07.05.2026

La condamnation de Julien Le Guet à six mois de prison ferme sous bracelet avec exécution provisoire, pour sa participation aux mobilisations de Sainte-Soline, marque une nouvelle étape dans la criminalisation du mouvement écologiste.
Depuis plusieurs années, l’État français durcit méthodiquement sa répression contre toutes les formes de contestation sociale. Syndicalistes, militants antiracistes, gilets jaunes, étudiants mobilisés contre la guerre ou contre les réformes antisociales : tous ont subi la violence policière, les gardes à vue massives et les poursuites judiciaires. Ce mercredi 6 mai, la criminalisation du mouvement écologiste a franchi un nouveau cap. La cour d’appel de Poitiers a condamné Julien Le Guet à six mois de prison ferme sous bracelet électronique avec exécution provisoire pour sa participation à des mobilisations contre les méga-bassines en 2022, notamment à Sainte-Soline. Le militant est également interdit de paraître à Sainte-Soline et Mauzé-sur-le-Mignon pendant trois ans.
Parmi les faits retenus contre lui figure notamment… le vol d’une pelle lors d’une action baptisée « Grillade Party » le 2 octobre 2022, ou encore d’avoir fait tomber 123 grilles. Des accusations dérisoires, absurdes, mais qui suffisent désormais à condamner à du ferme une figure du mouvement écologiste. De fait, cette décision s’inscrit dans une stratégie politique assumée : faire payer cher à celles et ceux qui osent s’opposer aux intérêts de l’agrobusiness, aux multinationales de l’eau et à l’accaparement des ressources naturelles par une minorité de grands exploitants.
Depuis les gigantesques mobilisations contre les mégabassines à Sainte-Soline, le gouvernement cherche à écraser un mouvement qui a réussi à articuler critique écologique, dénonciation du capitalisme agricole et mobilisation de masse. Le pouvoir n’a jamais pardonné au mouvement des bassines d’avoir mis en lumière ce que sont réellement ces projets : des infrastructures financées par l’argent public permettant à une poignée d’exploitations intensives de monopoliser l’eau, au détriment des écosystèmes et des populations locales. Face à cette contestation, l’État a répondu par les blindés, les grenades, et désormais la prison.
Il faut mesurer ce que signifie l’exécution provisoire dans cette affaire. En envoyant immédiatement un militant écologiste en prison, avant même l’épuisement des voies de recours, la justice adresse un message de fermeté. L’inverse de son attitude lorsqu’il s’agit de faire payer aux grands exploitants agricoles protégés par les syndicats agricoles comme la FNSEA, la destruction du vivant et l’empoisonnement de la population. Une volonté claire d’intimider tout un mouvement par des peines exemplaires.
Cette évolution s’inscrit dans un tournant autoritaire plus large du régime. Alors que la crise climatique s’aggrave sous les effets du système capitaliste et des politiques qui le soutiennent, détruisant toujours davantage les écosystèmes et les conditions de vie, les mouvements écologistes sont désormais traités comme des adversaires politiques de premier plan. Le pouvoir le sait : derrière la lutte contre les mégabassines se pose une question explosive, celle du contrôle des ressources, de l’agriculture et plus largement de l’organisation de la société. Qui décide de l’usage de l’eau ? Les multinationales et les grands propriétaires, ou la population ?
En criminalisant Julien Le Guet, le gouvernement cherche donc à décapiter une contestation qui dépasse largement la seule question environnementale. Car le mouvement écologiste radical remet en cause les profits, l’agriculture industrielle et l’ordre social lui-même. Voilà pourquoi Darmanin et l’appareil d’État ont multiplié ces dernières années les dissolutions, les campagnes médiatiques hystériques et les poursuites judiciaires contre les organisations écologistes. Comme l’affirme Julien Le Guet à la sortie de la cour d’appel, « je me bats pour l’intérêt général, je me bats pour l’eau, pour la vie et la biodiversité. On me prête des pouvoirs et des attitudes qui ne sont pas les miennes. En soi, ce qu’on me reproche, c’est d’être porte-parole d’un mouvement qui agit pour le bien commun ».
Dans ce contexte, l’acharnement judiciaire contre Julien Le Guet est loin d’être terminé. Le 21 mai prochain, il sera jugé à Paris pour diffamation envers l’ancienne préfète des Deux-Sèvres, Emmanuel Dubée, après l’avoir qualifié d’« assassin » à la suite de la manifestation de Sainte-Soline du 25 mars 2023. Cette manifestation avait fait près de 200 blessés, dont une quarantaine grièvement touchés, principalement par des éclats de grenades de désencerclement et des tirs de lanceur de balles de défense. Deux manifestants avaient plongé dans le coma, dont Serge. Le 27 mai, le porte-parole de Bassines Non Merci participera également au procès concernant l’organisation de la deuxième manifestation de Sainte-Soline. Enfin, le 29 juin, Julien Le Guet comparaîtra à nouveau dans l’affaire du tag : « Pour Serge et les 200 blessés de Sainte-Soline : Dubée, Vestieu et Darmanin en prison », pour laquelle il avait été relaxé il y a quelques mois.
Mais cette condamnation peut aussi produire l’effet inverse de celui recherché. Car de plus en plus de militants, de travailleurs, de jeunes prennent conscience que la défense de l’environnement se heurte frontalement aux intérêts du capitalisme. « Ce jugement confirme cette volonté de m’entraver dans ma liberté pour me réduire au silence, de faire de moi le bouc émissaire d’un mouvement qui ratisse large et grand. Mais je ne vais pas me laisser abattre », promet dans ce sens le porte-parole de BNM. Face à cette offensive, la solidarité est indispensable. Le mouvement ouvrier, les syndicats combatifs, les organisations de jeunesse et les collectifs écologistes ont tout intérêt à construire une riposte commune contre la criminalisation des luttes. Car ce qui se joue aujourd’hui dépasse le cas de Julien Le Guet : c’est le droit même de s’organiser et de lutter contre la destruction écologique qui est attaqué.
La répression ne fera pas disparaître la colère. Elle montre au contraire que ceux qui gouvernent craignent l’émergence d’un mouvement capable de contester à la fois la catastrophe écologique et le système qui la produit.

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