à une personne traversée par un épisode de souffrance psychique. Au moins 11 personnes ont été tuées dans ces conditions en 2025 et autant en 2024.

(…)

Questionné sur ces faits, ni le parquet de Lille, ni la com’ de la police ou le ministère de l’Intérieur n’ont répondu à nos questions. En juillet 2024, le parquet avait indiqué à StreetPress que « les résultats de l’ensemble des investigations diligentées sont indispensables pour circonscrire très exactement les circonstances du décès de M. Diagne ».
(1) Les prénoms ont été modifiés.
Illustrations de Joseph Colban.

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Un détenu, décrit comme souffrant d’importants troubles psychiatriques, était déjà soumis à un régime de promenade isolée en raison de sa dangerosité.

(…)

De retour en cellule, la situation ne s’est pas apaisée. L’homme aurait poursuivi son agitation et défié le gradé présent dans le secteur. Les surveillants ont ensuite constaté qu’il avait caché plusieurs lames de rasoir dans sa bouche.
Face au danger et au caractère imprévisible de la situation, la décision a été prise d’intervenir. Les agents se sont préparés avant d’ouvrir la cellule, qui avait été barricadée par le détenu. Au moment de l’intervention, l’homme s’est porté un violent coup de lame au niveau de la gorge avant de s’effondrer au sol, victime d’une importante hémorragie.

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