AU TRIBUNAL, DES GARDIENS DE PRISON COUVRENT LEUR VIOLENCE

Rue89


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Note de lecture :

Le mardi 10 octobre 2023, trois surveillants de la maison d’arrêt de Strasbourg sont jugés au tribunal correctionnel.
Ils sont poursuivis pour violences : un jeune homme qui arrivait à la prison a refusé de donner son téléphone à une surveillante sous prétexte que c’était une femme. Selon Romain G. , le plus gravement mis en cause, il se serait alors montré menaçant. Romain G. dit qu’il a voulu protéger sa collègue Estelle G. et qu’il a tenté de mettre le jeune homme au sol, aidé par un autre collègue, Davy B.
Selon eux, aucun coup n’aurait été porté au jeune homme. La vidéo montre une lutte assez brutale sans qu’on puisse affirmer clairement qu’il y a eu des coups. Le problème est que la médecine légale a révélé chez le jeune homme 23 blessures, dont 8 au visage, et une fracture de la malléole. Tout ceci occasionnant 50 jours d’ITT. Au procureur qui lui demande comment il explique toutes ces blessures, Romain G. répond « Je ne les explique pas ». Quand le procureur lui demande, vu les 50 jours d’ITT, où est la proportionnalité qu’on enseigne aux surveillants de prison, Romain G. n’a pas de réponse.
Autre élément qui pose question : le compte-rendu d’incident est rédigé au nom d’Estelle G., alors que c’est Romain G. qui l’a écrit. Estelle G. assure que cette pratique est banale dans toutes les prisons et que cela est dû au mauvais état du matériel informatique et à la pression de la hiérarchie qui veut que ces compte-rendus soient rédigés rapidement. La présidente et le procureur semblent tomber des nues disant que ces rapports peuvent fonder une sanction pénale, et qu’en conséquence, chacun doit les rédiger en son nom et que sinon il faut tout remettre en cause.
L’avocate des trois surveillants déclare que ses clients assurent « un travail ingrat » avec les moyens qu’on leur donne, n’ont pas d’antécédents disciplinaires et ont seulement « tenté de protéger leur collègue sans qu’il y ait de preuve irréfutable de violences ». Elle dit aussi que les vrais coupables c’est « l’administration qui ne fait pas face à ses responsabilités »
Elle réclame la relaxe. Le procureur demande 18 mois de sursis et une interdiction définitive d’exercer le métier de surveillant pénitentiaire pour Romain G. , six mois de sursis et une interdiction temporaire pour les deux autres