11.07.2026

C’est l’histoire d’un monde qui se réchauffe, d’un système ferroviaire qui se dégrade et d’un déballage policier qui interroge. Celle d’un racisme banalisé, aussi, et d’un pays où la « sécurité » tend à se confondre avec l’ordre. Celle, enfin, de témoins solidaires et révoltés. Canicule, train bondé et intervention massive des forces de l’ordre pour deux billets d’enfants manquants : le témoignage que nous publions met en lumière une scène révélatrice d’un durcissement des logiques sécuritaires dans les transports publics. À bord d’un Ouigo Rennes–Paris ce lundi 6 juillet, une intervention policière, déclenchée après le contrôle d’une famille en difficulté, a conduit à l’arrêt du train sous une chaleur importante et à l’arrivée de nombreux agents, malgré les protestations de voyageurs proposant de régulariser la situation. La SNCF affirme de son côté que « la procédure a été appliquée (…) dans la bienveillance et le respect des consignes de sécurité ». Question de point de vue.
Nous sommes un groupe de passagers qui tiennent à témoigner d’une situation inadmissible tant d’un point de vue humain que réglementaire, concernant les précautions à prendre en ce moment en temps de canicule.
Lundi 6 juillet, dans le train Ouigo n°4094, reliant Rennes-Paris Austerlitz, la chaleur est déjà impressionnante à l’extérieur, la climatisation timide.
Le chef de bord fait régulièrement des annonces préconisant de bien fermer les portes intermédiaires des wagons, « sinon, vous aurez chaud, surtout dans ce type de train et ce sera de votre fait ».
Le train est bondé… Ce sont les seuls trains pas trop chers en cette période estivale, où s’entassent les moins privilégiés de notre pays pour espérer se déplacer sans trop se ruiner.
Le voyage commence bien et dans la bonne humeur, avec un contrôleur très blagueur qui parvient à nous rappeler quelques petites règles du train avec un trait d’humour bien amené.
Les règles sont rappelées (en français) : toute personne non munie d’un billet est passible d’une amende. Et même toute personne non assise à sa place est passible d’une amende de 200 euros. Tout est précis, sec, mesuré.
Le train démarre. Une famille, composée de deux adultes et trois enfants, déambule à la recherche de places assises.
Le contrôleur repère vite cette famille et demande si elle est en possession de billets. La famille affirme que oui et présente des billets valides pour les deux adultes et l’enfant majeure. Il manque malheureusement deux billets pour les enfants.
Le contrôleur est implacable : il faut payer une amende et montrer patte blanche en présentant une pièce d’identité. C’est là que le bât blesse.
La famille ne dispose pas de titre de séjour.
Elle essaie d’expliquer sa situation, les voyageurs présents peuvent témoigner des propos utilisés par les contrôleurs, « ce sont des muslims », « menteurs », « malhonnêtes »… etc.
La famille ne comprend pas le français et ne comprend pas la situation.
Le contrôleur fait une annonce au micro dans un premier temps pour demander si un représentant des forces de l’ordre est présent parmi les passagers, ensuite pour indiquer que le train va être arrêté afin de permettre une intervention des forces de l’ordre.
Des personnes protestent immédiatement, en indiquant que ce ne sont que des enfants et que toute la famille risque l’expulsion pour une simple histoire de billets de train.
Un groupe de voyageurs se forme alors très rapidement pour proposer de payer l’amende de la famille. Rien n’y fait, aucune discussion n’est possible, le contrôleur répond qu’il faut respecter la loi.
Une personne propose que nous nous levions pour montrer notre soutien. Une voyageuse, assez révoltée argumentait, disant qu’un tel comportement est honteux. Deux ou trois personnes justifiaient qu’il s’agissait juste d’un élan de solidarité ! Le policier a dit à la jeune femme qui se manifestait : « vous voulez rester aussi ? C’est ça que vous voulez ? »
Et c’est alors qu’un message est diffusé au haut parleur, « nous attendons les forces de sécurité pour comportement inadmissible dans le train ». Le train est arrêté en gare de Chartres en attendant les forces de l’ordre.
La famille, qui ne parle pas français, reste très calme, est sortie du train, emmenée dans la gare. Les portes du train sont ouvertes, la chaleur moite rentre dans le train, plus aucune précaution de sécurité n’est prise.
Un petit attroupement se forme sur le quai pour essayer d’y voir plus clair, témoigner de son soutien et indiquer que plusieurs voyageurs souhaitent participer au paiement de l’amende, et qu’on laisse tranquilles ces enfants et cette famille.
Le contrôleur souhaite marquer le coup « Je n’accepterai le paiement de personne d’autre. Il appartient à chacun de payer son billet. »
Alors que les personnes sont très calmes, proposent un soutien, plusieurs voyageurs sont en larmes devant cette injustice. Nous devenons des terroristes !!!!
Le contrôleur décide alors d’appeler davantage de renforts. C’est donc jusqu’à plus d’une vingtaine de policiers et d’agents de la sécurité ferroviaire qui débarquent, tout équipés, sur les quais. Nous attendons dans cette atmosphère. Et il fait chaud (!!!!) dans le train et sur les quais.
Ils arrivent… 10, 15, jusqu’à 25 représentants des forces de sécurité, difficile de discerner les agents de sécurité de la SNCF et des forces de l’ordre appelés en renfort du commissariat de Chartres.

