27.07.2026
Tirs de LBD, « cicatrice de six centimètres »… Alors que de nombreux affrontements avec les forces de l’ordre sont survenus suite à la victoire du club champion d’Europe pour la deuxième année consécutive, le 30 mai dernier, une douzaine de procédures judiciaires sont en cours concernant des violences policières à Paris.
Deux mois après le sacre du PSG en Ligue des champions, les accusations de violences policières continuent d’émerger. « J’ai perdu mon amour-propre et je pleure lorsque je me regarde », confie Sarah dans sa plainte, consultée par l’AFP. L’étudiante belge de 23 ans était « de passage avec une amie » à Paris pour « voir le match » le 30 mai. Sa vue est désormais oblitérée par « un glaucome » et des « points noirs ».
Le 16 juin, Sarah a raconté à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) comment la soirée « festive », avait été percutée, selon elle, par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) et s’était terminée « en sang » à l’hôpital. Sa plainte a déclenché l’ouverture d’une enquête, a révélé le média Blast.
Le 30 mai, des scènes de violence sont survenues dans la capitale et de nombreuses villes, avec un recours accru aux tirs de mortiers d’artifice, d’après les forces de l’ordre. Ces dernières « ont été soumises à des agressions systématiques », selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Un garçon est arrivé près de moi en courant, et a dit (…) : ‘C’est sûr elle est aveugle’
Sarah, plaignante
Tout était « calme », assure Sarah, quand elle est passée vers 1h du matin près du pont des Invalides, dans les beaux quartiers parisiens. À un passage piéton « bien éclairé », la Belge s’est « écroulée au sol sans comprendre ». « Un garçon est arrivé près de moi en courant, et a dit (…) : ‘C’est sûr elle est aveugle' ». Sarah raconte avoir alors « compris » que sa vue « était étrange », puis avoir « vu le sang ».
« Cinq ou six » policiers se sont approchés, lui conseillant « d’appeler les pompiers ». « Une policière a donné un spray et un bandage », affirme la plaignante. Deux, dont « le capitaine », lui communiquent leurs matricules. Un autre retire sa cagoule pour lui parler, lui proposant de l’eau. Mais aucun ne la secourt, relate-t-elle.
« Un deuxième CRS m’a enchaîné de coups de matraque dans la tête »
Une trentaine de minutes plus tard, vers 1h30 du matin, Ulysse, lui, rejoignait des amis pour fêter la victoire du PSG sur le canal Saint-Martin, dans le 10e arrondissement, lorsqu’il s’est retrouvé face à « un mur de CRS », dit-il à l’AFP. « Étant donné que nous n’avions rien à nous reprocher, nous n’avons pas bougé », explique Ulysse dans sa plainte déposée à l’IGPN, le 1er juin.
Encerclé, Ulysse, ébéniste de 24 ans qui préfère ne pas donner son patronyme, dit s’être pris un premier coup de matraque sur la tête. « Je suis tombé à terre et j’étais sonné une demi-seconde. Au moment où j’étais en train de me relever, un deuxième CRS m’a enchaîné de coups de matraque dans la tête », accuse-t-il. Les forces de l’ordre « m’ont laissé en sang », ajoute-t-il. Ulysse se rend à l’hôpital à pied. Il en ressortira avec une « cicatrice de six centimètres », stigmate de « sept points de suture ».
Sa plainte, révélée par Mediapart, dénonce des violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme. Comme celle de Sarah, qui porte aussi plainte pour non-assistance à personne en danger. « Je trouve choquant, deux mois après les faits, qu’on ne soit pas capable d’identifier et de placer » en garde à vue les mis en cause, a déploré auprès de l’AFP l’avocat de Sarah, Raphaël Kempf.
Le pénaliste y voit « une absence de volonté réelle » de poursuivre les policiers et dit attendre « avec impatience la désignation d’un juge d’instruction » pour que les investigations continuent avec « du contradictoire ».
Ulysse espère de son côté que sa plainte permettra « au moins » à l’IGPN de récupérer les vidéos de surveillance de la scène. Lui, qui se disait déjà méfiant à l’égard des policiers, les voit désormais comme un « danger ». « Je compte me tenir encore plus loin d’eux », mais « je ne vais pas m’arrêter de vivre », déclare le Parisien.
Dans la capitale, le parquet compte une douzaine de procédures concernant des violences policières. D’autres enquêtent aussi : celui de Bobigny, après la blessure à l’œil d’un adolescent de 13 ans, ou encore celui de Créteil, après la blessure à la tête d’un jeune de 14 ans à Fontenay-sous-Bois.
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