09.08.2026
Le maire soutient son agent
À Castelnau-le-Lez, un agent de la police municipale agresse violemment une femme qui se serait opposée à une verbalisation pour « dissimulation de visage » visant une femme de confession musulmane, malade.
Le 21 juillet 2026, aux environs de 14 h 50, Élise F. se trouvait à l’arrêt de tramway Notre-Dame-de-Sablassou, à Castelnau-le-Lez, dans l’Hérault. Elle était assise à côté d’une femme portant un voile ainsi qu’un masque chirurgical. Un agent de la police municipale s’est approché de cette dernière et lui a « indiqué qu’elle se trouvait en infraction dès lors que son visage n’était pas visible ». La femme lui a répondu qu’elle sortait d’une « consultation médicale », qu’elle était malade et que c’était pour cette raison qu’elle portait un masque.
L’agent lui a alors annoncé son intention de lui dresser une contravention d’un montant de 135 euros. Choquée, elle lui propose alors de lui montrer son ordonnance médicale, mais le policier ne juge pas nécessaire de la vérifier.
Élise F., qui assistait calmement à la scène, a trouvé incompréhensible la démarche des policiers municipaux. Elle a exprimé à plusieurs reprises que leur intervention lui semblait disproportionnée.
Sur la page officielle du ministère de la santé de la République française, Santé.fr, le gouvernement est très clair sur ce sujet : « le port d’un masque lorsqu’on présente des symptômes d’une infection respiratoire est un geste simple qui permet de protéger les autres. Les virus et les bactéries responsables de nombreuses maladies respiratoires se transmettent principalement par les particules émises lorsque nous toussons, éternuons ou parlons. La transmission peut également se faire indirectement par les mains, après avoir touché des surfaces contaminées puis son visage. Porter un masque chirurgical lorsque l’on est malade permet de limiter la diffusion de ces particules infectieuses et de réduire le risque de contaminer son entourage, en particulier les personnes les plus vulnérables ».
Une autre femme, qui finira par être violemment interpellée, choquée par l’attitude des policiers, décide alors d’intervenir. France 3 Occitanie, qui semble relayer la version des policiers et de la mairie sans la vérifier, rapporte les événements ainsi :
«La tentative d’interpellation a débuté sur le quai du tramway de Notre-Dame-de-Sablassou. Les policiers abordent une femme au visage totalement dissimulé pour lui rappeler qu’il est interdit de cacher son visage sur la place publique. Assise à côté, une jeune femme, celle que l’on voit sur la vidéo, invective les policiers. « Vous n’avez vraiment que ça à foutre ! Il y a des violeurs dehors et vous n’avez que ça à faire ! Allez-y les Français, réveillez-vous ! ».
Les policiers lui demandent alors de décliner son identité, ce qu’elle refuse. Le tram en direction de Jacou arrive alors. La jeune femme serait alors entrée dans la rame de tram en courant.__ »
En réalité, il ne s’agissait pas d’une femme « au visage totalement dissimulé », mais d’une femme de confession musulmane portant un masque chirurgical. Concernant l’autre femme, qui aurait déplu aux policiers municipaux, selon les témoignages que Reflets a pu consulter, ces derniers ne lui demandent pas simplement de décliner son identité : ils déclenchent un contrôle d’identité, ce qui est très différent d’un relevé d’identité.
La police municipale ne peut pas, sauf en présence d’un officier de police judiciaire, procéder à des contrôles d’identité. Dans le cadre de ses missions, elle peut en revanche effectuer un relevé d’identité, c’est-à-dire demander le nom, le prénom et l’adresse de la personne concernée.
À la suite de la remarque « vous n’avez vraiment que ça à foutre ! Il y a des violeurs dehors et vous n’avez que ça à faire ! Allez-y les Français, réveillez-vous ! », l’un des agents lui a demandé de « présenter une pièce d’identité », confirme à Reflets Élise F.
La jeune femme a répondu qu’elle n’en avait pas sur elle. L’agent lui a alors demandé de le suivre au poste de police, ce qu’elle a refusé.