(…)

Photos prises par des passagers.
En les interrogeant, on apprend qu’ils ont été appelés parce qu’une bagarre impliquant une vingtaine de personnes était supposément en cours sur les quais. Alors que personne ne s’est énervé et le ton n’est jamais monté contre les contrôleurs ou les policiers.
Les responsables de sécurité menacent tous les voyageurs qui prennent des photos et qui filment.
Des phrases insensées et irrespectueuses des policiers vis à vis des personnes sur le quai sont prononcées: « moi ça ne me dérange pas de dormir à Chartres, vous sûrement ? » ou en partant « bon ! On y va ! Parce que j’ai un vrai métier, moi ! »
Un policier, mesquin, a alors lancé : « Vous retardez le train pour tout le monde. Vous avez voulu faire quoi ? Vous allez juste perdre votre temps et on ne vous laissera pas repartir tant que vous ne serez pas tous rassis et calmés à vos places. »
Ce n’est donc qu’après un ballet répété de policiers sur les quais et dans le train que celui-ci a pu repartir, avec 45 minutes de retard. Pour le reste du voyage, les deux contrôleurs ont été escortés (devant eux et derrière eux) par des agents de sécurité ferroviaire.
Conclusion :
Pour 2 billets d’enfants non payés, l’équipage de ce train a pris le risque de mettre en danger tout le train dans lequel beaucoup d’enfants étaient présents (mais comme vient de le dire ce matin un député de la majorité à la série de questions au parlement « nous ne sommes pas responsables des enfants laissés dans la voiture de leurs parents »).
La Sncf par manque de considération a retardé de 45 minutes tout un train pendant cette canicule alors que des messages officiels sont répétés, « prenez soin les uns des autres », « soyez vigilants », un voyageur venant de Rennes a raté une opération de la mâchoire importante, plusieurs ont raté des correspondances.
Des enfants étaient terrifiés, pleuraient, devant cette impressionnante représentation des forces de « sécurité ».
C’était une famille, peut-être sans papier (nous n’avons aucune précision sur cette famille qui est partie très discrètement). Et nous sommes devenus des terroristes solidaires et plus d’une vingtaine de bras musclés étaient nécessaires pour contrôler cette rébellion !!!!
Nous avons reçu un message de la SNCF concernant notre voyage : « Votre train est retardé. Cause : opération de sûreté à Chartres. Intervention des forces de l’ordre. »
La SNCF admet donc qu’il y a eu une intervention de force de l’ordre pour les passagers d’un train qui voulaient juste faire preuve de bon sens et de solidarité.
Le ministre des transports à l’instant, en réponse aux questions des députés, admet que des retards de train sont liés à la canicule, est-il nécessaire d’en rajouter ?
Contactée, la SNCF indique : « nos agents ont appliqué la procédure auprès d’un groupe de huit personnes avec des personnes sans titre de transport. Ils ont fait appel à la surveillance générale ferroviaire car les voyageurs ne pouvaient décliner leur identité. Le tout s’est fait dans la bienveillance et dans le respect des consignes de sécurité propres au système ferroviaire. »

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