05.03.2026

La journaliste Léane Alestra appelle à documenter systématiquement les dispositifs policiers et à rendre politiquement coûteuse la complicité avec des groupes comme Némésis ou Nous Vivrons.
Depuis 2019, le groupuscule identitaire Némésis tente d’imposer sa présence dans les manifestations féministes parisiennes. Trop marginal pour mobiliser seul, il parasite des cortèges massifs depuis #MeToo, entouré d’hommes issus des sphères néonazies chargés d’en assurer la protection.
Après le 7 octobre 2023, Nous Vivrons s’invite à son tour dans les mobilisations féministes en instrumentalisant les violences sexuelles commises par le Hamas au service d’une ligne inconditionnellement pro-israélienne. Le 8 mars 2024, le groupe défile avec une cinquantaine d’hommes cagoulés et armés constituant un service d’ordre menaçant. Pour la première fois, des hommes armés occupent durablement l’espace d’une manifestation féministe.
Le 22 novembre 2024, Némésis et Nous Vivrons bénéficient d’un dispositif policier commun pour essayer d’infiltrer la marche contre les violences sexistes et sexuelles. En janvier 2025, Bruno Retailleau affiche publiquement son soutien à Némésis. Le 7 mars, il tente d’interdire la marche de nuit féministe ; l’interdiction est levée par la justice in extremis. Le lendemain, les manifestantes bloquent la place de la République pour refuser de défiler avec ces groupes, toujours protégés par des fourgons de CRS.
Le 22 novembre 2025 marque un nouveau seuil : plus d’une centaine de CRS et une cinquantaine d’agents de la brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M) tentent de garantir leur intégration. L’asymétrie étatique est par ailleurs particulièrement flagrante. Qui a déjà vu 150 CRS et 50 agents de la BRAV-M escorter un groupe antifasciste au milieu des néonazis du 9 mai ? Personne. Au contraire, le 9 mai dernier, la contre-manifestation antifasciste a été interdite, et les militant·es de gauche qui se rendaient au rassemblement d’extrême droite ont été nassé·es par la police pendant des heures.
Par Némésis et Nous Vivrons, l’objectif de l’État est donc clair : imposer de force, à grand renfort policier, des organisations racistes contre le mot d’ordre et le consentement des organisatrices. Il s’agit ainsi d’une police politique. En effet, depuis 2024, l’État avance à coups de bélier – un bélier qui frappe, revient, insiste, dans l’espoir de créer une brèche dans un des mouvements sociaux les plus dynamiques de notre période.
Mais, plus encore, le but est de broyer toute mobilisation sociale. C’est pourquoi les féministes nous avertissent depuis deux ans : ce qui est testé par l’État sur elles risque de devenir une procédure générale. Si le bélier s’installe ici, il frappera demain le 1er Mai, les mobilisations étudiantes, puis chaque espace où la rue échappe encore partiellement au contrôle du pouvoir.
Un bélier cherche une porte. Il exploite les failles, les divisions, les ambiguïtés. Celles du féminisme sont connues : la tentation d’un féminisme sécuritaire, la hiérarchisation raciale des violences, la tentation de la respectabilité institutionnelle…
Face à ces enjeux, la riposte doit être claire : exiger collectivement que les groupes Némésis et Nous Vivrons ne soient pas admis dans les manifestations féministes. En effet, rien ne les empêche d’organiser leurs propres rassemblements, avec leurs mots d’ordre, plutôt que d’investir des espaces qui s’opposent explicitement à leurs positions.
Mais il nous faut aussi documenter systématiquement les dispositifs policiers et rendre politiquement coûteuse la complicité d’un État qui escorte des organisations d’extrême droite. Et, surtout, être toujours plus nombreuses et nombreux aux rassemblements féministes. Puisque certes un cordon policier peut protéger un groupuscule ; mais il ne peut l’imposer à une marée compacte.
La Pride de juin dernier en a apporté la preuve. Lorsque le ministre de l’Intérieur a tenté d’imposer la présence du groupe pro-Zemmour Éros – qui qualifiait la marche des Fiertés de « marche des déchets » – l’unité des organisations et les 500 000 personnes dans la rue ont fait reculer la préfecture. Le dispositif était prêt mais il n’a pas été déployé, parce que le rapport de force l’a neutralisé.
À nous de décider si nous restons une porte ou si nous décidons de faire front, pour de bon.
Face à l’extrême droite, ne rien lâcher !
C’est pied à pied, argument contre argument qu’il faut combattre l’extrême droite. Et c’est ce que nous faisons chaque jour dans l’Humanité.
Face aux attaques incessantes des racistes et des porteurs de haine : soutenez-nous ! Ensemble, faisons entendre une autre voix dans ce débat public toujours plus nauséabond.
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MANIFESTATION CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES : LES MILITANTES D’EXTRÊME DROITE NÉMÉSIS ONT-ELLES ÉTÉ PROTÉGÉES PAR LA POLICE ?


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Extrait

Dans une vidéo du Média pour tous, le journaliste d’extrême droite Vincent Lapierre montre son «immersion chez les Némésis». Et filme comment le groupe de militantes a été abordé par les policiers, en amont de la manifestation. […] Le groupe en marche se fait ensuite approcher par les forces de l’ordre. Un policier leur demande : «Vous êtes un groupe de 60 personnes ? Vous comptez rejoindre la manif gare du Nord ? Ok.» Vincent Lapierre commente ensuite : «Donc là, les policiers ont proposé de passer par un autre endroit. Les filles sont escortées par la police, ça c’est cool.» […]Toutes semblent surprises : «Il y a un cortège entier de policiers qui nous rejoignent pour nous escorter, dit l’une d’entre elles. Je dois avouer que je ne sais pas trop ce qu’il se passe, c’est assez fou, ça nous est jamais arrivé jusqu’ici, on pensait qu’ils allaient nous empêcher de faire l’action mais en fait non, ils viennent pour nous aider, en tout cas assurer notre sécurité.»