Le barreau de Bordeaux et l’OIP ont saisi le tribunal administratif de Bordeaux pour demander des mesures urgentes face aux conditions de détention à la prison de Gradignan.
Surpopulation carcérale, détenus dormant au sol, cafards… Le tribunal administratif de Bordeaux s’est penché ce jeudi 16 juillet 2026 sur le dossier n°20605601 qui porte sur les conditions de détention au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. Saisi en référé-liberté par le barreau de Bordeaux et l’Observatoire international des prisons (OIP), le juge doit déterminer si la situation justifie d’ordonner en urgence des mesures pour mettre fin aux atteintes aux droits fondamentaux des détenus.
Un rapport accablant
Devant le juge, les quatre avocats représentant le barreau de Bordeaux et l’OIP se sont appuyés sur les recommandations en urgence publiées le 5 juin dernier par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), à l’issue d’un contrôle mené dans l’établissement en mars dernier.
Selon eux, la surpopulation carcérale, la vétusté des locaux et les conditions de détention portent gravement atteinte à la dignité des personnes incarcérées. « Le premier des problèmes relevés par la CGLPL est la surpopulation », ont-ils insisté devant le juge, estimant que le système carcéral est aujourd’hui « inhumain et défaillant ».
Au fil des plaidoiries, les avocats énumèrent les chiffres et les situations qu’ils jugent les plus préoccupants. Ils rappellent que la prison, construite dans les années 60 pour une capacité théorique de 622 places, accueille aujourd’hui près de 1 188 détenus.
Selon le rapport du CGLPL, 639 personnes vivent à trois dans une cellule et 213 dorment sur un matelas au sol dans des cellules de 9 m², soit environ 3 m² par personne. À cela s’ajoutent « des cafards [qui] circulent partout ». Un avocat déclare même que : « Certains détenus sont contraints de dormir avec du papier dans la bouche pour éviter d’avaler des cafards ».
En plus de cela, une avocate fait état de douches collectives « sans porte », ou encore d’une hausse de 96 % des violences entre détenus relevée par le CGLPL entre 2023 et 2025. « Quand tout le monde crie au scandale, l’urgence est là », lance un représentant du syndicat des avocats de France devant le juge qui prend des notes depuis le début de l’audience. Face à ce constat, la direction du centre pénitentiaire assure, elle, avoir déjà engagé plusieurs actions pour améliorer la situation.
La défense du centre pénitentiaire
Assis à l’avant de la salle d’audience, le directeur du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan a écouté pendant près d’une heure les critiques formulées contre son établissement avant de prendre la parole. Face au juge des référés, il ne cherche pas à minimiser la situation.
« Nous vivons une situation compliquée », reconnaît-il d’emblée, évoquant une prison confrontée à une « surpopulation carcérale grandissante ». Dans la salle, son constat tranche avec la ligne de défense habituelle d’une administration qui contesterait les faits. Le directeur l’admet : « C’est un bien triste constat qui a été dressé, je le partage. »
Pour répondre aux accusations portées par le barreau de Bordeaux et l’OIP, le directeur insiste sur les actions déjà engagées pour lutter contre l’insalubrité et la surpopulation qui touchent les locaux. Il évoque notamment la fermeture programmée du bâtiment A, régulièrement pointé du doigt pour son état de vétusté, ainsi que les 150 000 euros investis pour y réaliser des travaux.
Il assure également que la situation des détenus dormant sur des matelas au sol s’est améliorée ces dernières semaines : leur nombre serait passé de 216 au 29 juin à 168 au jour de l’audience. « Cette réalité, je ne la nie pas mais elle est combattue », affirme-t-il.
« On attend des petites choses concrètes »
Les demandes formulées par les avocats restent volontairement ciblées. Il ne s’agit pas de résoudre, à elles seules, la crise de la surpopulation carcérale. « On attend des petites choses concrètes : réparer des cellules, changer des ampoules, changer des fils électriques dénudés, faire en sorte que chaque détenu mange à sa faim », explique Marilou Séval, représentante de l’OIP.
Les requérants demandent notamment que soient prises des mesures pour répondre aux problèmes de malnutrition constatés dans l’établissement et garantir aux détenus des conditions de vie plus dignes.
Des demandes qui, selon les avocats eux-mêmes, « ne viendront pas solutionner le problème global de la surpopulation carcérale et des conditions indignes, mais elles pourront à leur niveau apporter un peu moins d’inconfort ».
S’il donne raison aux requérants, il pourra ordonner à l’administration pénitentiaire de mettre en place des mesures plus strictes. La décision a été mise en délibéré et doit être rendue d’ici la fin du mois de juillet 2026.
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