À ce moment-là, explique Élise F., le tramway est arrivé en station. « La jeune femme est montée à bord. Je suis montée également. »
Les événements se sont ensuite déroulés à l’intérieur du tramway, alors que celui-ci était encore à l’arrêt.
« J’ai vu le policier municipal saisir la jeune femme afin de procéder à son interpellation. J’ai ensuite vu le policier effectuer plusieurs clés de bras, puis exercer des pressions avec son genou au niveau de son ventre et de ses cuisses afin de lui passer les menottes. J’ai entendu la jeune femme crier de douleur. »
L’interpellation s’est déroulée sous les yeux des voyageurs présents dans la rame.
« Il y avait des gens dans le tram qui pleuraient. »
La scène a profondément marqué les personnes présentes. Plusieurs jeunes passagères se sont mises à pleurer face à la violence de l’interpellation à laquelle elles assistaient.
Vidéo tournée dans le tram par un témoin de la scène – Facebook.
Comme la vidéo le confirme, un second policier municipal regarde sans intervenir. Selon Élise F., celui s’exprimait d’une voix calme et semblait tenter d’apaiser la situation, sans parvenir à calmer son collègue ni à faire retomber la tension.
Après lui avoir passé les menottes, les policiers ont fait descendre la jeune femme du tramway avant de l’emmener à bord d’un véhicule de la police municipale.
Trois jeunes filles, qui ont assisté à la scène, se sont rendues à la gendarmerie le jour même pour faire part de leur émotion, sans déposer plainte. Elles affirment qu’un gendarme les a mises en garde contre la diffusion de la vidéo et leur aurait demandé de la supprimer. « Les policiers pourraient se retourner contre elles. »
Côté mairie, on se contente du strict minimum. Au service de la communication, une jeune femme visiblement pas très à l’aise récite mécaniquement un « verbatim » et assure que pas un mot de plus ne sera ajouté : « Le maire Julien Miro [Renaissance, NDLR] ne fera pas d’autre déclaration que le «verbatim» suivant : je soutiens pleinement mon agent qui est intervenu pour faire respecter la loi et a été mordu à la cuisse durant l’intervention. Le respect des forces de l’ordre n’est pas négociable».
Mais sur quelle base légale cette femme a-t-elle été menottée et embarquée au poste ? Elle aurait refusé de donner ses papiers et insulté les agents. On n’en saura pas plus.
Comme dans beaucoup d’autres affaires de violences policières, cette affaire débute par la volonté de verbaliser une personne de confession musulmane qui avait pourtant le droit de porter un masque pour des raisons médicales.
Les deux femmes victimes de ces violences étaient racisées. Celles-ci subissent des jusqu’à 20 fois plus de contrôles d’identité que les personnes « blanches ». Selon le Défenseur des droits, les jeunes hommes perçus comme « noirs » ou « arabes » ont notamment un risque beaucoup plus élevé d’être contrôlés que le reste de la population.
Le contrôle d’identité illégale qui suit, visant une femme noire qui s’indigne de la situation et exprime sa colère, finit par une une interpellation violente. Coïncidence ? Les images de cette intervention ont suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux. Elles montrent aussi que, malgré les cas de violences policières, les unes après les autres, ces affaires continuent de provoquer une indignation importante au sein de la population.
Aussi inquiétante est la réaction de la gendarmerie face à ces trois jeunes femmes qui, profondément choquées, se rendent à la gendarmerie dans l’espoir d’obtenir une quelconque forme de justice. Depuis quand un gendarme demande-t-il de supprimer une vidéo d’une interpellation, en toute illégalité, et met-il en garde des témoins contre d’éventuelles poursuites qui pourraient être engagées par les policiers ?
Comment parvenir à ce que la parole des victimes puisse être entendue ? Peut-être que si la presse mainstream, comme dans le cas présent, France 3 ou Midi Libre, évitait de se contenter du « journalisme de préfecture », la police arrêterait-elle de se comporter comme si elle pouvait s’affranchir des règles ?
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