19.06.2026

« Je me retrouve à découvert » : sa voiture saisie par la justice est désormais utilisée par des agents de police, elle se retrouve à payer les amendes des infractions qu’ils commettent
Depuis 2019, Jenny S. ne conduit plus sa Renault Clio, qui a été saisie par la justice lors d’une procédure pénale. Pourtant, elle continue encore de recevoir des contraventions liées à ce véhicule, utilisé depuis par un service de police. Une situation qui lui a coûté près de 3 000 euros, la perte de son permis et un quotidien devenu invivable.
Tout commence en 2019, lorsque le compagnon de Jenny S. lui offre une Renault Clio. Officiellement propriétaire du véhicule via la carte grise, la jeune femme ignore alors que la voiture appartient en réalité à son petit ami, visé à cette époque par une enquête pour trafic de stupéfiants. Dans le cadre de la procédure, la justice décide de saisir le véhicule.
Le 21 janvier 2019, Jenny S. remet donc la voiture, les clés et la carte grise au commissariat de Bobigny. Elle n’en reprendra jamais possession. Quelques mois plus tard, elle reçoit pourtant ses premières contraventions, rapporte Mediapart. Après s’être déplacée au commissariat et avoir expliqué la situation, les amendes sont annulées. Mais les courriers continuent d’arriver.
Une carte grise toujours à son nom
Au fil des années, une vingtaine de contraventions s’accumulent : excès de vitesse en Île-de-France, stationnements gênants ou encore circulation en voie de bus. Certaines sont même doublées après majoration. Dernier exemple en date : 35 euros pour un stationnement gênant à Vitry-sur-Seine fin mai 2026, ou encore 135 euros pour un excès de vitesse dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
À bout de solutions, Jenny S. saisit le parquet de Bobigny. Selon une réponse du 19 mars dernier, la Clio aurait été « remise aux Domaines pour attribution aux services d’enquête » dès 2019, puis utilisée par des services de police dans le cadre de leurs missions. D’après Mediapart, les infractions continuent d’être enregistrées au nom de l’ancienne propriétaire car les utilisateurs actuels du véhicule n’auraient jamais effectué les démarches de changement de titulaire sur la carte grise. Résultat : toutes les infractions sont automatiquement rattachées à Jenny S.
Une spirale administrative
Entre-temps, la situation a lourdement impacté son quotidien. Bénéficiaire du RSA, elle doit payer près de 3 000 euros d’amendes et sa banque lui a envoyé une dizaine de courriers annonçant des saisies sur son compte, la plupart ayant échoué car son compte en banque est vide. Les nombreuses amendes lui ont fait perdre des points et, par conséquent, son permis de conduire.
Épuisée par les démarches, elle dit aujourd’hui vivre dans l’angoisse permanente. Malgré plusieurs recours, une main courante déposée en 2024 et une plainte pour usurpation d’identité déposée au printemps, la situation reste bloquée. « Je me retrouve à découvert à cause d’eux », confie-t-elle, dénonçant un engrenage administratif dont elle n’arrive pas à sortir.

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