10.07.2026
Trois victimes lui reprochent des propos grivois, des rabaissements, des brimades et des coups. Deux ont déposé plainte, les 6 et 7 juillet.
“Violence par personne dépositaire de l’autorité publique suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours”. “Harcèlement”. Et “outrages sexistes et sexuels”. C’est ce que reproche une jeune assistante temporaire de police municipale (ATPM), âgée de 21 ans, à un brigadier-chef principal exerçant ses fonctions depuis plusieurs années à La Grande-Motte.
Dans une plainte déposée au commissariat central de Montpellier, la jeune femme dénonce un comportement harceleur du mis en cause à son encontre, depuis sa prise de poste estivale, le 1er juin dernier. « L’an passé, ça s’était bien passé pour moi car il avait trouvé en une autre ATPM son souffre-douleur. Mais cette année, il est constamment sur moi avec des brimades quasi-quotienne. À titre d’exemple, quand je lui ai expliqué que mon objectif était de passer le concours de la police municipale, il m’a rabaissée devant les autres, en me disant : “tu serviras à rien, t’es qu’une femme”. »
Un autre jour, lors d’une formation “menottage”, en lui montrant une clé de bras, il a serré si fort qu’ »il était à la limite de me casser le poignet », rapporte-t-elle. Sans parler des claques dans le dos ou des coups de pied au niveau des cuisses qu’elle dit avoir subi de manière inexpliquée.
Il m’a fait un étranglement, j’avais du mal à respirer
Jusqu’à ce 2 juillet où la situation a complètement dégénéré. « Il était vers 11 heures, nous passions avec mon binôme par la salle à manger des titulaires quand, subitement, il s’en est pris à moi une nouvelle fois pour me rabaisser en me disant : “Si tu fais la prochaine formation, je te mettrai des coups de tonfa”. J’ai alors répliqué en disant : “Oui, oui, on verra” et on a continué notre route. Mais d’un coup il m’a sifflée et m’a dit de me retourner et quand j’ai fait volte-face, il m’a mis un grand coup de pied dans la cuisse gauche. »
« Je me suis mise en garde. Et là, il m’a attrapé la tête et m’a fait un étranglement en passant ma tête sous son bras. J’avais du mal à respirer et j’ai senti une pression importante dans l’œil gauche comme si on me mettait les doigts dedans. Il m’a ensuite amené au sol où je me suis retrouvée sur le dos. Il était carrément sur moi. C’est là qu’il a relâché l’étranglement. J’avais du mal à reprendre ma respiration. J’étais choquée. Je lui ai dit qu’il m’avait vraiment fait mal. Il s’est levé et m’a dit : “Tu vas faire quoi ? Tu vas porter plainte ?”. »
Six jours d’ITT
C’est ce qu’elle a fait le 6 juillet, après que son médecin lui a prescrit une incapacité totale de travail de six jours pour « des douleurs orbitales avec ecchymose de la paupière gauche, du cou et de la cuisse gauche ». Soulignant, en outre, « un état de choc psychologique ».
Une souffrance qu’elle n’est pas la seule à avoir subie. En effet, apprenant la survenance de ces faits, une ancienne policière municipale, partie depuis sous d’autres horizons, a elle aussi déposé plainte contre ce brigadier-chef principal, sous les mêmes chefs de prévention.
Parler, c’est se cramer dans la profession
« J’ai passé neuf mois à la police municipale de La Grande-Motte, de juillet 2024 à mars 2025, et il m’a fait vivre un enfer. C’est d’ailleurs ce qui a précipité mon départ. J’ai même été en binôme avec lui au début », raconte cette quadragénaire. « Il est toujours en train de rabaisser les femmes. Avec lui, les outrages sexistes, sexuels, racistes, homophobes et misogynes sont monnaie courante. Ainsi que les brimades envers les nouveaux arrivants. »
« Et je ne vous parle pas des sorties d’arme, que ce soit son pistolet chargé ou son bâton télescopique. Quand on va au travail, ce n’est pas pour se faire insulter et pour prendre des coups. J’ai des photos de bleus qu’il m’a faits sur le cou, les bras, les cuisses… Mais parler, c’est se cramer dans notre profession. J’ai moi-même fait le choix parfois d’en rire, de me mettre en colère ou d’ignorer selon la situation. »
Une enquête administrative ordonnée
« Dès que j’ai eu connaissance des faits, j’ai tout de suite pris attache avec cette jeune femme », a confié à Midi Libre Stéphan Rossignol, le maire de La Grande-Motte. J’ai eu rapidement en ma possession sa plainte. Et à sa lecture, j’ai pris immédiatement des mesures conservatoires. C’est-à-dire que j’ai suspendu de ses fonctions le policier incriminé. Parallèlement, j’ai ouvert une enquête administrative car je juge cette accusation grave. Comme toute affaire de ce type, il faut entendre, ensuite, les uns et les autres. »
Une troisième jeune femme confie avoir été « son bouc émissaire », durant six mois, lors d’une formation au centre national de la fonction publique territoriale à Montpellier. Parlant elle aussi de rabaissements, de brimades et de réflexions à connotation sexuelle. « Il m’a fait perdre ma confiance en moi. Je n’en ai jamais parlé avant. J’avais peur des répercussions car c’est lui qui me notait. »
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