14.04.2026
Fin mars 2026, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié un rapport sur l’état de la prison de Besançon dans le Doubs. Le constat est sans appel. Les conditions de détention y sont indignes en raison de la vétusté des lieux et d’une surpopulation carcérale.
Derrière les murs de la prison de la Butte, une réalité qui fait froid dans le dos. Six contrôleurs de la CGLPL, une autorité indépendante chargée de vérifier que les droits fondamentaux des personnes détenues ou retenues sont respectés dans tous les lieux de privation de liberté ont effectué un contrôle de la maison d’arrêt de Besançon du 2 au 9 septembre 2024. La prison date de 1885, on y trouve 273 cellules. Des majeurs et des mineurs y sont placés en détention. La population pénale est composée d’un tiers de prévenus qui attendent d’être jugés et deux tiers de condamnés.
138 % de taux d’occupation à l’automne 2024
Au moment de la visite des contrôleurs en septembre 2024, 376 personnes étaient hébergées, soit un taux d’occupation de 138 %, sans matelas disposé au sol. La moitié des détenus étaient hébergés à deux dans une cellule individuelle de 9 m2. La surpopulation reste endémique, écrit le rapport et a même atteint le seuil de 450 détenus pendant l’été 2023, mettant en grande difficulté le fonctionnement global de l’établissement et ses infrastructures, note le rapport.
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Le taux d’occupation sera actuellement de 166% dans le prison de Besançon.
Hygiène, cafards, nuisibles et des équipements qui ont atteint « un point de non-retour ».
La vétusté de la prison de Besançon est pointée du doigt par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Le vieillissement de l’infrastructure et des équipements atteint un point de non-retour, particulièrement dans les cellules du bâtiment C où la situation est jugée indigne : il manque du mobilier ou celui-ci est dégradé au point de ne plus être adapté, les sols sont trop abîmés pour que le nettoyage ait un impact positif, nombre de sanitaires sont vétustes et irrécupérables.
La présence de nuisibles type cafards est également un indicateur tangible des problèmes d’hygiène liés à la vétusté de l’infrastructure et des installations.
Extrait du rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
Les douches collectives sont pour la plupart abîmées : plafonds moisis, peinture qui tombe en lambeaux, carrelage cassé, presto et pommeaux encrassés de calcaire, cloisons chancelantes, l’ensemble nécessitant une réfection totale. La fréquence minimale de trois douches par semaine n’est pas respectée au bâtiment C pointe du doigt le rapport.
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Sport, activités, parloirs, des manquements également présents
Le rapport des contrôleurs estime que l’accès au sport s’est amélioré depuis la dernière visite qui remontait à 2018, mais les conditions matérielles dans des salles étouffantes avec du matériel souvent vétuste ne sont pas acceptables, tant pour l’encadrement que pour les personnes détenues. D’autre part, les sports collectifs en extérieur sont trop souvent remis en question et l’accès est inéquitable selon le bâtiment.
Les activités socioculturelles ne sont pas suffisamment développées, l’absence de lieux dédiés aggrave la situation.
Comme en 2018, la configuration des parloirs ne permet pas l’intimité des échanges. De même, le tri et la distribution du courrier s’effectuent toujours dans des conditions qui n’en garantissent ni la confidentialité, ni l’intégrité, ni le bon acheminement. Depuis la visite précédente, les cabines téléphoniques ont été installées en cellule mais 51 d’entre elles étaient hors service.
Dans le fonctionnement courant, il est souvent fait recours à la palpation et aux portiques. Les gestes professionnels lors des fouilles intégrales semblent maîtrisés mais le nombre d’agents assistant à la fouille est parfois bien trop important et les fouilles intégrales ne sont pas toujours tracées.
La majorité des fouilles ont lieu dans des lieux non prévus ni équipés pour ce faire, notamment les douches et les cellules.
Extrait du rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
Du mieux côté santé, mais des personnels insuffisants
L’unité sanitaire bénéficie de nouveaux locaux depuis le dernier contrôle réalisé en 2018. Ils sont en parfait état. Cependant, les ressources médicales sont insuffisantes, particulièrement le dentiste générant un temps d’attente pour une consultation pouvant aller jusqu’à six mois. Par ailleurs, il n’y a aucun temps de kinésithérapeute prévu alors que les besoins de la population pénale sont conséquents, en lien avec la sédentarité et les violences entre détenus.
Les extractions médicales, réduites à deux jours par semaine, ne sont pas adaptées au temps de présence de certains spécialistes au CHU. Les annulations des extractions médicales sont bien trop nombreuses et parfois à l’initiative de l’administration pénitentiaire. La présence de l’escorte pendant les consultations ou les soins au CHU est attentatoire à la dignité des patients et enfreint le respect du secret médical.
Des mineurs parfois « 20 heures par jour en cellule »
Six mineurs étaient incarcérés au moment de la visite des contrôleurs.
La présence d’un seul surveillant au quartier pour mineurs n’est pas adaptée pour leur prise en charge, que ce soit pour la sécurité, les mouvements, la surveillance des promenades, les activités ou tout autre besoin quotidien des mineurs.
Extrait du rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
Si la présence de la PJJ est effective, son implication auprès des mineurs est insuffisante, à l’instar de l’offre d’enseignement, particulièrement en période de vacances scolaires, dénonce les contrôleurs.
Des travaux d’ampleur à venir ?
Le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a fixé au total 51 recommandations sur la maison d’arrêt de Besançon, mais il n’a aucun pouvoir de contrainte sur l’administration pénitentiaire.
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